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Économie

Perspectives des fonds négociés en Bourse

10 août 2012 | Vikram Barhat | Commenter

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Bien qu’il représente actuellement 1,5 billion de dollars à l’échelle mondiale, le marché des fonds négociés en Bourse (FNB) est bien modeste par rapport aux 25 billions de dollars de l’industrie des fonds communs de placement. L’écart se resserre légèrement, mais l’attrait de ce secteur pour la clientèle de détail et institutionnelle mondiale en est à ses balbutiements.

« Les tendances observées aux États-Unis révèlent que les périodes de volatilité intense ont déclenché un sérieux engouement pour les FNB parmi les investisseurs particuliers », note Michael Cooke, chef de la distribution à PowerShares Canada.

Selon les projections, l’actif confié à cette catégorie de produits atteindra d’ici la fin de 2015 quelque deux billions de dollars aux États-Unis (par rapport à un billion de dollars en 2010 d’après BNY Mellon/Strategic Insight) et 4,7 billions de dollars à l’échelle mondiale (d’après McKinsey).

Ensuite, ce montant sera largement dépassé, estime Mark Yamada, président de PŮR Investing inc., qui utilise les FNB pour gérer le risque.

« Les FNB nous donnent accès à un produit de placement plus authentique, affirme-t-il. En outre, du fait qu’ils ne comptent que pour 6 % de l’actif des fonds communs de placement au Canada – ou près de 9 % à 10 % si l’on inclut les positions d’investisseurs canadiens dans des FNB négociés sur le marché américain – on peut en déduire que le conseiller est le seul obstacle entre un meilleur produit et l’épargnant. »

Un chiasme en vue
Cette déclaration est plutôt malvenue pour les conseillers dont les ratios de frais de gestion (RFG) de fonds communs de placement semblent exagérés en comparaison aux RFG nettement inférieurs perçus par les FNB. M. Yamada est d’avis que cette disparité entraînera probablement une dissociation des services de gestion et des produits de placement.

« C’est une bonne nouvelle pour l’épargnant, car la dissociation signifie que le prix ne sera plus seulement fonction du produit, mais également de la valeur du conseil, précise-t-il. Dans un compte à honoraires, pour lequel le conseiller percevra 1 % par an, par exemple, qu’il s’agisse de planification financière ou de gestion des placements, il est clair que la nature de la relation gagnera en transparence. »

La nature du RFG d’un fonds commun de placement n’est pas toujours évidente et les porteurs de parts ne comprennent pas clairement ce qu’ils paient et à qui, précise-t-il.

Aujourd’hui, les investisseurs accordent indéniablement davantage d’importance au prix, ce qui rend les FNB d’autant plus populaires.

« Les clients en demandent, et les comptables des clients aussi car ils savent pertinemment que les FNB sont un moyen plus efficace d’avoir accès aux rendements des placements », déclare M. Yamada.

Au service des institutions
Quant aux conseillers, ils s’ajustent à la réalité et s’efforcent de répondre aux nouvelles exigences des investisseurs.

« Confrontés à l’importance grandissante de la répartition de l’actif et des frais reliés à un portefeuille, les conseillers sont de plus en plus nombreux à combiner des positions actives et passives dans les portefeuilles de leurs clients », signale M. Cooke.

Cette combinaison est un procédé avantageux pour les conseillers et les investisseurs – particuliers comme institutionnels – pour combler les lacunes d’un portefeuille de placements. « Les institutions utilisent les FNB pour étayer les positions de leurs portefeuilles, et les particuliers ont les mêmes préoccupations, remarque M. Yamada. Pour un conseiller à la recherche des placements aux moindres coûts, le plus simple est de se tourner vers le marché des FNB. »

Terri Troy, PDG du Halifax Regional Municipality Pension Plan, prévoit que les FNB joueront un rôle croissant dans les portefeuilles institutionnels. « Les FNB sont un outil de choix pour nous, affirme-t-elle. Jusqu’à présent, nous avons eu recours au Standard & Poor’s Depositary Receipt (SPDR), qui est un FNB lié à l’indice S&P 500, et au Vanguard marchés émergents, pour participer aux marchés boursiers élargis des États-Unis et des marchés émergents de la façon la plus rentable possible. »

Mme Troy ajoute que les FNB remplissent une fonction déterminante dans la gestion de l’actif du Halifax Regional Municipality Pension Plan car ils permettent de modifier la répartition de l’actif sans délai au moment opportun et offrent la possibilité de mettre efficacement l’accent sur le marché étendu ou sur des secteurs précis.

