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Pas de panique, les marchés seront instables au cours de la prochaine année !

25 août 2010 | André Giroux | Commenter

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30-31_optUn consensus se dessine autour de l’instabilité des marchés au cours de la prochaine année. La meilleure chose à faire : maintenir le cap et patienter.

Après une année haussière entre mars 2009 et avril 2010, les bourses ont beaucoup reculé depuis la fin avril. « Les marchés ont craint une contagion des difficultés éprouvées en Grèce à toute l’Europe, et particulièrement à l’Espagne et au Portugal, estime Mathieu D’Anjou, économiste principal au Mouvement Desjardins. Le système bancaire européen paraissait fragile aussi. »

« Ce recul des derniers mois a favorisé le marché obligataire, souligne M. D’Anjou. Le marché s’est positionné en prévoyance des pires scénarios, ce qui est peut-être exagéré à notre avis. »

De fait, plusieurs Bourses ont reculé d’au moins 20 % depuis le début de 2009, mais particulièrement en mai 2010. C’est le cas en Grèce, mais aussi en Espagne et en Italie. « À un certain moment, nous avons craint une nouvelle crise financière internationale provoquée par un recul des bourses », souligne M. D’Anjou. La Chine a connu sa part de difficultés. « Depuis quelques années, ce pays affronte des difficultés à croître de façon soutenue », mentionne M. D’Anjou.

« En Amérique du Nord, poursuit l’économiste, nous avons connu une correction relativement importante, mais elle est survenue à la suite d’une période de forts gains. Cette correction sera temporaire. Les facteurs fondamentaux des bourses nord-américaines sont bons, notamment les profits des entreprises. »

En conclusion, opine l’économiste de Desjardins, « la Bourse demeurera volatile dans les prochains mois. Toutefois, à moyen et à long terme, elle affiche encore un bon potentiel de croissance. La catégorie d’actifs la plus intéressante sera le marché boursier, sous-évalué actuellement. L’économie n’offrira pas des résultats mirobolants, mais elle tiendra le coup. Quant au marché obligataire, nous l’estimons très coûteux, particulièrement en ce qui a trait aux obligations du gouvernement fédéral. Ce serait le bon moment de sous-pondérer un peu ces actifs, qui offrent peu de potentiel de gains. »

Concernant l’or, « une période de tension financière favorise ce métal précieux, observe M. D’Anjou. Il a donné de bons résultats au cours des derniers mois. Son prix a mieux évolué que les autres matières premières. Celles-ci requièrent de fortes croissances économiques pour susciter des gains, tandis que l’or permet de miser davantage sur la crainte des investisseurs, l’inflation et la baisse des devises. » Pour les prochaines années par contre, M. D’Anjou prévoit une stabilité des prix de l’or.

« L’environnement économique sera complexe au cours de la prochaine année, estime Carlos Leitao, économiste en chef de la Banque Laurentienne. L’économie croîtra, mais très lentement. Le taux de chômage demeure élevé aux États-Unis, tandis qu’au Canada, il stagne. Je demeure toutefois relativement optimiste. L’action gouvernementale relative à la politique monétaire et à la politique fiscale portera fruit. Reste que nous avons toujours besoin de temps pour que le système financier se régénère après une crise. À moins d’un choc imprévu, la croissance reprendra. »

« Devant un tel scénario économique, conclut l’économiste en chef, les marchés financiers ne peuvent que rester très volatiles tant que les signaux économiques ne seront pas plus clairs. D’ici l’été 2011, le marché financier demeurera volatil, incertain, mais fera surtout du surplace plutôt que de baisser. »

Carlos Leitao relève le paradoxe de la popularité de l’or. « Le plus grand risque auquel l’économie américaine, donc mondiale, fait face actuellement, c’est celui de la déflation : les États et les consommateurs évoluent actuellement dans une phase de désendettement. Dans une telle situation, l’or ne constitue pas un bon investissement. Ce métal évolue bien en contexte de risque d’inflation puisque celle-ci provoque une dévaluation de la monnaie. Or, un scénario d’inflation galopante me paraît peu probable. En période de déflation, l’actif le plus important demeure l’argent liquide. »

L’économiste en chef de la Banque Laurentienne souligne que, « l’une des grandes leçons de la crise financière de 2008, c’est le manque de liquidités. Quand personne ne peut acheter, personne ne peut vendre. » M. Leitao affirme que « l’or, le cuivre et le pétrole constituent des secteurs où l’on trouve un bon niveau de liquidités. Je suggère la prudence avec les autres matières premières, parfois difficiles à vendre ».

