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Pratiques secrètes : les agents de change pointés du doigt

26 juin 2014 | Yves Rivard | Commenter

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« Impossible d’en douter : la Bourse n’est pas une plateforme où tous les investisseurs, petits ou grands, peuvent espérer décrocher une bonne affaire dans les mêmes conditions ». C’est en ces termes que le comité éditorial du New York Times a débuté son papier du 22 juin, qui traite de l’arrière-scène des parquets, là où ont lieu bon nombre de pratiques officieuses, allant des rabais offerts à l’agent en passant par les dark pools redoutés par les investisseurs lambda et l’ensemble de la profession. Qu’en est-il exactement ?

Si tout a débuté par l’arrivée du concept de best execution, le système bancaire officieux a fini par banaliser certaines pratiques douteuses, et depuis quelques années, les dark pools sont devenus monnaie courante, créant un contexte où non seulement certaines structures d’intermédiation financière sont désormais obscures, mais aussi la plupart des opérations entre les différents agents économiques, soit le marché lui-même.

Pour une meilleure compréhension de ce qui suit, rappelons seulement qu’un dark pool est un espace transactionnel permettant aux participants d’effectuer des opérations qui demeurent cachées du reste du marché. À cette pratique s’ajoutent les méthodes des internalizers, qui incluent des entités telles que Citigroup, qui paient les courtiers aux particuliers afin de pouvoir exécuter lesdites opérations avant que celles-ci ne se retrouvent sur la plateforme publique. Inutile de mentionner à quel point cette pratique peut rendre la notion de marché public caduque, tout en conférant un avantage stratégique certain à ceux qui ont la chance d’être dans le secret.

Un marché parallèle important

L’article cite une donnée qui a de quoi laisser songeur : ces opérations d’inités non rapportées représenteraient un quart des opérations des entreprises publiques. Mais ce ne serait pas là le seul moyen par lequel les grands joueurs réussiraient à profiter des plus petits. Le sous-comité permanent aux enquêtes du Sénat américain a récemment tenu une audience publique sur la pratique du maker-taker pricing, qui voit les bourses accorder des rabais aux agents qui leur acheminent des commandes d’achat et vente.

Bien que la pratique ait cours depuis quelques années, celle-ci se trouve en infraction avec les règles de marché américaines. Ainsi, les agents de change doivent s’exercer selon un modus operandi de meilleure pratique (best execution), qui signifie qu’ils doivent trouver les meilleurs prix  du marché pour les clients qui les paient pour ensuite acheter et vendre. Toutefois, cette règle tient également compte d’autres facteurs susceptibles d’influer sur la valeur d’une transaction, soient la rapidité d’exécution, l’ordre de grandeur et son coût, ce qui crée une zone grise où le critère de meilleur prix se retrouve en fin de liste. Un fait que confirment d’ailleurs les recherches présentées lors de l’audience publique, où il a été démontré que sous le couvert d’agir selon les directives de meilleure pratique, les agents de change envoyaient de façon routinière des commandes aux entités payant les meilleurs rabais.

Au cours du dernier trimestre de 2012, par exemple, le courtier TD Ameritrade a acheminé l’ensemble des commandes non négociables de ses clients, plus précisément celles ne pouvant être complétées immédiatement en se basant sur les prix du marché, à une entité offrant les meilleurs escomptes, une pratique renouvelée au cours du premier trimestre 2014, où deux entités payant les meilleurs taux se sont séparé les commandes. Questionné à ce sujet, Steven Quirk, de TD Ameritrade, a reconnu cette pratique comme courante, et a estimé à 80 M$ les profits réalisés de cette façon l’an dernier.

Et si plusieurs courtiers font la promotion de leurs bas coûts d’opération, ceux-ci n’incluent pas les frais cachés encourus lorsque les investisseurs n’obtiennent pas le meilleur prix. L’article cite à cet effet une étude datant de 2012 qui évalue à 5 milliards $ la note globale que représentent les rabais pour les investisseurs individuels, les fonds communs et les fonds de pension.

En fin de compte, l’éditorial estime que les organismes de régulation doivent surveiller de plus près les modalités du principe de meilleure pratique, et exiger davantage de transparence de la part des agents de change concernant leurs pratiques quotidiennes et les rabais qu’ils obtiennent. Si le Congrès ne parvient pas à mieux encadrer ces activités, conclut l’éditorial, les rabais devraient être réacheminés aux clients ou complètement éliminés.

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