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Économie

Fintechs : Postes Canada n’est « pas assez transparente »

12 juin 2018 | La rédaction | Commenter

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postes-canadaPostes Canada doit faire preuve de plus de « transparence » et « mieux contrôler » ses partenariats avec les entreprises de technologie financière, réclame l’Association canadienne des maîtres de poste et adjoints.

Dans un communiqué publié jeudi dernier, l’ACMPA indique faire cette demande au moment où un projet de loi pour réinstaurer une banque postale au pays est débattu à la Chambre des communes.

Estimant que les fintechs « ébranlent les secteurs bancaires partout dans le monde » et qu’elles « ciblent les lacunes dans les services financiers traditionnels, comme les transferts de fonds internationaux et le service offert aux personnes “sous-bancarisées” », l’association relève que certains pays ont fait évoluer leur législation en matière de services postaux.

POSTES CANADA S’EST ASSOCIÉE À DES FINTECHS

Ainsi, les postes brésilienne et espagnole ont récemment conclu des ententes avec des compagnies de technologie financière en vue d’offrir, par exemple, des cartes de crédit prépayées aux consommateurs qui le souhaitent, notamment dans des zones désertées par les institutions financières traditionnelles.

Selon l’ACMPA, Postes Canada s’est elle aussi « discrètement associée aux entreprises fintechs », en « permettant aux gens d’ouvrir des comptes bancaires, de payer leurs factures et même de payer leurs impôts dans les bureaux de poste ». L’association en veut pour preuve le fait que Tangerine, propriété de la Banque Scotia, dispose aujourd’hui « de commis postaux qui vérifient l’identité des gens, permettant ainsi à ces personnes d’activer instantanément leurs comptes bancaires dans les comptoirs de Postes Canada ».

De même, l’ACMPA affirme que l’application mobile de paiement de factures Paytm Canada s’est associée à Postes Canada et à Payment Source « pour offrir aux Canadiens la possibilité de visiter n’importe lequel des 6 000 comptoirs [de l’organisme fédéral] et d’y déposer directement de l’argent dans leur application mobile Paytm, sans se voir imposer des frais de transaction ». Enfin, Payment Source aurait également conclu un accord avec l’Agence du revenu du Canada en vue de permettre aux contribuables de payer leurs impôts dans un bureau de poste.

« LE CANADA RURAL A BESOIN DE MEILLEURS SERVICES FINANCIERS »

Même si la ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Carla Qualtrough, avait déclaré que Postes Canada « travaillerait en partenariat » avec ses employés sur les nouvelles technologies, les partenariats avec les fintechs n’ont pas été faits en consultation avec l’ACMPA, déplore l’association. Celle-ci en profite pour rappeler qu’elle défend de longue date l’offre de services financiers et gouvernementaux dans les bureaux de poste ruraux.

« Alors que nous avons imploré les libéraux d’étudier sérieusement cette possibilité, il semble y avoir un plan dissimulé qui permet aux entreprises privées de s’infiltrer dans les bureaux de poste publics », dénonce Brenda McAuley. « Le Canada rural a besoin de meilleurs services financiers, et la meilleure manière de les offrir est par l’entremise des milliers de bureaux de poste exploités par les maîtres de poste », insiste la présidente nationale de l’ACMPA, qui représente plus de 8 000 employés postaux en régions rurales, exploitant quelque 3 000 bureaux d’un océan à l’autre.

La dirigeante fait également observer que « les succursales bancaires se font rares ou ferment dans le Canada rural, forçant ainsi les résidents à parcourir de longues distances ». Pourtant, ajoute-t-elle, les maîtres de poste, qui ont déjà reçu une formation pour MoneyGram, aujourd’hui partenaire de la Banque Royale pour les transferts électroniques, et les cartes Visa prépayées, « pourraient faire économiser à leurs communautés beaucoup de temps de déplacement et d’argent, et ce, tout en préservant des emplois et des services locaux ».

UN PROJET DE BANQUE POSTALE AVAIT DÉJÀ ÉTÉ ENVISAGÉ

L’ACMPA affirme enfin que sa présidente a récemment été approchée par « une grande banque », qui envisageait la possibilité d’installer des guichets automatiques dans certains bureaux de poste ruraux, mais que la dirigeante « préfère que les revenus des services financiers retournent dans les communautés rurales de ses membres plutôt qu’aux banques ». « Celles-ci font des milliards en nous imposant des frais qui sont parmi les plus importants dans le monde. Pourquoi ne devrions-nous pas investir dans nos propres communautés et nos propres services en effectuant des transactions bancaires au bureau de poste? » conclut Brenda McAuley.

Rappelons qu’au début des années 2010, Postes Canada avait déjà mené en toute discrétion une étude sur l’opportunité d’occuper le créneau des services bancaires, un document qu’elle avait alors refusé de rendre public. Mais selon des fuites orchestrées par le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes, le rapport concluait que cette voie pourrait être une stratégie gagnante et payante pour la société d’État. De son côté, Postes Canada avait soutenu qu’elle ne possédait ni l’expertise ni les moyens financiers de créer une banque postale.

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