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Pierre-Yves McSween défend Desjardins

5 mars 2018 | La rédaction | Commenter

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Complexe_Desjardins_2016_425x283La décision de Desjardins de fermer certains points de service dans des localités québécoises est tout à fait rationnelle et juste, estime Pierre-Yves McSween. 

Avant d’accuser la coopérative de perdre son identité, il importe de comprendre l’environnement dans lequel elle évolue, affirme le chroniqueur et comptable professionnel agréé (CPA) dans une tribune publiée par La Presse+. 

« Les institutions financières ont toutes des réalités de fonctionnement similaires, et la notion de coopérative n’y échappe pas », souligne-t-il, en réaction à la colère de plusieurs élus locaux après l’annonce que certains guichets automatiques situés dans des villages québécois allaient être supprimés.

Il rappelle ensuite la mission de Desjardins qui est, entre autres, de développer « un réseau coopératif intégré de services financiers sécuritaires et rentables, sur une base permanente, propriété des membres et administré par eux, et un réseau d’entreprises financières complémentaires, à rendement concurrentiel et contrôlé par eux ».

« LES MEMBRES DÉLAISSENT LE GUICHET »

Puisque la population québécoise augmente, que les taux d’intérêt demeurent à un bas niveau et que l’accès à la propriété coûte de plus en plus cher, le Mouvement est bien obligé de générer des excédents s’il veut maintenir sa capacité de croissance et continuer à servir ses membres. En effet, explique le CPA, la création d’excédents « sert à maintenir les ratios de capital surveillés par les agences de notation », ce qui permet à Desjardins de continuer de prêter à ses membres.

Si l’institution financière a enregistré 2,2 milliards de dollars d’excédent l’an dernier et qu’elle n’a rétrocédé que 320 millions à ses membres et à la collectivité, c’est justement pour « maintenir les ratios de capital qui permettent de rendre d’autres services aux membres », assure Pierre-Yves McSween.

À la lumière de cette réalité, l’analyste indique que « si on regarde objectivement l’évolution des habitudes des membres, on peut constater que le guichet est de plus en plus délaissé » alors même que « la réduction du nombre de guichets se fait à un rythme plus lent que la baisse de leur utilisation par les membres ». La preuve? « Entre 2012 et 2017, le nombre de guichets est passé de 2507 à 2049 (-18 %). Pendant ce temps, l’utilisation des guichets pour les transactions a baissé de 30 % et l’utilisation d’AccèsD par Internet et téléphone mobile a connu une hausse spectaculaire de 72 %. »

« UNE VISION NOSTALGIQUE DE LA RÉALITÉ »

À l’heure des fintechs, des monnaies virtuelles et de la concurrence avec les autres institutions financières, peut-on vraiment demander à Desjardins de changer ses guichets automatiques et de maintenir ce service partout au Québec? demande le CPA. La réponse est non, car, note-t-il, le Mouvement est « une structure lente à orienter à cause de sa gestion partiellement décentralisée et démocratique ». À la différence des autres établissements bancaires, plus souples et réactifs, il doit amorcer ses changements à l’avance pour tenir compte d’« une plus grande inertie ».

« Maintenir un réseau de guichets en perte de vitesse jusqu’aux plus petits villages, c’est en quelque sorte demander à tous les membres de subventionner des transactions liquides. Maintenir un service archaïque sur une trop longue période, c’est détruire de la valeur pour les membres. Mis à part pour la fraude fiscale, les paiements au comptant n’auront plus leur raison d’être dans quelques années », résume le CPA. La preuve, selon lui, est que « la dématérialisation des succursales a poussé l’offre des autres institutions financières en région », ce qui aboutit à cette situation paradoxale que « certains membres de Desjardins signent leurs prêts hypothécaires chez des concurrents, mais exigent de Desjardins de subventionner le réseau de guichets ».

Soulignant qu’il est aujourd’hui possible de payer ses factures et de faire des virements par téléphone, ou encore d’effectuer des transactions sous plusieurs formes (Interac, carte de crédit, dépôts et autres transactions via Internet ou application mobile, etc.), Pierre-Yves McSween conclut que « penser qu’un guichet automatique est le dernier bastion de l’économie d’un village reflète une vision nostalgique de la réalité ».

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