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Paroles d’ex-présidents

11 juin 2014 | Rémi Maillard | Commenter

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Les grandes réalisations de l’Institut, l’évolution de la formation, la question d’un ordre… Quatre anciens présidents font le bilan des 25 dernières années. Et parlent de l’avenir du métier.

Quelle est la plus grande victoire de l’IQPF?

Martin Dupras (2010-2012) – Il y a encore 10 ans, peu de Québécois se disaient : « J’ai besoin d’un planificateur financier. » Désormais, le réflexe est là. L’Institut a réussi à leur faire comprendre l’importance de s’adresser à un professionnel, et ce dernier est devenu un élément clé de leur santé financière.

Jocelyne Gagnon (1992-1993) – L’IQPF a joué un rôle de précurseur en matière de planification financière. Avant, tout le monde pouvait s’afficher Pl. Fin., conseiller en finances, conseiller en planification financière ou conseiller en planification successorale et le public n’était pas protégé.

Robert Lafond (1994-1995) – L’histoire de l’Institut est une succession de grandes victoires ! À commencer par sa fondation. Nous avons dû batailler pour qu’il ne devienne pas un organisme paragouvernemental. Et ensuite pour obtenir son autonomie financière. Une autre grande victoire a été de parvenir à un consensus pour tracer le profil de compétence des futurs Pl. Fin. Puis nous avons défini ce que devait être la pratique, élaboré un code de déontologie et, à partir de 1992, décerné des diplômes.

Gilles Sinclair (2006-2008) – À l’origine, la planification financière concernait surtout le domaine de l’assurance. Désormais, les conseillers s’occupent de placements, de contrats de mariage, de testaments, de problèmes de succession et de budgets. C’est une victoire pour le consommateur, qui a affaire à des professionnels mieux formés, et pour les conseillers eux-mêmes : comme ils ont dû développer plusieurs champs de compétence, ils ont une vision plus globale du secteur et peuvent offrir davantage de produits.

Le mandat de l’Institut a-t-il changé au fil des ans?

Martin Dupras – Son mandat est toujours de former des professionnels en services financiers. Ce qui a changé, en revanche, c’est sa façon de le remplir. En 25 ans, la pratique s’est professionnalisée. Ce processus s’est déroulé à mesure que les marchés, les lois et les règlements se complexifiaient. Le monde de la finance bouge vite, donc les conseillers ont dû sans cesse accroître leur expertise. Le CA a suivi cette évolution. Il est aujourd’hui très équilibré entre différentes institutions, différents types de pratique, entre indépendants et corporatifs.

Une fierté partagée

  • Nos quatre ex-présidents sont unanimes : ils ont aimé représenter la communauté des Pl. Fin. et parler en son nom et ont une foule de bons souvenirs de leur mandat. Tous parlent d’« ambiance stimulante », d’« énergie formidable », de « défis à relever » et soulignent l’importance du travail d’équipe. Leur plus grande fierté? Avoir « contribué à assurer la pérennité » de l’Institut.
  • …et une déception
  • Si Martin Dupras et Robert Lafond assurent « n’avoir eu aucune déception », Jocelyne Gagnon et Gilles Sinclair regrettent pour leur part le fait qu’un ordre n’ait jamais vu le jour. « Quand, autour d’une table, l’industrie et le gouvernement se disent d’accord pour faire quelque chose, chacun devrait agir en conséquence au lieu de protéger son petit clocher et de se dire : si on fait ça, on va perdre ci », estime Gilles Sinclair.

Jocelyne Gagnon – Notre mission est de veiller à la protection des consommateurs, tout en surveillant bien sûr la formation. Mais avec le temps, il a fallu s’adapter aux exigences du public, qui a de plus en plus besoin de conseils en raison de la complexité des produits. Nous avons donc rehaussé la formation relativement au bac, qui, depuis 2005, est obligatoire pour obtenir le titre de Pl. Fin. Et nous avons développé de nouveaux moyens technologiques au service des conseillers.

Robert Lafond – Notre mission n’a pas changé. Sauf qu’il y a 25 ans, les clients avaient affaire à un représentant-vendeur, alors que maintenant, ils s’adressent au détenteur d’un diplôme universitaire et d’une certification en planification financière. C’est un énorme progrès pour tout le monde. Le CA, lui, a évolué au fil des ans. À l’heure actuelle, il compte plus de corporatifs qu’autrefois.

Gilles Sinclair – Il y a eu une évolution progressive vers plus de professionnalisme. Aujourd’hui, avoir fait l’IQPF ce n’est pas juste posséder un diplôme, c’est suivre des activités de formation continue et avoir une certaine approche du métier. La composition du CA reflète ce changement. Il est davantage branché sur l’industrie et plus équilibré qu’avant, avec notamment des représentants du public et des indépendants, ce qui permet d’avoir plusieurs sons de cloche.

Y aura-t-il un jour un ordre professionnel des Pl. Fin.?

Martin Dupras – Il y a une dizaine d’années que le processus est entamé. Lorsque la demande a été faite, l’Office des professions du Québec nous a répondu que le métier de conseiller en services financiers correspondait à tous les critères requis pour créer un ordre…mais que nous ne l’aurions pas. Il a estimé qu’en l’état actuel, la profession était bien encadrée. Alors le projet n’est pas mort, mais la route sera longue.

Jocelyne Gagnon – La décision appartient aux politiques, et en ce moment ce n’est pas leur priorité. Mais j’espère que ce dossier aboutira. En effet, la création d’un ordre donnerait plus d’autorité et de pouvoir à l’Institut, ce qui lui permettrait de compléter sa mission. Par exemple, s’il a le droit d’émettre le diplôme de Pl. Fin., il n’a pas celui de le retirer à un conseiller qui abuserait de son titre ou enfreindrait le code d’éthique.

Robert Lafond – Le blocage vient du gouvernement : c’est le lobbying des institutions financières auprès du conseil des professionnels, qui légifère et recommande ou pas de créer un ordre, qui en est à l’origine. Peut-être craignent-elles qu’un ordre des Pl. Fin. soit plus axé sur la défense du consommateur que sur la promotion des produits. Cela dit, je ne crois pas que son absence nuise à la protection du public, car l’AMF fait un excellent travail.

Gilles Sinclair – Ce qui est sûr, c’est que les membres en veulent ! Toutefois, la création d’un ordre soulèverait plusieurs questions, par exemple le fait que beaucoup de Pl. Fin. travaillent dans des institutions financières. En outre, si l’IQPF devenait un ordre, la Chambre de la sécurité financière perdrait une partie de son pouvoir sur les quelque 4 000 Pl. Fin. en activité. Et cela aurait des répercussions, notamment sur le plan financier. Je pense aussi qu’il y a un manque d’intérêt de la part du gouvernement, qui juge que les Québécois sont bien protégés avec les structures actuelles.

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Notre dossier sur les 25 ans de l’IQPF :

Far West et cowboys
Paroles d’ex-présidents
Dans la mire de l’IQPF
D’un océan à l’autre
La grande dame de l’IQPF


Ce texte est paru dans l’édition d’avril 2014 de Conseiller. Cliquez ici pour consulter l’ensemble du numéro.

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