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Miser sur les produits dérivés

9 août 2018 | Pierre-Luc Poulin | Commenter

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investir_strategie_produits_derives_placement_epargneLe « Podcast de l’émergence » est une série de balados visant à faire découvrir les gestionnaires émergents du Québec. Aujourd’hui : Geneviève Blouin, gestionnaire de portefeuille et fondatrice d’Altervest.

« Lorsque je travaillais pour de grandes institutions financières, on vendait toujours le même type de produits et ça m’achalait. C’est comme si elles étaient toutes des vendeuses de crème glacée à la vanille, mais qu’elles disaient que la leur était spéciale parce qu’elles y avaient mis plus ou moins de vanille. Pour moi, ça reste toujours le même produit un peu plate. »

C’est ce désir de sortir des sentiers battus qui a poussé la gestionnaire de portefeuille Geneviève Blouin à fonder la firme de gestion Altervest. Et pour y parvenir, elle utilise notamment les produits dérivés sur une base quotidienne.

Plusieurs les fuient pourtant comme la peste. Même Warren Buffett les a déjà comparés à des armes financières de destruction massive.

« En fait, Warren Buffett utilise lui-même des armes de destruction massive! Il achète beaucoup d’options, par exemple. Son message, et je suis d’accord avec lui, c’est que l’abus est dangereux, surtout l’abus de l’effet de levier », précise Geneviève Blouin.

Une leçon qu’elle a apprise tôt dans sa carrière, explique celle qui a fait ses premiers pas dans la finance directement dans le pit (l’aire de négociation), à effectuer des transactions sur des produits dérivés.

« J’étais en charge du plus petit lot. Un jour, il y a eu un gros mouvement de marché sur les taux d’intérêt. J’ai vu le gardien de valeurs qui empoignait des hommes par la veste et les sortait du pit. Je croyais pourtant que tout le monde autour de moi était très riche et que mes collègues échangeaient 10 ou 25 lots. Mais je me suis rendue compte que ce n’était pas le cas et qu’ils utilisaient plutôt l’effet de levier à outrance. Et le jour où ça ne va pas bien, ça explose. Cette journée-là, j’ai appris la base de la gestion du risque », raconte-t-elle.

Geneviève Blouin, gestionnaire de portefeuille et fondatrice d’Altervest

Geneviève Blouin
gestionnaire de portefeuille et fondatrice d’Altervest

UNE SOURCE DE DIVERSIFICATION

Les produits dits « alternatifs » permettent cependant des placements moins corrélés avec les marchés, selon Geneviève Blouin. Si ces derniers sont en baisse, ils n’entraînent pas nécessairement les portefeuilles gérés par Altervest avec eux. C’est pourquoi même si sa clientèle est essentiellement constituée de clients à valeur nette élevée, elle aimerait que tous puissent bénéficier des investissements non traditionnels.

« Certains fonds ne sont accessibles qu’aux investisseurs accrédités. On leur impose des investissements minimums, parfois de l’ordre de 50 000 ou 100 000 $, ce qui fait que beaucoup de placements dits « alternatifs » ne sont pas accessibles aux individus, explique-t-elle. Pourtant, ils ont une faible corrélation avec les placements traditionnels. En en ajoutant dans le portefeuille, on réussit à réduire le risque et à accroître ou maintenir le rendement. »

TENSION ATTENTION

Reste qu’effectuer des transactions sur les produits dérivés, notamment les options, n’est pas une mince tâche. Mme Blouin estime avoir perdu un montant équivalent à des études dans une université américaine avant de comprendre comment s’y prendre. « C’est comme ça qu’on apprend! » rigole-t-elle maintenant.

Une leçon qu’elle a tirée d’un événement survenu au cours de sa carrière? Se méfier des bulles. Alors qu’elle travaillait en gestion privée pour une grande institution financière québécoise, une gestionnaire de portefeuille avait conseillé à l’équipe de prioriser les titres de Nortel lorsqu’il fallait liquider certaines positions.

« Elle nous avait expliqué qu’il aurait fallu vendre trois fois le tour de la Terre en fibre optique pour [justifier une valeur du titre aussi élevée]. Elle a fini par être licenciée parce qu’elle sous-performait par rapport à l’indice étant donné que ses portefeuilles étaient sous-pondérés en titres de Nortel. »

Geneviève Blouin avait suivi son conseil et avait vendu un nombre élevé de titres de Nortel détenus par un client qui avait besoin de liquidités, générant un gain en capital (et un impôt) important. À tel point que le client a poursuivi l’institution… jusqu’à ce que l’histoire donne raison à la gestionnaire de portefeuille.

« Ça a pris trois ans avant que le recours se retrouve devant le tribunal. Après tout ce temps, les titres de Nortel ne valaient presque plus rien et la plainte a été retirée », relate Mme Blouin.

Avec la collaboration de Christine Bouthillier.

Un peu plus sur Pierre-Luc Poulin et le « Podcast de l’émergence »

pierre_luc_poulin

Détenteur d’un baccalauréat en administration des affaires, Pierre-Luc Poulin a poursuivi sa formation à l’Institut canadien des valeurs mobilières où il a obtenu le titre de fellow (FCSI). Après avoir travaillé dans les milieux financiers et bancaires, il est devenu, en janvier 2001, formateur indépendant. Outre la finance, il enseigne également en communication et marketing et est auteur de publications sur le marketing web, Warren Buffett, ainsi que de romans.

L’idée du « Podcast de l’émergence » lui est venue au printemps 2018, à la suite d’une rencontre avec des gestionnaires de patrimoine émergents du Québec. Pierre-Luc Poulin entreprend alors de les faire découvrir au public par ce balado, mais aussi la publication du livre Québec & cie : investir grâce aux gestionnaires en émergence du Québec, qui devrait paraître en novembre 2018.

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