« Nous suggérons aux clients intéressés par les métaux précieux d’investir dans les entreprises plutôt que dans les métaux eux-mêmes. Elles constituent de meilleurs instruments à long terme. »

Son collègue Denis L’Hostie, directeur principal de la planification financière à la Banque Laurentienne, rappelle que « depuis 2009, le marché boursier a remonté plus rapidement que prévu. La diminution ramène le marché au niveau prévu. Au cours des 12 à 18 prochains mois, nous verrons une remontée en pente douce. »

Selon Vincent Morin, vice-président de la Répartition d’actif et de la stratégie des Placements à la caisse de retraite d’Air Canada, « le marché demeure relativement incertain. Il présente beaucoup d’incertitudes, mais aussi beaucoup de valeurs. La personne qui peut tolérer la volatilité boursière à court terme pourrait y gagner à moyen terme. »

Il évalue que 30 % des investisseurs croient à un marché à la baisse, entraînant une possibilité de diminution marquée de la valeur des actions au cours des 12 à 18 prochains mois. « Toutefois, quand on évalue la valeur intrinsèque des marchés, on constate qu’il existe encore beaucoup de valeurs, notamment sur le marché des dividendes. Cela se confirme quand on considère un taux de rendement de 4 à 5 % des obligations les plus risquées. Le marché des actions demeure donc intéressant. »

Quant aux perspectives de l’or, affirme Vincent Morin, « nous n’y croyons pas tellement pour des transactions. L’or représente surtout une valeur refuge. Ce marché fut très actif au cours de la dernière année, mais il demeure très incertain pour l’avenir. Si l’investissement recommence à se déployer en bourse, comme on le croit à moyen terme, l’or devient un placement plus incertain. Il ne constitue pas un placement intéressant. »

Vincent Morin suggère de porter attention aux marchés émergeants. « Ils connaîtront une croissance au cours des prochaines années, à la fois en ce qui concerne la taille des marchés boursiers et les économies. S’abstenir d’y investir pourrait entraîner des coûts d’opportunité. »

« Je n’ai aucune perception du marché actuel », affirme, un brin provocateur, Michel Marcoux, président d’Avantages Services Financiers et auteur des 100 meilleurs fonds (Éditions Transcontinental).

« Fonder ses investissements sur les prévisions de marché est aussi dangereux que de les baser sur les prédictions de l’astrologue Jojo Savard. Pour 2009, les économistes les plus pessimistes prévoyaient une chute des marchés de 15 %, tandis que les plus optimistes estimaient une hausse de 15 % pour l’année. Or, le marché a augmenté de 30 %. »

« Celui que je considère comme le plus grand investisseur, Warren Buffet, a souvent déclaré ne pas passer plus de cinq secondes par année à tenter de prévoir le marché. Tout ce qui l’intéresse, c’est de trouver de bonnes entreprises, d’investir et de patienter. »

Investir en fonction de la prévision des marchés comporte un risque, continue le conseiller. « La firme de recherche américaine Dalbar constate que les investisseurs n’obtiennent pas 25 % des indices boursiers. Pourquoi ? Parce qu’ils investissent au mauvais moment ou vendent au mauvais moment. Les gens qui se sont retirés des marchés à la fin 2008 ou au début 2009 ont raté les gains de la reprise. Cela représente un coût d’opportunité important. »

Ces réserves faites, le conseiller jette tout de même un coup d’œil sur les marchés. « Je m’intéresse actuellement beaucoup au marché européen, reconnaît Michel Marcoux. Pourquoi ? Parce que ça va mal en Europe ! Les meilleures opportunités surviennent lorsque tout le monde veut lancer la serviette. J’investis personnellement en Europe chaque mois. Je n’investis pas parce que je prévois que le marché ira bien dans un, deux ou cinq ans, je n’en sais rien. Ce que je sais, c’est que les marchés sont cycliques et que les marchés européens remonteront un jour. »

