A A A
Établissements

« Il y a eu pressions de la part du gouvernement et des banques »

4 mars 2014 | Commenter

  • commenter
  • envoyer
  • imprimer


Sylvain Lapointe,
directeur national pour la région de Montréal du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes

« Nous ignorions que Postes Canada faisait des études, mais cela ne nous surprend pas. Nous avons toujours pensé que la principale solution au manque de revenus dans l’avenir était d’offrir des services bancaires. D’ailleurs, il n’y a pas que nous qui le disons puisque ces études internes étaient, semble-t-il, favorables à leur développement.

1 « La direction de Postes Canada a subi des pressions du gouvernement et des banques »

Nos difficultés financières ont été délibérément exagérées par le gouvernement Harper. L’objectif ultime est de rendre Postes Canada inefficace et déficitaire afin de pouvoir justifier sa privatisation. Dans ces conditions, il est logique qu’Ottawa lui refuse l’accès au très lucratif secteur des services financiers. Selon toutes probabilités, la haute direction de la société a subi des pressions de la part du gouvernement, son seul et unique actionnaire, et des banques, qui forment un lobby extrêmement puissant. Si elle a décidé d’en rester là, c’est pour des motifs purement idéologiques et politiques, non pour une question de rentabilité.

2 « On veut faire avaler des faussetés au grand public »

Le rapport du Conference Board consacré à l’approche que Postes Canada devrait avoir sur ce dossier est très instructif à cet égard. Ses conclusions sont qu’il faut réduire les services de livraison de courrier à domicile et supprimer des emplois, mais ne pas toucher aux services bancaires. Il est intéressant de voir qui siège à son conseil d’administration. On y retrouve notamment Deepak Chopra, le président de la société, aux côtés de PDG d’institutions bancaires. Et c’est Postes Canada qui a commandé et payé le rapport.

Depuis des mois, la haute direction se base là-dessus pour tenter de faire avaler des faussetés au grand public. Le Conference Board a par exemple annoncé que le service postal public devrait enregistrer un manque à gagner d’un milliard par an d’ici à 2020. Ce chiffre a été calculé en fonction d’une perte hypothétique, en 2012, de 250 millions. Or, cette année-là, Postes Canada a encaissé des profits avant impôts de 98 millions ! Alors comment peut-on se fier à un document qui, dans sa prémisse même, commet une erreur aussi grossière ?

3 « C’est la meilleure façon de couler le service postal public universel ! »

La direction de Postes Canada justifie son attitude en expliquant qu’il y a une baisse de la poste-lettres. Mais qu’a-t-on fait pour lutter contre ce phénomène ? On a augmenté de 40 % le prix du timbre ! Qui peut sérieusement croire qu’on va inciter les gens à envoyer davantage de lettres avec une telle mesure ? C’est la meilleure façon de couler le service postal public universel !

Postes Canada affirme aussi que la plupart des transactions se font maintenant en ligne et qu’il n’y a pas assez de place au pays pour un service bancaire additionnel. Ces arguments ne tiennent pas. Il existe des banques entièrement virtuelles, comme ING, et elles font de l’argent. Par ailleurs, la poste possède un réseau de 6 500 points de vente répartis sur tout le territoire.

4 « Près d’un million de Canadiens ne possèdent pas de compte bancaire »

Donc l’infrastructure existe déjà. Et le potentiel est immense. Une récente étude que nous avons commandée au Centre canadien de politiques alternatives a calculé, en demeurant très modérée, que près d’un million de Canadiens ne possèdent pas de compte bancaire. Pourquoi ? Parce qu’ils ne peuvent se permettre de payer des frais bancaires et que beaucoup vivent dans des zones où les banques ont fermé leurs succursales. Même les Caisses populaires ont réduit de 15 % leur infrastructure. Donc que reste-t-il souvent dans ces municipalités ? Un bureau de poste !

Enfin, à l’étranger, la création de services financiers s’est avérée une excellente affaire pour plusieurs administrations postales. En 2012, par exemple, les postes suisse et néo-zélandaise ont tiré 70 % de leurs profits d’exploitation de leur banque postale. Quant à la poste italienne, 67 % de ses profits totaux ont été générés par sa division des services bancaires et assurantiels. Bien sûr, ces administrations-là ont investi de l’argent au départ, mais aujourd’hui ça leur permet de maintenir un service postal public viable. Pourquoi les choses seraient-elles différentes au Canada ? Je pense qu’une telle initiative connaîtrait même encore un plus grand succès ici à cause de l’immense territoire que nous desservons. »

À lire :
L’avis d’Anick Losier, porte-parole de Postes Canada
Services bancaires : Postes Canada caviarde ses études

Loading comments, please wait.
Rogers médias numériques