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Revue de presse

Optimiser les rendements

21 octobre 2010 | Camilla Cornell | Commenter

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Lorsque les investisseurs achètent des actions d’une société internationale ou d’un fonds commun de placement étrangers, ils parient sur le rendement de la société elle-même de même que sur la devise dans laquelle les actifs sont libellés, affirme George Davis, analyste technique principal à RBC Marchés des Capitaux.

« Si vous investissez dans le marché américain, par exemple, vous devez vendre des dollars canadiens et acheter des dollars américains pour investir dans vos placements, dit-il. Et la performance de la devise [américaine] aura une incidence sur votre rendement. »

Au milieu des années 2000, lorsque le dollar canadien s’est radicalement apprécié par rapport au dollar américain, « beaucoup de gestionnaires de fonds et d’investisseurs avaient des placements dans le marché des actions américaines, explique George Davis. Le marché s’en tirait bien et les rendements étaient élevés. Mais l’appréciation du dollar canadien a annulé ni plus ni moins tous les gains des investissements non couverts ».

La première décision qu’un gestionnaire doit prendre est de couvrir ou non les placements contre le risque de change. « Certaines personnes sont à l’aise avec le risque », déclare-t-il.

C’est le cas de Craig Basinger, gestionnaire de placements principal à Gestion privée Macquarie. Il gère un fonds en dollars canadiens, un fonds en dollars américains et un fonds mixte en dollars canadiens et américains, et il croit fermement que le dollar américain entame une remontée. Ainsi, il a choisi de ne pas couvrir la position de ses fonds face au billet vert.

En investissant directement dans des sociétés américaines, ses portefeuilles profitent doublement de la reprise économique actuelle aux États-Unis, grâce à la hausse du cours des actions ainsi qu’à l’appréciation de la devise.

Ceux qui veulent profiter de la reprise sans s’exposer au risque de change peuvent investir dans des sociétés canadiennes qui exercent leurs activités aux États-Unis. « Nous sélectionnons particulièrement des sociétés cycliques, industrielles et technologiques parce que celles-ci font davantage d’affaires au sud de la frontière », explique-t-il.

Gros plan sur les devises

  • Axel Merk, président et chef des placements du fonds Merk, établi à Palo Alto, en Californie, a consacré sa carrière à prévoir les fluctuations du marché des devises. Mais ces jours-ci, il affirme que « les investisseurs devraient adopter une stratégie diversifiée, même pour quelque chose d’aussi prosaïque que de l’argent comptant ». Pourquoi ? « Il n’y a pas moyen de se mettre complètement à l’abri ». Voici les devises qu’il préfère :
  • >L’euro : la zone euro est la seule région « où l’on éponge les liquidités en circulation, explique M. Merk. Les réserves des banques centrales ont diminué ». Pourtant, ajoute-t-il, « tout le monde déteste l’euro ! » Le côté positif ? Il offre une bonne valeur.
  • >Le dollar néozélandais : Axel Merk le préfère au dollar australien, même s’il coûte cher. Son point fort ? Il est exposé aux matières premières agricoles.
  • >Le dollar canadien : les autorités canadiennes se sont moins mêlées du marché, croit-il. Ainsi, le cours a plus de chance de refléter les données fondamentales.
  • >Le won coréen, le ringgit malaisien et le dollar taiwanais : « Je crois que les retombées négatives des politiques japonaises sur le reste de l’Asie ont été surestimées, dit Axel Merk. Le Japon a de gros problèmes, mais ils lui sont propres. Ces pays pourraient même tirer parti de la situation. »

Se protéger contre la variation de change 

D’autres gestionnaires de placements protègent les investissements outre-mer contre le risque de change. C’est un choix judicieux pour les investisseurs peu familiarisés avec les devises, affirme George Davis, ainsi que pour ceux qui ont une faible tolérance au risque ou dont le portefeuille comporte une forte proportion d’actifs étrangers.

Voilà pourquoi les sociétés de fonds communs de placement offrent des fonds déjà couverts.

« Ainsi, les clients peuvent participer aux marchés boursiers étrangers sans se préoccuper du risque de change », ajoute-t-il. Parmi ceux-ci, on trouve le FNB iShares S&P 500 couvert en dollars canadiens (XSP) et le FNB Claymore Broad Emerging Markets (CWO).

Acheter un fonds déjà couvert permet de réduire les risques, dit George Davis. « Les grandes sociétés de fonds gèrent des millions de dollars; elles peuvent donc obtenir de meilleurs taux pour les opérations de couverture. » Elles ont également des employés qui se spécialisent dans la gestion du risque de change.

Les stratégies

Les principaux outils pour se mettre à l’abri des fluctuations du taux de change sont les contrats de change à terme et les options, explique M. Davis.