Haro sur les fonds communs
Il est indubitable que l’industrie des FNB connaîtra un essor soutenu, mais les gourous du marché affirment que cette croissance ne provoquera pas forcément un carnage des fonds communs de placement.

Selon M. Yamada, une option n’exclut pas l’autre. « Les fonds communs de placement étaient les pionniers. Les FNB sont leur prochaine incarnation. Il s’agit simplement d’une évolution du même produit, déclare-t-il. Si un investisseur souhaite acheter directement des parts de FNB sur le marché, il le peut. Les FNB offrent nettement plus de souplesse et de transparence que les fonds communs de placement, dans une structure de prestations beaucoup moins complexe. »

Par ailleurs, l’essor des FNB est stimulé par la tendance grandissante d’une rémunération à honoraire, une pratique déjà bien établie aux États-Unis et qui se répand au Canada parmi les membres de l’OCRCVM.

« Les conseillers de l’OCRCVM adoptent de plus en plus le modèle de rémunération par honoraires, rapprochant ainsi davantage leurs intérêts de ceux de leurs clients. Grâce aux composantes à faible coût qu’ils utilisent, ils perçoivent des frais forfaitaires pour la construction et la répartition de l’actif du portefeuille », explique M. Cooke.

Il serait toutefois erroné de penser que le souci d’économie et le besoin de gratification immédiate de l’investisseur sonnera le glas de la gestion active. « Il y aura toujours des lacunes dans notre monde et il y aura toujours place pour des spécialistes de la sélection des titres et de la gestion active de capitaux, en complément à cet appétit croissant pour les solutions indicielles », rajoute M. Cooke.

Mary Anne Wiley, directrice générale et chef de iShares Canada BlackRock, convient également que les deux ne sont pas incompatibles.

« Pendant encore au moins 5 à 10 ans, les deux cohabiteront en tant qu’options égales. Je doute que les FNB parviennent un jour à éliminer les fonds communs de placement, affirme-t-elle. Dans un modèle à honoraires, le conseiller est rémunéré en fonction de l’actif qu’il gère, non pas sous forme de frais administratifs ou de pourcentage de ses ventes. Les FNB s’harmonisent bien à ce principe car ils réduisent les coûts de placement que doit assumer l’épargnant, ce qui contribue à bien faire paraître le conseiller. »

Mme Wiley reconnaît cependant que la gestion active est une tâche difficile, tandis que les FNB sont diversifiés, à faible coût et faciles à négocier, et qu’ils continueront à attirer de plus en plus de capitaux. »

En fait, les promoteurs de FNB eux-mêmes adhèrent peu à peu à cette idée en offrant des produits qui combinent gestion active et passive. M. Yamada admet que le procédé comporte des avantages.

« Les conseillers qui prônent la gestion active peuvent articuler le portefeuille de leurs clients dans un placement pivot à gestion passive avec en complément des produits à gestion active. L’opération est à l’avantage de l’investisseur car il obtient une répartition stratégique passive à faible coût avec le potentiel de puiser dans la surperformance des produits périphériques. »

FNB sous surveillance
Mais la question des FNB comporte un autre aspect non négligeable. La popularité et la croissance se font au prix d’une surveillance accrue. À l’instar des fonds communs de placement, l’envergure et la forme que prendra le marché des FNB sera tributaire des balises que lui imposera la règlementation.

En fait, ils sont déjà sur la sellette. Les FNB ont eu mauvaise presse durant le krach éclair du 6 mai 2010 et dès octobre une audience d’un sous-comité du Sénat américain décortiquait les divers types de FNB et leur potentiel de risque systémique.

Si les FNB ont été exonérés, pour la plupart, les autorités de règlementation n’ont pas relâché l’étau.

« La marge de manœuvre va se resserrer, conclut M. Yamada. La surveillance sera plus étroite. À l’avenir, les normes d’information sur les nouveaux produits deviendront sans doute plus rigoureuses. »

Vikram Barhat est responsable du contenu au groupe Advisor.

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