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L’habit fait-il le moine?

24 septembre 2012 | Marie-Claude Élie-Morin | Commenter

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« Les gens ne soupçonnent pas à quel point leur tenue vestimentaire peut porter à conséquences sur leur succès en affaires, leurs chances de promotion et leur vie professionnelle en général », affirme d’emblée Marie-Claude Pelletier, présidente et fondatrice de l’agence de stylisme Les Effrontés, à Montréal.

Pour illustrer, elle raconte l’histoire d’un de ses anciens clients : cadre dans la quarantaine, hyper compétent dans son domaine, toutefois incapable depuis quelques années de gravir les échelons et d’obtenir un poste à la haute de direction de son entreprise malgré une bonne performance en entrevue. Découragé, il hésite à présenter à nouveau sa candidature. Son épouse lui suggère alors gentiment de faire appel aux services des Effrontés. « Comme beaucoup d’hommes que je rencontre, il gâtait beaucoup sa femme et ses enfants, mais il refusait d’acheter des vêtements de qualité pour lui-même sous prétexte que c’était trop superficiel. Il est donc arrivé tout de brun vêtu, avec un veston trop grand, vilainement coupé. Bref, son look au complet était dépassé, défraîchi, et le faisait paraître 10 ans plus vieux », explique Mme Pelletier, qui s’est donc chargée de lui dénicher de nouveaux vêtements plus seyants, qui lui permettraient de projeter une image digne d’un haut dirigeant.

On devine la suite. Après avoir suivi les bons conseils de la styliste, l’homme en question a obtenu le poste convoité. « Il a été très surpris, mais pas moi. Lors des essayages, dès qu’il a enfilé un costume qui lui allait bien, son port de tête s’est redressé, et toute son attitude corporelle est devenue plus assurée », continue Mme Pelletier.

Le vêtement et l’attitude

On se sent mieux dans des vêtements qui nous mettent en valeur. Voilà qui paraît évident. Se pourrait-il que notre performance au travail en soit aussi bonifiée ? Difficile à dire avec certitude, mais il est très possible qu’à l’inverse, les vêtements relax engendrent une attitude tout aussi… relax. Un sondage Jackson Lewis de 1999 auprès de 1000 professionnels en ressources humaines a révélé que 44 % d’entre eux observaient davantage de retards et d’absentéisme lorsque le code vestimentaire permettait le port de vêtements décontractés.

Il faut toutefois rappeler que les codes vestimentaires ont beaucoup changé depuis le tournant du millénaire. La bulle techno et la grande influence de la culture décontractée qui prévaut à Silicon Valley ont changé durablement notre perception de ce qui est acceptable ou pas de porter au travail. Même des firmes autrefois très conservatrices, comme IBM, ont aboli leur code vestimentaire et acceptent aujourd’hui que leurs ingénieurs se pointent au boulot en bermudas et en t-shirt. « Les normes se sont considérablement assouplies au début des années 2000, mais depuis quelques années, je vois un retour vers un code vestimentaire plus strict et mieux défini. Car contrairement aux codes très connus du complet veston-cravate, le business casual est difficile à définir. Il peut y avoir des ratés si les employés ne comprennent pas bien ce qui est permis ou non », affirme Mme Pelletier, soulignant l’importance pour chaque entreprise de se doter d’un code vestimentaire le plus précis possible, qui sera remis aux employés lors de leur embauche.

L’été est la saison de tous les dérapages. « Il fait chaud, les gens se permettent des écarts, on peut voir arriver des gens en gougounes, en shorts ou en petite robe-soleil », explique Mme Pelletier, qui est fréquemment sollicitée par des entreprises pour venir donner de courtes présentations sur la tenue vestimentaire au travail.

Comment faire passer le message?

Sylvain Vincent, associé et directeur pour l’Est du Canada chez Ernst & Young, fait partie des gestionnaires qui ont fait appel aux Effrontés pour venir prodiguer des conseils à leurs employés. « En général, nos employés respectaient bien le code vestimentaire, mais il y avait quelques individus qui se présentaient chez des clients avec des tenues inappropriées. L’un de nos clients m’a confié avoir eu envie de renvoyer l’un de nos employés chez lui quand il s’est présenté dans son bureau la première fois. Il fallait corriger la situation. Nous avons cinq minutes pour faire bonne impression avec un nouveau client, la tenue est très importante dans ces premiers instants! Des gros bijoux ou une cravate Mickey Mouse, n’ont pas leur place dans ce contexte », explique-t-il.

