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Psychopathes à leurs heures, les bandits à cravate?

22 septembre 2015 | Jean-François Parent | Commenter

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C’est du moins ce qu’explique le psychologue judiciaire Michel St-Yves, spécialiste de l’interrogatoire pour la Sûreté du Québec, qui participait récemment à une journée thématique sur l’encadrement des marchés financiers organisée par l’Observatoire du droit des marchés financiers de l’Université de Montréal.

« Des travaux réalisés en psychopathie criminelle démontrent que certains traits de caractère attribués aux psychopathes se retrouvent chez les criminels à col blanc », explique l’auteur de deux ouvrages sur l’interrogatoire judiciaire.

Parmi la quinzaine de caractéristiques propres aux psychopathes, on en retrouverait plus de la moitié chez les cols blancs qui commettent des crimes.

Par exemple, « l’individu a un sens grandiose de son importance, il a le sentiment d’avoir droit à ce qu’il prend, c’est un être spécial et unique, il a un besoin excessif d’être admiré et il exploite les autres », relate le psychologue.

APPRENDRE À LES RECONNAÎTRE

En bref, ce sont des gens imbus d’eux-mêmes qui n’ont aucune empathie. « On l’a vu avec Vincent Lacroix, à qui le juge a reproché de n’avoir pas de remords face à ses victimes. »

En outre, les délinquants économiques ont de grands pouvoirs de persuasion, savent improviser en toute circonstance et parce qu’ils sont d’excellents communicateurs, ils manipulent facilement les gens.

Earl Jones, par exemple, avait un tel pouvoir de persuasion qu’il a souvent réussi à convaincre ses victimes, venues le confronter chez lui, que tout allait bien et qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter.

« Ce sont des gens très populaires, poursuit Michel St-Yves. Plus de 1000 personnes se sont déplacées pour aller entendre le “Loup de Wall Street ”, Jordan Belfort, venu donner une conférence à Montréal en mai 2014 », à près de 200 $ le billet…

Trois facteurs motivent l’orchestration d’une fraude. Il faut une opportunité, il doit y avoir un besoin urgent d’argent, et la rationalisation du geste, selon laquelle le filou a droit, pour toutes sortes de raisons, à ce qu’il vole.

Et lorsqu’ils sont confrontés à leur crime, ils n’hésitent pas à se déculpabiliser par tous les moyens à leur disposition. Ils nient leur responsabilité, ils en diminuent la gravité ou invoquent des principes moraux supérieurs pour avoir agi de la sorte.

REPÉRER LES MENSONGES

La seule chose sur laquelle on a une véritable emprise,  c’est la détection du mensonge.

Attention cependant, ce n’est pas facile. « Le syndrome Pinocchio n’existe pas, il n’y a pas de comportements précis qui indiquent le mensonge », rappelle M. St-Yves.

Certaines astuces permettent de les détecter, par contre. Les gens qui racontent une histoire vraie changeront des détails par exemple, puisque raconter quelque chose à nouveau leur rappelle de nouveaux souvenirs. Le menteur, lui, racontera la même chose, avec les mêmes mots, car le mensonge est appris par cœur.

Voici 6 autres astuces fiables :

1) Se montrer ouvert et conciliant : les accusations directes sont moins efficaces;

2) Poser des questions ouvertes : « Racontez-moi toute l’histoire » génère davantage d’indicateurs que les simples réponses par oui ou non;

3) Utiliser la règle d’engagement, ou faire promettre de dire la vérité : les gens hésitent à rompre une promesse en plus de mentir;

4) Détecter la « surcharge cognitive » : inventer une histoire requiert qu’on y réfléchisse bien, donc mentir exige de gros efforts, plaçant le cerveau en surcharge cognitive. Il faut alors être à l’affût des subtilités changeantes du discours, très révélatrices : hésitations, ralentissement du débit verbal, rigidité corporelle, regard fixe et non pas fuyant, contrairement à la croyance populaire… Autant de signaux qui peuvent indiquer qu’on cache quelque chose.

5) Poser des questions inattendues : elles provoquent des hésitations, le ralentissement du débit, etc., si la réponse n’a pas été planifiée. Le cerveau doit alors travailler fort, et cela paraît;

6) Divulguer la preuve stratégiquement au fil de la conversation, pour confronter la version des faits.

Il reste que la meilleure façon de détecter un mensonge, c’est de connaître la vérité, et donc de la chercher, conclut Michel St-Yves.

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