Les contrats de change à terme permettent de fixer le taux de change à une date ultérieure en vue d’un achat ou d’une vente. « Vous êtes tenu de respecter les modalités du contrat, lance-t-il. Ainsi, si vous détenez un placement aux États-Unis et que vous pensez que le dollar américain se dépréciera par rapport au dollar canadien pendant la période de détention, vous négociez un contrat en vertu duquel vous vendrez le dollar américain à l’avance afin de vous protéger contre son éventuelle dépréciation. »

Les options, pour leur part, vous donnent le droit, mais non l’obligation, d’acheter ou de vendre une devise à un taux et à une date déterminés, continue M. Davis. Vous devez payer une prime pour obtenir cette flexibilité, mais cela peut en valoir la peine si vous n’êtes pas certain que le dollar américain chutera de façon dramatique. Les primes sont déterminées en fonction de la devise, de la taille de la transaction, de la durée et de la valeur intrinsèque de l’option, de la volatilité et des écarts de taux d’intérêt.

Les gestionnaires de placements peuvent également appliquer la stratégie dite de « Collar ». Supposons que vous ayez une position couverte par rapport à l’euro, que celui-ci se négocie à 1,34 $ US le 19 juin 2013 et que vous prévoyez que sa valeur chutera. Vous achetez une option de vente de trois mois vous donnant droit de vendre l’euro à 1,31 $ US pour une prime de 116 points de base d’un montant notionnel fixé en euros. Vous vendez ensuite une option d’achat de trois mois permettant à l’acquéreur d’acheter l’euro à 1,37 $ US pour une prime de 95 points de base d’un montant notionnel fixé en euros.

« Vous paierez une prime de 116 points de base pour l’option de vente, mais vous recevrez une prime de 95 points de base pour l’option d’achat que vous vendez, explique M. Davis. Ainsi, vous utilisez le produit de la vente de l’option d’achat pour réduire le coût de l’option de vente. »

Si l’euro se négocie à 1,28 $ à la fin des trois mois, vous exercez l’option de vente pour combler la différence entre le prix d’exercice de 1,31 $ et la valeur au cours du marché de 1,28 $.

Inversement, si l’euro est à 1,40 $ à la fin du délai convenu, la personne à qui vous avez vendu l’option d’achat peut exercer cette dernière et vous lui vendrez vos euros à 1,37 $.

Si le cours acheteur comptant se situe entre 1,31 $ et 1,37 $, aucune option n’est exercée.

Vous avez défini une zone de confort pour le cours de change de l’euro entre 1,31 $ et 1,37 $, expose M. Davis. Si la devise vaut beaucoup moins, vous n’en souffrirez pas; mais si elle vaut beaucoup plus, vous n’en profiterez pas non plus.

D’autres gestionnaires participent activement à une stratégie de superposition des devises et modifient légèrement les couvertures pour maximiser le rendement; d’autres encore adoptent une stratégie plus passive qui vise simplement à éviter les variations extrêmes du cours des devises.

Quoi qu’il en soit, se protéger contre le risque attribuable à la variation des cours des devises entraîne des frais supplémentaires – un montant qui varie selon le produit utilisé, la taille de la transaction, la durée, le niveau des taux d’intérêt et la volatilité du marché.

 

Prédictions pour le huard

À court terme, affirme George Davis, analyste technique principal à RBC Marchés des Capitaux, « nous prévoyons que le dollar canadien baissera à 95 ¢ d’ici à la fin du troisième trimestre 2013 ». (Il s’échangeait à 98 ¢ en juin).

« À court ou moyen terme, je crois que certains risques potentiels pourraient affaiblir le dollar davantage », explique M. Davis. Un profil de croissance moins rapide que prévu au Canada et le fait que la Banque du Canada a dû modérer sa rhétorique sévère sont des facteurs contributifs.

Craig Basinger, chef des placements à Gestion privée Macquarie, va dans le même sens. Le dollar canadien « est toujours vu comme une monnaie-marchandise, concède-t-il. Selon nous, le marché haussier des produits de base a pris fin il y plus ou moins deux ans. C’est ce que nous croyons toujours et cette situation n’est pas particulièrement favorable au dollar canadien. »

Bien plus, M. Basinger croit que le dollar américain reprendra de la vigueur avec la reprise économique. « À long terme, les données économiques affichées par les États-Unis devraient s’améliorer et nous verrons le gouvernement fédéral se retirer de son programme d’assouplissement quantitatif. Ce sont de bonnes nouvelles pour le dollar américain. »

Selon lui, la plus grande menace pour les États-Unis est une forte croissance. « Une forte croissance mettra le marché obligataire très à risque, rendant le déficit insoutenable par le fait même », explique-t-il. Ainsi, le dollar canadien pourrait être encore plus fort que maintenant. « Cela étant dit, ajoute-t-il, il est difficile de prévoir les mouvements du dollar canadien. »


Camilla Cornell est une rédactrice financière basée à Toronto.

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