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Économie

L’ex-gouverneur de la Banque d’Angleterre prévoit une crise financière

5 avril 2016 | La rédaction | Commenter

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tirelire_pansement_crise_manque_argent_epargne_425Gouverneur de la Banque d’Angleterre de 2003 à 2013, Mervyn King s’alarme de l’état de l’économie mondiale dans un livre qu’il vient de publier, rapporte Le Monde.

Intitulé The End of Alchemy, cet ouvrage vise à établir un portrait de la situation économique actuelle. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que son auteur ne se montre guère optimiste.

«  Nous ne savons pas d’où elle viendra, mais une nouvelle crise financière est probable  », affirme l’ex-banquier central dans un entretien qu’il a accordé au quotidien français.

« UNE CÔTE TOUJOURS PLUS RAIDE »

Économiste de formation, il y souligne en particulier l’impuissance grandissante des banques centrales. Autrefois partisan de la technique du quantitative easing, qui consiste à créer de la monnaie en rachetant des titres de dette publique, il estime maintenant que cette politique, notamment très utilisée par la Banque centrale européenne (BCE), ne donne pas de résultats.

«  Nous avons apporté le plus important stimulus monétaire que le monde a jamais connu. Et pourtant, la reprise économique mondiale est très faible. Cela veut peut-être dire que la réponse au problème n’est pas de rajouter encore plus de relance monétaire », observe-t-il.

Les banques centrales sont « comme un cycliste, qui doit pédaler de plus en plus vite juste pour maintenir la même vitesse face à une côte toujours plus raide », résume l’ex-banquier.

GARE AUX TAUX D’INTÉRÊT NÉGATIFS

Mervyn King exprime également son scepticisme quant aux taux d’intérêt négatifs utilisés par la BCE et la Banque du Japon.

D’après lui, la politique monétaire qui a été menée au cours des dernières années a simplement permis de gagner du temps : «  C’est comme un analgésique qu’on administre à un patient qui hurle de douleur. Ça marche, mais un bon docteur ne va pas ensuite partir en se disant  : c’est bon, le patient ne crie plus. Il va s’intéresser aux causes sous-jacentes . »

RÉÉQUILIBRER L’ÉCONOMIE MONDIALE

L’origine du problème réside dans les déséquilibres trop importants entre les pays qui amassent d’énormes surplus de leur balance des paiements, tels l’Allemagne et la Chine, et ceux qui accumulent de gigantesques déficits, comme les États-Unis, le Royaume-Uni ou certains pays de la zone euro, estime l’économiste.

Or, même si ce phénomène a été identifié depuis déjà de longues années, il constate que rien n’a été fait et que les déséquilibres se sont au contraire aggravés.

Selon Mervyn King, une solution pourrait consister à laisser la devise de chaque pays flotter librement, ce qui sous-tend la fin de la monnaie unique. Ainsi, « un pays en surplus verrait sa monnaie se renchérir, ce qui réduirait sa compétitivité à l’exportation et inciterait ses habitants à consommer plus, limitant ainsi le surplus », détaille Le Monde.

« FAIRE PREUVE D’AUDACE »

L’ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre croit par ailleurs que rien ne pourra être réglé aussi longtemps que la zone euro demeurera en l’état : « Il faut que les pays qui ont un surplus, spécialement l’Allemagne, comprennent qu’il s’agit d’un partenariat. Pour rééquilibrer l’économie, il faut une coordination avec les pays en déficit.  »

S’il se dit inquiet par rapport à la situation en Chine, estimant que «  ce pays a beaucoup trop investi », il critique aussi vivement l’action de Christine Lagarde à la tête du Fonds monétaire international, à qui il reproche de manquer de leadership intellectuel et de détermination face aux pays qui engrangent trop de surplus.

En guise de conclusion, Mervyn King appelle les dirigeants internationaux à avoir « l’audace du pessimisme »  et espère voir prochainement émerger une nouvelle génération de politiciens qui s’attaqueront enfin aux problèmes de fond de l’économie mondiale.

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