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Baisse économique

Marchés boursiers : doit-on factoriser la cupidité?

9 septembre 2011 | Yves Bonneau | Commenter

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À chaque débâcle boursière, à chaque éclatement de bulle, à chaque récession, on teste l’élasticité de notre système financier. Et, chaque fois, des crapauds sortent du marais. Mais chaque fois aussi, les dirigeants, les politiciens, les policiers, les analystes disent qu’on ne les y reprendra plus. Y croyez-vous toujours en ce système?

Disons que je n’envie pas vos responsabilités ces temps-ci… Ou même chaque fois que les marchés piquent du nez sur des « fondamentaux ». Justement, ces fondamentaux, qu’ont-ils de si fondamental pour que tout l’édifice boursier s’écroule sur des valeurs aussi fuyantes? Voilà le genre de questions auxquelles vous devez répondre sans pouvoir vous baser sur quelconque certitude.

Il faut avouer qu’il est de plus en plus difficile de trouver un refuge financier pendant les tempêtes boursières. Les marchés étant si fortement corrélés que toute activité le moindrement inhabituelle entraîne presque instantanément une réaction en chaîne. Or, les règles d’hier ne semblent plus tenir.

Yves Bonneau, rédacteur en chef du magazine Conseiller

Prenons l’or. En septembre 2009, je rencontrais deux amis qui sont dans le milieu financier depuis 25 ans. Je leur ai demandé si investir dans l’or était un bon moyen de préserver une partie de ses actifs étant donné la récente bulle immobilière américaine, le scandale des papiers commerciaux et la fragilité des marchés toujours en proie à l’effet domino. Sans compter la crainte déjà fondée que le dollar américain ne soit plus la valeur refuge qu’il a déjà été et que les Chinois et Japonais détiennent plus de 2000 milliards de dollars de titres de dette américains. La réponse fut laconique : « Non, l’or est trop volatil, peu fiable et donc instable pour protéger son portefeuille contre les aléas du marché. » C’était il y a deux ans. Le monde change… Il y avait bien Eric Sprott de Sprott Asset Management qui voyait déjà l’once à 2000 $, mais plusieurs se moquaient de lui… Rire jaune n’aura jamais été si ironique!

Reste néanmoins que la situation du placement est délicate et risque de l’être pour une longue période. Le système sur lequel repose tout l’édifice de l’investissement montre en effet des failles de plus en plus apparentes.

Première incongruité, révélée chaque fois avec un peu plus d’acuité : l’effet médiatique des soubresauts boursiers relayés par les chaînes d’information continue, tout autant que par les bulletins de nouvelles des chaînes généralistes. Entendre toutes les 15 minutes que les Bourses du monde entier sont « en débâcle » de 5 % finit par avoir un effet sur l’épargnant moyen. Il a beau avoir 40 ans et un quart de siècle devant lui pour se refaire sur papier, il finit par s’inquiéter. Comment se fait-il qu’il ne se trouve personne parmi ce beau monde de l’information pour rappeler à la très grande majorité que le placement est une affaire de long terme? Histoire de donner une certaine perspective aux événements qui ponctuent les cours boursiers.

Seconde incongruité : les fluctuations de large amplitude et les bulles se succèdent à des fréquences qui semblent s’accélérer. Outre des événements fortuits comme un tsunami, les éléments fondamentaux de la bulle techno, de la bulle immobilière, de même que la débandade des papiers commerciaux et les credit default swap (CDS) étaient tous connus (ou supposés être connus) des analystes, des économistes, des gestionnaires et autres savants génies du système. Chaque fois, on lit par exemple que tel ou tel analyste a déjà « factorisé » les pertes sur tel marchés dues aux ralentissements économiques du marché voisin… En principe donc, pas de surprise! La réalité est tout autre. Le taux de réussite des analystes ressemble davantage à celui des diseurs de bonne aventure. Au bout du compte, les investisseurs tombent des nues presque à chaque fois avec comme conséquence, en raison de la loi du nombre, que les petits épargnants semblent casquer beaucoup plus que les grands. Et là-dessus, on ne parle pas du jeu équivoque des agences de notation qui mangent à tous les râteliers en plus de se targuer d’avoir factorisé elles aussi les aléas des marchés.

Troisième incongruité : le système boursier est essentiellement basé sur la recherche de profit, ce qui est légitime en soi. Ce qui l’est moins, c’est que l’humain qui navigue au centre de ce système est motivé par l’appât du gain et l’avidité. S’ensuit une course effrénée vers le profit à tout prix. Tant que les régulateurs n’ont pas colmaté une brèche, le plus grand nombre possible tente de l’exploiter. Ce jeu incessant du chat et de la souris a pour effet de pervertir le système sur lequel des millions de personnes fondent leur espoir de faire fructifier leurs avoirs en vue de leur retraite. Les architectes financiers concoctent des actifs intangibles et incompris de leurs patrons, les banques offrent du crédit trop facile aux démunis, affaiblissant du coup leurs assises, les opérateurs inventent des logiciels pour négocier des millions de titres à la fois. Le « trading à haute fréquence » ou « flash trading » permet d’acheter ou de vendre des titres en énormes blocs en un temps record, en misant sur les failles du marché. Cette technique représenterait plus de la moitié des transactions sur les marchés américains et plus du tiers en Europe. Cela permet à certains opérateurs d’avoir accès aux ordres d’achat ou de vente d’actions quelques millisecondes avant les autres investisseurs. On vous félicite encore pour votre créativité!

Résultat : les mouvements de panique sont mondiaux et on se demande pourquoi les investisseurs et épargnants des caisses de retraite, des FCP, des FNB et autres se servent d’un outil – la Bourse – dont la mécanique est essentiellement basée sur la poursuite du gain à court terme, alors que leur objectif de gain se situe dans une perspective à long terme. Entre-temps, les ventes de coffres-forts ont bondi de 44 % depuis janvier aux É.-U.! L’heure est peut-être venue d’envisager des actifs tangibles comme les métaux, la potasse, le phosphate… et avant longtemps peut-être : l’eau?

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Yves Bonneau, rédacteur en chef
Conseiller


Cet article est tiré de l’édition de septembre du magazine Conseiller.

 

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