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Psychologie : comment prendre de meilleures décisions financières

19 juin 2010 | Commenter

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oeil_regard_decision_reflexion_426Les investisseurs entretiennent certaines illusions et idées fausses qui les gênent dans leur prise de décisions, affirme l’expert des sciences du comportement Michael Mauboussin. Les conseillers ne sont pas non plus à l’abri du conformisme social ou de l’illusion de contrôle qu’ils ressentent. En prendre conscience est déjà un pas dans la bonne direction. Diana Cawfield de Morningstar a assisté à une conférence du stratège de Legg Mason Capital Management à Baltimore. Voici quelques anecdotes étonnantes qui illustrent ses propos.

Une erreur commune et coûteuse que les investisseurs commettent souvent c’est d’adopter « une vue de l’intérieur plutôt que de l’extérieur », explique M. Mauboussin. Il prend en exemple le résultat surprenant d’une célèbre course de chevaux.

Le panneau de l’optimisme
En 2008, Big Brown (poulain) est l’un des grands favoris pour gagner le prix hautement convoité de la Triple couronne américaine. Big Brown avait aisément remporté les deux premières courses, soit le Kentucky Derby et le Preakness Stakes. Selon son entraîneur, il était « inévitable » que son cheval gagne la troisième et dernière course des prétendants à la Triple couronne : la course Belmont Stakes. Selon l’analyse de vitesse —  une statistique de course qui mesure la vitesse d’un cheval sur une distance spécifique —, il y avait une probabilité de 77 % pour que Big Brown remporte l’épreuve.

Au Belmont Stakes, le jour de la course sera effectivement historique. Big Brown fut le seul prétendant à la Triple couronne à finir bon dernier dans la troisième course, après avoir remporté les deux premières. Le lendemain, les vétérinaires n’ont rien décelé d’anormal chez Big Brown. Comme M. Mauboussin l’a dit, « ce cheval a simplement pris un jour de congé ».

La « vue de l’intérieur » montrait un cheval d’une belle prestance, vainqueur des deux premières courses, avec un entraîneur à la confiance débordante, déclare M. Mauboussin. Cependant, « la vue de l’extérieur », proposait une perspective plus mitigée. Selon lui, les partisans de Big Brown sont tombés dans le panneau de l’optimisme illusoire. Depuis 1950, sur les 20 chevaux qui avaient gagné les deux premières courses, seuls trois ont remporté la Triple couronne. C’est un taux de réussite d’à peine 15 %. Donc, la vue de l’extérieur divergeait des 77 % de probabilités qui se basait sur l’analyse de la vitesse, ajoute M. Mauboussin.

La pensée commune : une étude
Lié de près à l’optimisme illusoire, on retrouve la pensée commune en groupe (pensée unique). M. Mauboussin fait allusion à une étude des années 50 par le psychosociologue Solomon Asch, qui a révélé de surprenants résultats sur la conformité sociale lors d’une expérience supervisée.

D’après cette recherche, environ un tiers des gens se plient à la majorité lorsqu’on leur fournit une mauvaise réponse, même quand ils savent qu’elle est fausse. « Nous souhaitons naturellement nous conformer. C’est un désir humain très inné, dit M. Mauboussin, mais qui ne donne pas de très bons résultats lors de décisions d’investissement. Ainsi, soyez très conscients de votre désir de faire partie du groupe. »

Pour éviter la pensée commune dans le domaine du placement, la firme de M Mauboussin préconise une diversité d’opinions parmi ses gestionnaires. Legg Mason tient une réunion d’une demi-heure au quotidien, pendant laquelle un groupe est chargé de représenter une perspective optimiste et l’autre un point de vue pessimiste. « Nous nous assurons d’avoir des opinions équilibrées », dit M. Mauboussin.

Contrôle illusoire : au casino et dans le transport aérien
Plusieurs recherches démontrent que les gens agissent en croyant que leurs chances sont bien meilleures qu’elles ne le sont réellement. L’un des exemples préférés de M. Mauboussin est la manière dont les gens jettent les dés quand ils jouent. « S’ils veulent un chiffre élevé, ils vont jeter les dés très fort, mais pour un chiffre plus bas, ils les jettent tout doucement. » Lors de votre prochaine visite dans un casino, observez les gens, dit-il.

Les attaques terroristes du 11 septembre 2001 aux États-Unis ont engendré beaucoup de peur. Notamment celle de prendre l’avion. Beaucoup de gens ont choisi après ces événements de voyager en voiture, croyant que ce mode de transport était moins risqué. Ils avaient tort, déclare M. Mauboussin. « Les scientifiques ont étudié les répercussions de ces événements et ils ont remarqué une augmentation des accidents routiers mortels d’environ 50 % à la suite du 11 septembre par rapport à ceux qui ont pris l’avion après cette journée tragique. »

Citant le pouvoir de la peur après la volatilité récente des marchés, M Mauboussin fait remarquer que les investisseurs ont commencé à entasser des liquidités, retirant leurs capitaux du marché. « En fin de compte, les gens sont prêts à abandonner la valeur intrinsèque d’un actif financier, s’ils ont récemment essuyé des pertes. »

Comment mieux rationaliser ses décisions?
Pour prendre de meilleures décisions financières, M. Mauboussin recommande tout d’abord aux conseillers d’éviter de fournir trop de données chiffrées à leurs clients. Le plus important c’est de personnaliser ses rencontres et d’entrer en contact avec les clients.

« Ne leur donnez pas de statistiques, ne leur expliquez pas les grands enjeux macroéconomiques, dit-il. C’est l’un des problèmes de notre industrie. Nous tentons de communiquer en utilisant des terminologies trop longues, factuelles et rationnelles, et ce n’est pas très efficace. Racontez-leur des anecdotes, personnalisez les choses. Préparez-vous. Même lorsque vous rencontrez des difficultés jouez franc jeu, vos clients comprendront. »

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