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Économie

Gare aux Cassandre de la finance

11 février 2016 | La rédaction | Commenter

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peur_inquietude_stress_angoisse_client_hommeÀ l’heure où les cours du pétrole ne cessent de baisser et où la Bourse s’affole, « les prévisionnistes catastrophistes sont des oracles dont les moindres paroles font les gros titres et influencent les marchés », déplore un banquier dans le quotidien suisse Le Temps.

Pourtant, souligne Alfredo Piacentini, « si le noir fait vendre, les prédictions plus raisonnables sont bien plus utiles aux investisseurs! »

« Dans la mythologie grecque, rappelle le PDG de Decalia Asset Management, Cassandre avait […] le don de prédire l’avenir, mais malheureusement la malédiction de ne jamais être crue. Dans le monde financier, c’est plutôt l’inverse qui se produit : les prévisionnistes catastrophistes sont des oracles dont les moindres paroles font les gros titres et influencent les marchés. »

« OISEAUX DE MAUVAIS AUGURE »

Qu’il s’agisse de la disparition de l’euro, de l’effondrement de l’immobilier ou d’un défaut de la Russie, les sombres pronostics font la fortune de plusieurs analystes ou économistes, dénonce Alfredo Piacentini, qui pointe notamment du doigt la banque en ligne danoise Saxo Bank. Il l’accuse de « livrer chaque année une dizaine de prédictions outrageuses, qui sont ensuite massivement reprises dans la presse ».

Parmi ces « Dr Catastrophes », l’homme d’affaires range pêle-mêle l’économiste Nouriel Roubini, « célèbre pour ses analyses notablement plus pessimistes que le consensus », l’économiste suisse Marc Faber (« notre gourou national ») ainsi que son collègue français Jacques Attali, « jamais avare d’un livre cataclysmique ».

À voir le succès public que ces « oiseaux de mauvais augure » remportent, on ne voit d’ailleurs pas pourquoi ils se priveraient de noircir le tableau, poursuit-il, et ce, d’autant plus que la crise financière de 2008 « a rendu les investisseurs plus attentifs aux oracles les plus pessimistes ».

OCCASIONS MANQUÉES

Pourquoi n’observe-t-on pas le même phénomène avec les pronostics positifs? s’interroge par ailleurs Alfredo Piacentini.

« Sans doute parce qu’en prévoyant des hausses, on incite les investisseurs à acheter et donc à augmenter le risque », tandis qu’« en prévoyant une catastrophe, on pousse à réduire l’exposition, ce qu’on pourra difficilement reprocher », suppose-t-il.

Mais attention, prévient-il : le fait d’écouter ces Cassandre présente des inconvénients. En effet, « pendant qu’on cache ses économies sous le matelas en attendant le cataclysme, l’économie continue à se développer, la valeur des entreprises à augmenter et on risque donc de laisser passer quantité d’opportunités et de voir son argent se déprécier ».

CLIMAT ANXIOGÈNE ET PANIQUE

« Si un investisseur, effrayé par les prévisionnistes du pire, était sorti totalement des actions américaines en octobre 2011, il aurait subi un manque à gagner de plus de 91 % depuis », assène Alfredo Piacentini.

Sa conclusion : « Dans notre monde ultra médiatisé, il faut malheureusement trop souvent créer la sensation pour être écouté. Mais, outre le fait que les prédictions catastrophistes sont le plus souvent erronées, biaisées par des arrière-pensées coupables et contre-productives en termes d’investissement, elles créent un climat anxiogène qui facilite les mouvements de panique sans fondement réel. »

Autrement dit, pour vivre plus sereinement, mieux vaut écarter les prévisions alarmistes…

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