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Pourquoi Standard Life quitte Montréal

30 octobre 2014 | Didier Bert | Commenter

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David Nish, directeur général de Standard Life

Pourquoi Standard Life, présente depuis 1833 au Canada, a-t-elle subitement vendu sa filiale à Manuvie? En Écosse, où se trouve le siège mondial de la Standard Life, les journalistes de la presse spécialisée ont un avis surprenant sur la question.

À Edimbourg, Standard Life fait partie du patrimoine national. À tel point que l’annonce de la vente de la filiale canadienne du groupe financier a suscité localement de multiples commentaires et interrogations.

Il faut dire que Standard Life fait partie des plus grandes entreprises d’Écosse, avec ses 350 milliards de dollars d’actifs sous gestion. Et certains observateurs ont du mal à digérer la décision de vendre ses activités canadiennes, qui comptent pour 15% de l’actif total de Standard Life (52 milliards de dollars), soit sa plus importante filiale hors du Royaume-Uni.

Aucun sentiment

« David Nish, le directeur général de Standard Life, ne fait pas de sentiment quand il entrevoit de la valeur pour les actionnaires, résume un journaliste écossais expérimenté en affaires financières et particulièrement au fait du dossier, qui a souhaité garder l’anonymat. S’il croit que c’est bon pour eux, il passe à l’action, même si cela conduit à des licenciements ou à la vente d’une filiale historique de l’entreprise. »

« C’est un peu dommage de voir une si longue présence changer de mains, même pour un bon prix, se désole de son côté Ian McConnell, chroniqueur d’affaires expérimenté – il a été nommé journaliste financier de l’année en Écosse en 2013 – au quotidien Herald Scotland, dans un texte publié au lendemain de l’annonce de la transaction. Il est également toujours bon de voir les entreprises écossaises prospérer à l’étranger et la diversification internationale a ses avantages. »

Ian McConnell croit même que c’est avant tout la cote de David Nish auprès des grandes entreprises britanniques en recherche de dirigeants qui va profiter de cette transaction juteuse pour les actionnaires.

Mise en vente ou pas ?

Standard Life avait mis en vente sa filiale canadienne au début de 2014, selon ce qu’a affirmé Donald Guloien, président et chef de la direction de Manuvie. Cette version destinée aux médias et au public canadien ne convainc pas notre observateur anonyme écossais.

La vente à Manuvie survient alors que le groupe écossais n’avait pas sollicité activement d’acheteurs pour sa filiale canadienne, nous a-t-il indiqué. « Standard Life ne cherchait pas à vendre ses opérations au Canada, affirme-t-il. Mais quand l’offre de Manuvie s’est présentée, elle était trop belle pour être refusée. »

Et selon lui, la direction de Standard Life a sauté sur l’occasion pour refiler 75% du prix de vente à ses actionnaires (3 milliards de dollars sur les 4 obtenus), après quelques mois de négociations. « C’est une bonne affaire pour Standard Life, car le prix est un peu plus élevé que ce que les analystes accordaient à la filiale canadienne, poursuit-il. Sans compter que, arrivée à un certain point, si Standard Life avait finalement refusé la transaction, elle aurait risqué que cela se sache… Et cela aurait pu conduire à une baisse brutale du cours de ses actions. »

La mutation de Standard Life

Cette transaction reflète la transformation progressive de Standard Life, qui devient de plus en plus un gestionnaire d’actifs et de moins en moins un assureur, explique encore cet observateur averti. La firme d’Edimbourg s’est tout de même assuré que l’accord avec Manuvie prévoit de continuer la distribution de ses produits au Canada.

Cet accord de distribution s’étend même au-delà du Canada, précise David Nish, le directeur général de Standard Life, dans le communiqué qui annonçait la transaction. « La vente de nos activités canadiennes à Manuvie, et l’officialisation d’une entente de collaboration en vue de la distribution des produits d’Investissements Standard Life par l’intermédiaire du réseau de Manuvie au Canada, aux États-Unis et en Asie marquent des jalons importants dans l’histoire des deux organisations, avait-il alors souligné.

Plus tôt cette année, ce recentrage sur la gestion d’actifs avait déjà conduit la firme écossaise à racheter Ignis, un gestionnaire d’actifs basé à Glasgow en Écosse, qui gère plus de 100 milliards de dollars, selon des chiffres divulgués par le Financial Times.

Et quand on lui demande si la filiale de Standard Life à Boston peut être vendue, notre observateur écossais rétorque : « Si un acheteur arrive avec un bon prix, la direction ne le verra pas d’un mauvais œil. »

Desjardins, Sunlife, Industrielle Alliance et la Caisse de dépôt et placement du Québec n’ont pas souhaité répondre à nos questions.

Montréal renforcée?

La torontoise Manuvie réduira-t-elle la voilure de Standard Life à Montréal, qui était le siège canadien de la firme écossaise? Ce n’est pas ce que croit la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui a contribué à la transaction en investissant 500 millions de dollars en capital-actions dans Manuvie.

« Manuvie s’est engagée à renforcer Montréal comme centre financier, explique Michael Sabia, président et chef de la direction de la Caisse de dépôt et placement du Québec, dans le communiqué de presse émis par l’institution. Cette promesse, combinée à la perspective d’un rendement avantageux pour nos déposants, explique pourquoi nous avons décidé d’investir dans cette transaction. »

La participation de la Caisse s’établit désormais à plus d’un milliard de dollars, ce qui la place parmi les actionnaires les plus importants.

 

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