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Économie

L’investissement responsable change le monde de la finance

1er mars 2017 | La rédaction | Commenter

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epargne_verte_isr_responsable_social_investissement_placement_tirelire_425L’investissement responsable (IR) occupe une place de plus en plus importante dans le monde, au point de « changer la donne sur le marché de la finance », rapporte Le Devoir.

Le quotidien a rencontré Corinne Gendron, professeure à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, pour l’interroger sur ce qui est en passe de devenir un véritable phénomène de société.

Les plus récentes données de l’Association canadienne pour l’investissement responsable montrent qu’en 2014, les actifs sous gestion de ce secteur au pays représentaient quelque 1 000 milliards de dollars, soit une progression de 68 % en l’espace de deux ans. À l’époque, l’IR représentait 31 % des actifs sous gestion dans le secteur canadien des placements.

UN INVESTISSEUR PLUS PRÈS DE L’ENTREPRISE

Un engouement confirmé par Corinne Gendron, qui assure qu’aujourd’hui l’IR « n’est plus un phénomène marginal » et qu’il est même devenu « un mouvement mondial ». Cette approche est-elle réellement aussi rentable que l’investissement conventionnel, comme le martèlent ses promoteurs? L’experte se montre nuancée, expliquant que « les études et méta-analyses sur le sujet arrivent plutôt à la conclusion qu’il est impossible de tracer un lien entre la rentabilité ou la non rentabilité d’un investissement responsable ».

Autrement dit, la rentabilité de l’IR « ne résulte pas du fait qu’il soit responsable, mais dépend plutôt d’autres facteurs, comme la qualité de l’actif, la diversification du portefeuille et les fluctuations du marché », souligne Le Devoir.

En revanche, Corinne Gendron se montre formelle quant à la transformation qu’instaure l’IR dans le monde de la finance. « Avec l’investissement responsable, on assiste à un meilleur ancrage territorial de l’investissement. L’investissement responsable rapproche l’investisseur de l’activité économique dans laquelle il investit et, de ce fait, crée un lien plus étroit entre l’investisseur et l’entreprise. »

IMPACT SUR LE MILIEU FINANCIER

Un tel rapprochement entre l’investisseur et l’activité économique a également un impact sur le fonctionnement du milieu financier, juge la professeure de l’UQAM. « Un lien plus étroit entre l’investisseur et l’activité économique vient modifier la fonction des intermédiaires financiers, comme les gestionnaires de fonds, explique-t-elle. En se rapprochant de son investissement, l’investisseur met davantage la main à la pâte, ce qui modifie le rôle du gestionnaire de fonds, qui ne fait plus cavalier seul. De plus, le gestionnaire ne peut plus gérer le fonds uniquement sur des critères financiers, mais doit aussi tenir compte des critères extrafinanciers et, pour ce faire, il doit tenir compte des valeurs personnelles de l’investisseur. »

Le Devoir rappelle qu’il existe de trois sortes de démarche en IR. La première, celle des filtres, consiste à exclure d’un portefeuille certains types d’activités économiques ou certaines compagnies, comme des fabricants d’armes ou de cigarettes. La deuxième est l’investissement dit « à impact social », c’est-à-dire lorsque le client exige que son placement ait une une influence directe dans la société.

Enfin, la troisième forme d’IR est souvent baptisée « activisme actionnarial ». Selon Corinne Gendron, c’est la plus répandue. « On investit alors dans une entreprise, même si cette dernière n’est pas entièrement conforme au principe ESG [environnement, social et gouvernance], dans le but d’engager un dialogue afin de renforcer ce principe. L’idée est de se servir de cet actionnariat pour amener devant l’assemblée des actionnaires des propositions en matière d’ESG. »

Lutter contre le travail forcé est une priorité pour les investisseurs

La réglementation au Canada en matière de protection des droits humains dans les chaînes d’approvisionnement est « en retard par rapport à d’autres pays », et cela « constitue une préoccupation pour les investisseurs institutionnels canadiens, soutient un récent rapport de l’Association des actionnaires pour la recherche et l’éducation (SHARE).

Après avoir analysé les lois existantes ou proposées à l’international sur la transparence dans les chaînes d’approvisionnement, l’organisation à but non lucratif conclut que l’adoption d’une loi semblable au Canada « pourrait être bénéfique pour les investisseurs ».

ÉTABLIR UN CADRE RÉGLEMENTAIRE

Et le gouvernement fédéral aurait tout intérêt à le faire, car « les enjeux liés aux droits de l’homme occupent une place de plus en plus importante dans les modèles et la prise de décision en matière d’investissement », estime SHARE.

« Un cadre réglementaire sur la transparence dans les chaînes d’approvisionnement garantirait une cohérence et une comparabilité des informations fournies par les différentes sociétés dans un secteur. De même, un cadre régissant la divulgation aiderait les entreprises à décrire leurs approches avec efficacité et transparence, tout en leur accordant la flexibilité nécessaire pour faire ce qui convient à leur situation », explique dans un communiqué Delaney Greig, analyste pour SHARE et coauteure du rapport.

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