Quelles sont les perspectives de l’or ? « Je n’en ai aucune idée », répond Michel Marcoux, qui s’intéresse tout de même à la question. « Éric Sprott, fondateur de Sprott Asset Management, pense que l’or prendra beaucoup de valeur. Ses résultats parlent. Au 30 juin dernier, ses résultats annualisés sur dix ans s’élevaient à 17,5 %. Or, il se concentre sur le secteur minier depuis 40 ans. Cela dit, il peut se tromper. Je tends l’oreille à ce qu’il dit, mais je n’en tiens pas toujours compte. »

Ces propos sur les prévisions ne sont-ils pas surprenants de la bouche d’un auteur qui publie chaque année un livre sur les meilleurs fonds de placement ? « Je ne tente pas de prévoir quoi que ce soit, rétorque Michel Marcoux. J’évalue les gestionnaires et détermine ceux qui se démarquent le plus dans leur catégorie. »

L’importance de garder le cap

Les spécialistes interrogés s’entendent tous sur une chose : changer la stratégie d’investissement des clients en fonction des prévisions du marché pourrait être une erreur. « Il est important de rassurer les clients, affirme Mathieu D’Anjou. En 2010 et 2011, nous ne revivrons pas la période de crise de 2007 et de 2008. Inutile de paniquer. La période de volatilité que nous connaissons actuellement offre quand même de bonnes perspectives. La catégorie d’actifs la plus intéressante en ce moment demeure le marché boursier. »

« Informez les investisseurs, conseille Carlos Leitao. Le conseiller doit être bien conscient de la tolérance au risque de ses clients. Si cette tolérance est faible, le conseiller doit suggérer des produits plus sûrs. Il doit toutefois souligner au client l’importance de bien diversifier son portefeuille. Nous ne suggérons jamais de tout investir dans une seule catégorie d’actifs. »

« Nous ne rééquilibrons pas les portefeuilles de manière radicale, mentionne Denis L’Hostie. Nous étalons les changements sur une période de 12 à 24 mois en nous basant sur les objectifs principaux des clients, leur profil et leur tolérance au risque. Nous ne tentons pas de prévoir les fluctuations de marchés. »

« On ne se cachera pas que les nombreuses fluctuations des deux ou trois dernières années ont amené beaucoup de clients à devenir plus prudents qu’ils ne l’auraient cru, continue M. L’Hostie. Reste qu’en planification financière, on vise le long terme. Nous n’attendons pas que les marchés reprennent pour conseiller l’investissement en bourse. Cela peut constituer une erreur. Les épargnants qui sont sortis de la bourse au plus fort de la tempête de 2008 ont raté la reprise de 2009. »

Denis L’Hostie suggère aux conseillers de prendre l’initiative de contacter leurs clients. « Si nous prenons cette initiative, nous démontrons à nos clients notre confiance en nos recommandations. Nous leur lançons le message que nous sommes prêts à nous asseoir avec eux pour évaluer leur situation et à apporter les ajustements nécessaires. »

« Nous ne sommes pas des market timer, affirme Vincent Morin. Nous évaluons donc les valeurs potentielles pour leur rendement à moyen terme. »

« Généralement, mentionne Michel Marcoux, je réévalue les portefeuilles de mes clients chaque trimestre. Je ne touche à rien si l’écart entre la répartition prévue et la répartition réelle du portefeuille est inférieur à 2,5 %. Par exemple, compte tenu des gains et des pertes du trimestre, si je constate que le portefeuille du client est composé de 27 % d’actions canadiennes alors que nous avions convenu de 25 %, je n’apporterai aucune modification. Si l’écart est supérieur à 2,5 %, je rééquilibre par l’achat et la vente de titres. Je vends les titres à rendement élevé afin d’encaisser le profit et achète les titres au creux de leur cycle économique et peu coûteux. Cela me permet de rationaliser les placements et m’évite de réagir trop instinctivement. »

« Prudence sur les frais de gestion élevés, prévient Vincent Morin. Des taux de rendement de 3,7 % laissent peu de valeurs à l’épargnant si les frais de gestion s’élèvent à 2,5 %. »

Cet article est tiré de l’édition de septembre du magazine Conseiller. Consultez cet article au format PDF.

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