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Paroles d’ex-présidents

11 juin 2014 | Rémi Maillard | Commenter

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Les grandes réalisations de l’Institut, l’évolution de la formation, la question d’un ordre… Quatre anciens présidents font le bilan des 25 dernières années. Et parlent de l’avenir du métier.

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De quelle manière la formation a-t-elle évolué?

Martin Dupras – Quand on compare le niveau d’il y a 15 ans avec celui d’aujourd’hui, on constate que la formation de base est beaucoup plus poussée. De son côté, la formation continue a su s’adapter aux nouveaux besoins des Pl. Fin., liés à la complexité croissante des produits. Il fut un temps où celle-ci était souvent considérée comme une corvée. Désormais, elle est devenue un besoin que tout le monde comprend et réclame.

Jocelyne Gagnon – L’IQPF a été le premier organisme au Québec à instaurer une formation continue obligatoire. Les cours qui y sont dispensés ont été développés par des experts en planification financière. De plus, ils sont mis à jour à partir de sondages effectués auprès des membres pour mieux connaître leurs besoins. L’offre est aussi fonction des exigences de l’AMF, afin d’éviter tout dédoublement, par exemple pour les unités de formation continue en conformité. Il est également possible, aujourd’hui, de se former en classe ou sur le Web, ce qui est pratique pour les étudiants ou les conseillers en région. Enfin, nous avons développé la « Solution IQPF », un outil interactif qui traite de tous les domaines de la planification financière.

Robert Lafond – L’évolution a été profonde, autant en matière de qualité du contenu que de présentation, avec l’ajout de plateformes technologiques, comme la « Solution IQPF ». Le but de la formation de base est de faire en sorte que le Pl. Fin. devienne un directeur de stratégie dans les sept champs de la planification financière, c’est-à-dire en finance, fiscalité, aspects légaux, retraite, succession, placements et assurance. Et la formation continue aide à atteindre cet objectif.

Gilles Sinclair – La qualité des cours a nettement progressé au fil des ans. Sans dénigrer ce qui a été fait dans le passé, nous avons atteint un niveau exceptionnel de professionnalisme. Ce qui est logique, la fiscalité étant de plus en plus complexe, par exemple, il faut être de mieux en mieux formé.

Comment voyez-vous l’avenir de l’Institut et de la profession?

Martin Dupras – Notre principal défi, c’est que plus le monde financier se complexifie, plus le besoin de formation augmente. Autre défi : parvenir à quantifier la valeur d’un conseil financier. Dans le modèle d’affaires de beaucoup d’institutions, il n’est pas tarifé comme tel, mais rémunéré, par exemple grâce à une commission que le Pl. Fin. touche sur la vente d’un produit ou encore à une commission de maintien. Or, l’arrivée d’outils comme le Régime volontaire d’épargne-retraite, pour lequel les frais de gestion seront très faibles, pourrait poser un problème. Troisième défi : le recrutement. À l’heure actuelle, plusieurs institutions cherchent en vain des Pl. Fin. ou sont obligées d’en débaucher ailleurs. L’IQPF en forme entre 150 et 200 par an, mais cela suffit à peine à compenser les départs à la retraite.

Jocelyne Gagnon – L’Institut a un bel avenir! Les besoins en conseil vont croître, notamment en raison du vieillissement de la population et du nombre de plus en plus élevé de futurs retraités inquiets de leur situation financière. Un grand enjeu pour les Pl. Fin. débutants sera aussi de comprendre les besoins spécifiques de leurs jeunes clients. Et de leur apprendre à bien gérer leur crédit en les mettant en garde contre le surendettement. À l’IQPF, on devrait donc parler de plus en plus de finance comportementale et de discipline.

Robert Lafond – L’avenir de la profession est difficile à prévoir. Ce qui est sûr, c’est qu’aujourd’hui, le conseil financier indépendant, ou plutôt l’indépendance du conseil financier, est en danger. En effet, un Pl. Fin. doit gagner sa vie, mais peu le font avec des honoraires. La plupart gagnent leur vie parce que, à un moment donné, ils perçoivent une commission sur la vente d’un produit. Le but, dans les années à venir, est que les consommateurs s’en remettent au jugement du planificateur.

Gilles Sinclair – Le plus grand défi pour la jeune génération va être de s’adapter techniquement aux nouveaux produits. Pour la plupart des consommateurs, il deviendra en effet de plus en plus difficile de s’y retrouver. L’aspect conseil sera donc primordial. Certains Pl. Fin. se spécialisent d’ailleurs déjà dans des secteurs précis afin d’avoir une meilleure expertise.



« L’avenir appartient aux femmes! »

Un constat : en 25 ans, l’IQPF n’a eu que deux présidentes. Pour Martin Dupras, « il est notoire qu’au Québec, comme partout en Amérique du Nord, les femmes n’ont pas toujours occupé la place qui leur revenait » au sein des CA. Dans ce contexte, l’Institut a donc « simplement été le reflet de son temps ».

« En 1992, lorsque j’ai été élue présidente, j’étais la seule femme à siéger au conseil, se souvient Jocelyne Gagnon. Le monde de la finance, de l’assurance vie, des placements et des valeurs mobilières était alors quasi exclusivement masculin. Aujourd’hui, les femmes y sont de plus en plus nombreuses. » En 2014, elles représentent 43 % des 9600 diplômés de l’Institut.

43 % des 9600 diplômés de l’IQPF  sont des femmes

Autre preuve que les choses bougent, le CA actuel compte sept femmes sur 17 membres, relève Gilles Sinclair. Celui-ci souligne par ailleurs que la représentativité féminine est assurée, puisque 12 des 16 permanents de l’Institut sont… des permanentes.

En se basant sur le profil « extrêmement relevé » des administratrices, nos quatre interlocuteurs estiment d’ailleurs « fort probable » qu’une femme occupe prochainement le siège de la présidence. « L’avenir de la profession appartient aux femmes! », prédit Robert Lafond.

Notre dossier sur les 25 ans de l’IQPF :

Far West et cowboys
Paroles d’ex-présidents
Dans la mire de l’IQPF
D’un océan à l’autre
La grande dame de l’IQPF


Ce texte est paru dans l’édition d’avril 2014 de Conseiller. Cliquez ici pour consulter l’ensemble du numéro.

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