Pour un patron, il peut cependant s’avérer très délicat d’aller critiquer directement une personne sur son habillement. De la critique à l’insulte, il n’y a qu’un pas. Quand le message vient d’une équipe de stylistes professionnels, le message passe mieux et a plus de poids. Et avec un nom comme Les Effrontés, on peut s’en permettre! « On ajoute une touche d’humour à tout ça et surtout, on fait prendre conscience aux gens du message qu’ils envoient par leurs vêtements. Si quelqu’un se présente avec un bas de pantalon décousu et des chaussures qui n’ont pas été cirées depuis un an, il ne donne pas l’impression d’être organisé et méticuleux et on en tirera inconsciemment des conclusions sur la qualité de son travail », explique Mme Pelletier.

Qu’on le veuille ou non, l’apparence physique est un facteur déterminant dans le parcours professionnel d’un individu. L’auteur Malcolm Gladwell relève par exemple que les dirigeants masculins des entreprises comprises dans le Fortune 500 mesurent en général six pieds, soit trois pouces de plus que la moyenne des hommes américains. Une étude récente de l’Université de Boston révélait aussi en octobre dernier que les femmes qui se maquillent (sans faire d’excès) au travail sont perçues comme étant plus compétentes. Le sociologue français Jean-François Amadieu, auteur d’un essai intitulé justement Le poids des apparences estime pour sa part que l’apparence physique est un facteur de discrimination au travail presque aussi important que l’origine ethnique. On ne peut évidemment pas changer le visage ou la silhouette que la nature nous a donnés, mais on peut, par contre, améliorer énormément notre image en misant sur une présentation soignée. Pour Mme Pelletier, la règle d’or est de savoir adapter sa tenue au contexte dans lequel on se trouve et à l’interlocuteur devant nous.

Projeter la confiance

« Dans le domaine de la finance et des banques, en général, on privilégie une tenue plus classique, donc un complet pour les hommes et un tailleur pour les femmes. Pour un conseiller, l’essentiel est de mettre son client en confiance. Je recommanderais d’être à l’affût des signes envoyés par le client lors de la première rencontre et de s’adapter par la suite à son style. Si c’est quelqu’un de très conservateur, on opte pour la cravate. Je conseille d’ailleurs de toujours garder une cravate et un veston neutres au bureau. Si c’est quelqu’un de plus décontracté, on enlève le veston et on déboutonne les premiers boutons de chemise », recommande la styliste.

C’est ce genre « d’intelligence vestimentaire » que les associés chez Ernst & Young tentent de développer. « Il faut savoir s’adapter. Par exemple, si on se rend chez des clients dans une entreprise très créative et qu’on est seul à porter la cravate, on sera perçu comme étant trop straight. À l’inverse, certains clients apprécient le décorum et la cravate sera essentielle », explique M. Vincent. Vous n’êtes pas certain du code vestimentaire à adopter? « Inspirez-vous de vos supérieurs, pas de vos collègues », conseille Mme Pelletier.

Dans le doute, il vaut toujours mieux être habillé de manière trop élégante que pas assez!

Une styliste juste pour soi

Que ce soit pour faire le ménage de sa garde-robe existante, pour obtenir des conseils personnalisés avec un essayage de vêtements pré-sélectionnés pour nous, ou pour faire du shopping accompagné, plusieurs stylistes offrent des forfaits intéressants et abordables. À titre d’exemple, un forfait de 300 $ avec Les Effrontés comprend une entrevue pour cibler les besoins, la prise de mesures et un essayage à l’agence de vêtements pré-sélectionnés. Plusieurs autres stylistes offrent ce service.

Je ne sais pas quoi porter! Trucs infaillibles de styliste

Pour les hommes :

  • Assurez-vous de porter la bonne taille et évitez les vêtements trop grands. Beaucoup d’hommes craignent d’être mal à l’aise en portant des vêtements coupés près du corps. Mais en portant une taille trop grande, ils ont l’air plus gros et moins professionnels. Il existe des lainages légèrement extensibles très confortables.
  • Les vêtements que vous portez le week-end n’ont pas leur place au bureau. Ayez par exemple un jeans propre et des pulls en bon état réservés pour les journées décontractées au bureau.
  • Portez attention aux détails : chaussures cirées, chemisier repassé, ongles coupés et propres, cheveux coupés régulièrement.

 

Pour les femmes :

  • Évitez les vêtements trop serrés ou trop amples. Si un vêtement vous fait des bourrelets ou encore qu’il camoufle votre silhouette en entier, il n’est pas pour vous.
  • Réservez les décolletés plongeants et autres tenues sexy pour vos sorties personnelles.
  • Portez attention à la longueur des pantalons. Choisissez une longueur appropriée selon le type de chaussure que vous portez le plus souvent, soit à talons ou plates.
  • Prenez un peu de temps pour vous coiffer. Si on attache ses cheveux, on prend le temps de faire une queue de cheval soignée ou un chignon. On porte aussi attention aux repousses de coloration et on fait régulièrement couper les pointes.
  • Visitez le cordonnier : faites entretenir et réparer vos bottes et chaussures.

 

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