A A A
Affaires

Malversations et vicissitudes – Les fraudes et Les abus de confiance coûtent cher, très cher

24 septembre 2010 | Commenter

  • commenter
  • envoyer
  • imprimer

30_gestion_optJe vous ai récemment raconté ma rencontre avec celui qui a dénoncé Bernard Madoff pendant 10 ans, sans succès, à la commission américaine Securities and Exchange Commission. J’ai alors appris que M. Markopolos, c’est son nom, était devenu un expert des enquêtes de fraude financière à temps plein et un Certified Fraud Examiner (CFE), le titre de référence mondial en matière de méthodes de détention de fraude.

Vous me connaissez ! J’enseigne la gestion de risques aux HEC, à Montréal, et ma société-conseil propose son expertise en matière de gestion de risques. Or, pour moi, la fraude et autres formes d’abus de confiance constituent sans doute les éléments les plus dommageables du risque opérationnel, à savoir le risque inhérent aux opérations commerciales des intervenants de marché. Tant les gestionnaires de portefeuille, les administrateurs, les gardiens de valeurs que les conseillers sont soumis à des risques opérationnels propres à leur pratique, leurs façons de faire, leurs fournisseurs. Les fraudes coûtent très cher, je n’ai pas besoin de vous en convaincre. Elles contribuent à miner la confiance générale accordée aux intervenants des marchés financiers, elles prennent très longtemps à être « effacées » et surtout, elles sont très difficiles à détecter à l’avance. Madoff, Stanford et tous les autres que nous connaissons de trop près, il faut les éviter et les dénoncer à tout prix.

Je suis tellement convaincu de tout cela, à l’instar de M. Markopolos, que j’ai complété ma formation et suis moi aussi devenu CFE. Alors, qu’apprend-on dans cette formation, qui peut être utile aux intervenants financiers pour éviter les fraudes ? Permettez-moi de suggérer quelques points saillants, tirés de la formation CFE et de mon expérience dans le domaine.

Faites votre enquête diligente. Faites-vous propre opinion sur tout intervenant financier. Penchez-vous sur la réputation du fournisseur potentiel; trouvez des sources d’informations tierces, telles que d’autres clients, des fournisseurs, des collègues ayant fait affaires avec cette firme.

Constituez une grille de critères et un classement de vos fournisseurs. Classez vos fournisseurs selon leurs actifs sous gestion, leur longévité (nombre d’années en affaires), leur liste de clients (clients privés, institutionnels, répartition internationale), leurs fournisseurs (vérificateurs de renom, absence de conflits d’intérêt potentiels…) et constituez une grille de classement, par exemple selon trois degrés : risque opérationnel faible; à surveiller; élevé. Un risque élevé exige de surveiller attentivement les signaux de déclin et les éléments « louches ».

Mettez-vous à la place des fraudeurs et autres malandrins. L’un des éléments clé de la formation d’enquêteur de fraudes, c’est cette capacité de s’outiller pour être en fin de compte en mesure de « se placer dans la tête » des bandits. Par où commence-t-on à frauder ? (Il faut une occasion.) Qui est susceptible de frauder ? (Les « cols blancs » instruits en premier lieu, sont les plus importants fraudeurs.) Quelle mentalité faut-il pour frauder ? (Un sentiment de frustration, de perception que la société nous exclut, soit en ne reconnaissant pas notre immense talent, soit en nous assignant des fonctions bien en-dessous de nos compétences…) Que faut-il pour frauder ? (Le culot et la personnalité, tout d’abord; des fournisseurs inconnus, des employés prêts à jouer le jeu.)

Consultez les états financiers. Ne sous-estimez pas l’information que peut contenir cette documentation. Ils peuvent au moins montrer certains éléments inhabituels, des notes des vérificateurs qui soulèvent des questions, des dépenses suspectes, et bien d’autres choses.

Pensez de façon indépendante. Il est normal de se fier à ce que fait le milieu : tout le monde le fait, fais-le donc… Il est toutefois souhaitable de se forger sa propre idée sur un gestionnaire, un conseiller, un fournisseur. Malheureusement, les fraudeurs sont généralement des PME de leur secteur. Les Madoff et autres Lacroix sont des petits dans un monde de grands. C’est triste, mais les petits constituent généralement des risques plus importants que les grands, en matière de fraude s’entend (la faillite de Lehman Brothers, pour des raisons autres que la fraude, n’est pas la défaite d’un petit) !

Fiez-vous à votre instinct et à votre expérience. Au-delà du cliché, assurez-vous de n’avoir pas de regrets si un problème survient. Soyez en mesure de penser que vous avez tout fait pour évaluer le risque opérationnel.

Pierre Saint-Laurent, CFA, CAIA, FRM, CFE, est président d’ActifConseil à Montréal. psl@actifconseil.com

Cet article est tiré de l’édition d’octobre du magazine Conseiller.
Consultez cet article au format PDF.


Loading comments, please wait.