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Nos caisses de retraite en péril ? Non, dit un expert

18 janvier 2010 | Sophie Stival | Commenter

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La situation des caisses de retraite canadiennes n’est peut-être pas aussi sombre que l’on pourrait le croire. C’est du moins le constat auquel arrive l’un des actuaires les plus respectés au pays, Malcom Hamilton.

« C’est une vérité reconnue que le Canada possède l’un des meilleurs systèmes de retraite au monde », affirme le directeur et partenaire de Mercer Human Resource Consulting lors du 19e Congrès prévisionnel de l’entreprise.

Pauvreté presque enrayée
Contrairement à il y a 40 ans, la pauvreté chez les citoyens plus âgés a pratiquement disparu, croit-il. Selon Statistique Canada, le revenu nécessaire à la retraite pour garder un niveau de vie semblable est de 50 % (ratio de remplacement) pour la classe moyenne. Une catégorie qui regroupe les revenus annuels se situant entre 25 000 $ et 125 000 $.

« Ce pourcentage (50 %) est-il un signe de succès ou d’échec ? Contrairement à ce qu’en conclut la population plus âgée, ceci n’est pas un mauvais chiffre. Je pense que ce chiffre (50 %) suffit amplement », ajoute M. Hamilton.

Le spécialiste fait remarquer que la plupart des Canadiens d’âge avancé se retirent de plein gré avant 65 ans. Ceci sous-entend que le niveau de revenus à la retraite leur convient. De plus, il est intéressant de noter que beaucoup continuent d’épargner malgré une baisse de revenus.

Niveau de vie qui se maintient
« Dans les sondages, 95 % se disent heureux. Un pourcentage beaucoup plus élevé que ce qu’on retrouve parmi les travailleurs », remarque-t-il. À la question : est-ce que votre niveau de vie s’est détérioré ou s’est amélioré depuis la retraite ? 80 % affirment que leur niveau de vie est bon, sinon mieux qu’avant.

Les programmes gouvernementaux fournissent un solide plancher pour les revenus de retraite, même si ce n’est pas l’opulence. Heureusement, les Canadiens ont également épargné de leur côté, triplant en terme réel en 20 ans les épargnes liées à la retraite (environ 2 trillions $).

« Nous sommes obsédés par la peur de voir notre niveau de vie baisser lorsque nous prenons notre retraite, dit-il. Ce n’est pourtant pas à la retraite que le niveau de vie bascule, mais plus tôt, soit quand naissent les enfants ou lors de l’achat d’une résidence. »

Canada : 4e place
Selon l’indice Fonds de pension global de Mercer, le Canada se classe au 4e rang, derrière les Pays-Bas, l’Australie et la Suède, tous des pays, affirme Malcom Hamilton, qui sont des figures de proue des caisses de retraite à prestations déterminées, à cotisations déterminées et de l’État. Le modèle de caisse de retraite mixte du Canada, étant plutôt « chaotique », l’exploit est d’autant plus impressionnant. Mais bien sûr, il est possible de faire encore mieux.

Il faut toutefois demeurer réaliste, croit M. Hamilton. Si les montants versés aux retraités canadiens peuvent difficilement être imposants, sans risque et stables, il demeure que certaines stratégies peuvent réduire certaines craintes et proposer une distribution de la richesse plus équitable. Les innovations financières des dernières années ont fourni aux régimes de pension les outils dont ils avaient besoin pour y arriver.

Mieux gérer la dette
Une plus grande attention devrait être accordée à la gestion de la dette. « Il faut traiter les personnes plus âgées comme des adultes », croit M. Hamilton. On a longtemps indexé les programmes gouvernementaux jugeant que ces personnes ne devaient pas investir dans des produits à revenus fixes.

Trente ans plus tard, on affirme devoir leur donner plus de sous, car ils sont tous accros aux revenus fixes. Pourtant, ce n’est pas la réalité. La plupart de ces personnes appréhendent bien le risque et gèrent les difficultés en étant frugales quand les temps sont plus durs. « La population vieillit, et le poids de ses décisions sera de plus en plus important, aussi bien qu’elle le fasse efficacement. »

Faire payer les jeunes ?
Transférer aux générations futures le problème de sous-financement des caisses de retraite canadiennes serait une grave erreur, avertit M. Hamilton. La génération qui suit les baby-boomers est moins nombreuse et aussi moins nantie. Proposer de doubler le régime de pension fédéral pour ceux qui seront retraités dans sept ans, afin qu’ils retirent le plein revenu sans en avoir déboursé le plein montant, est une « simple honte », affirme-t-il.

Les Canadiens les plus pauvres (moins de 25 000 $ de revenus) se retrouvent bien souvent en meilleure posture financière à la retraite. Le régime de pension du Canada, la sécurité de vieillesse et le supplément de revenu garanti leur permettant d’augmenter de 20 % leurs revenus d’avant leur pension.

Le problème de l’endettement
Forcer les jeunes travailleurs à épargner plus est également une erreur, puisqu’ils devraient plutôt être encouragés à réduire leurs dettes.

Le véritable problème du régime de pension fédéral ne vient pas du côté des actifs, mais plutôt des passifs. Si la plupart peuvent s’en sortir en ayant que 50 % des revenus d’avant la retraite, il s’agit toutefois de ceux qui prennent leur retraite sans avoir de dettes. Payer une hypothèque avec de tels revenus signifie la misère assurée, selon M. Hamilton.

Les baby-boomers ont profité de la période où les taux d’intérêt et d’inflation étaient élevés puisqu’ils ont acheté des maisons dévaluées en raison d’une inflation qui a doublé leurs revenus sur une dizaine d’années.

De nos jours, les jeunes Canadiens s’endettent massivement à des taux d’intérêt extrêmement bas. Toute hausse future des taux handicapera leur situation nette. Pendant ce temps, la Banque du Canada s’occupe de maintenir le taux d’inflation près de la barre des 2 % ce qui signifie des salaires qui sont bien loin de grimper rapidement comme ce fut le cas pour les boomers.

Présentement, le plus grand risque pour les jeunes trentenaires, c’est de prendre une retraite avec le poids d’une dette à rembourser.

Repousser l’âge de la retraite?
Repousser l’âge de la retraite serait aussi une erreur, bien que cela puisse constituer une solution de dernier recours, affirme M. Hamilton.

Traduction et adaptation d’un texte d’Advisor.ca

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