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Immobilier

L’immobilier londonien de luxe, paradis de l’argent sale

12 mars 2015 | La rédaction | Commenter

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L’immobilier de luxe à Londres est devenu « un refuge pour l’argent volé partout dans le monde », affirme un récent rapport de l’organisation non gouvernementale Transparency International.

Selon l’association de lutte contre la corruption, la capitale britannique abrite quelque 40 725 demeures appartenant à des sociétés enregistrées dans des paradis fiscaux, masquant ainsi l’identité de leur propriétaire.

Ces dizaines de milliers de villas et autres appartements ultra luxueux représentent plus de six kilomètres carrés du territoire londonien, d’après le Land Registry (la base de données qui centralise les titres de propriété).

Un phénomène alarmant

Dans les quartiers les plus huppés, ce phénomène a pris des proportions alarmantes : à Westminster, par exemple, 9,2 % des propriétés sont détenues par des sociétés offshore. Dans Kensington et Chelsea, la proportion atteint 7,3 %, tandis qu’à la City elle est de 4,5 %.

La plupart de ces sociétés sont enregistrées dans des paradis fiscaux sous influence britannique, comme les îles Vierges britanniques (13 831 propriétés, soit 34 % du total), Jersey (5 960 ; 14 %), l’île de Man (3 472 ; 8,5 %), Guernesey (3 280 ; 8 %). Mais on en trouve aussi dans d’autres États à la fiscalité accueillante, notamment à Panama (1 400 ; 3,5 %).

Même si l’utilisation d’une société offshore pour acheter une propriété n’est pas forcément synonyme de blanchiment d’argent, la police britannique confirme que l’immobilier de luxe à Londres est l’un des « véhicules » préférés des trafiquants et fraudeurs de toutes sortes pour placer des fortunes acquises de façon illicite.

La pointe de l’iceberg

« Dans la plupart de nos enquêtes en matière de corruption internationale, on retrouve des propriétés de luxe », explique Jon Benton, directeur de l’unité anticorruption à Scotland Yard, qui, pour Transparency International, a accepté de publier des statistiques concernant son travail.

Ainsi, de 2004 à 2014, son service a conduit des enquêtes sur des propriétés londoniennes représentant une valeur totale de 180 millions de livres (344 millions de dollars canadiens). Mais de l’aveu même du policier, « il ne s’agit là, très probablement, que de la partie émergée de l’iceberg ».

Selon Le Monde, les enquêtes sont particulièrement difficiles à mener, puisqu’il est par exemple quasiment impossible de forcer le gouvernement des îles Vierges britanniques à révéler l’identité du détenteur d’une société. Résultat, les autorités concentrent environ la moitié de leur travail sur Jersey, qui a fini par accepter de collaborer avec le Royaume-Uni.

Pourquoi Londres?

Mais pourquoi Londres attire-t-elle l’argent sale? Pour le quotidien français, l’explication tient en partie à ses liens historiques avec les paradis fiscaux, les autres raisons étant « la présence d’armées d’avocats, de fiscalistes et de banques d’affaires », ainsi que « la respectabilité d’une grande capitale européenne.

« Souvent, le blanchiment d’argent s’accompagne d’un blanchiment de réputation. Les acheteurs de biens immobiliers embauchent aussi une agence de communication, pour faire leur promotion », observe dans Le Monde Nick Maxwell, auteur du rapport de Transparency International.

« Pour chaque transaction immobilière, au moins un agent immobilier, un notaire et une banque ont été mobilisés, rappelle le journal, qui souligne que si certaines banques prennent la lutte contre l’argent sale au sérieux, « les agents immobiliers sont en revanche particulièrement passifs, car la loi ne leur demande que de se renseigner sur le vendeur, pas sur l’acheteur ».

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