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Quand Hollywood renoue avec Wall Street

5 janvier 2016 | La rédaction | Commenter

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Longtemps ambivalent envers Wall Street et le capitalisme en général, Hollywood a finalement trouvé une formidable histoire à raconter dans le monde de la finance, soutient The Economist.

Avec la sortie de The Big Short (Le casse du siècle au Québec) pendant les Fêtes, le magazine s’est demandé pourquoi la crise financière de 2007-2008 – et tout le drame qui l’a entourée – n’a pas joué un plus grand rôle dans la culture populaire américaine.

De prime abord, les financiers ne font pas de très bons héros de films. Ils font en revanche d’excellents méchants. Gordon Gekko, le charismatique personnage interprété par Michael Douglas dans Wall Street, en 1987, en est le parfait exemple. Plus récemment, The Wolf of Wall Street (2013) a tenté de démontrer le cynisme des courtiers de Wall Street, mais c’est plutôt l’hédonisme de Leonardo DiCaprio et de ses acolytes qui a volé la vedette.

Les financiers et les hommes d’affaires n’ont généralement pas une très grande présence à l’écran. Ils manœuvrent plutôt en coulisse, manipulant les politiciens en échange de gains à court terme.

Cela dit, les cinéastes essaient souvent de faire d’eux des êtres sympathiques en se concentrant sur leur côté humain. Après tout, dans Pretty Woman (1990), Richard Gere a bien abandonné ses nombreuses machinations pour l’amour de Julia Roberts. Et c’est sans parler de Mark Zuckerberg qui, dans The Social Network (2010), semble avoir créé Facebook uniquement pour impressionner une petite amie qui l’a largué. Dans Steve Jobs (2015), le cofondateur d’Apple devait développer son entreprise tout en prenant soin de sa fille.

En réalité, il faut remonter à 1946 pour trouver un exemple de banquier réellement sympathique au grand écran, estime The Economist. Il s’agit de George Bailey, interprété par Jimmy Stewart, dans It’s a Wonderful Life, qui a peut-être le mieux vulgarisé le monde de la finance dans la culture populaire. Mais George Bailey est surtout devenu un héros pour avoir résisté au cupide M. Potter. Le film n’a pourtant jamais été un succès au box-office, ce sont plutôt ses innombrables diffusions à la télévision qui en ont fait un classique.

DIVERTISSANT ET ÉDUCATIF

The Economist soulève deux problèmes qui rendent compliquée la réalisation d’un film réussi portant sur la finance moderne. Premièrement, la portée dramatique d’un individu assis devant un écran d’ordinateur est somme toute limitée. Deuxièmement, le jargon de la finance, avec ses acronymes et ses termes incompréhensibles pour le commun des mortels, semble impénétrable.

Ce sont pourtant deux problèmes que le réalisateur Adam McKay a su contourner avec brio dans The Big Short, une adaptation du livre de Michael Lewis sur la crise de la dette, juge The Economist. Un terme financier complexe a besoin d’être expliqué? Pas de problème! L’actrice Margot Robbie, bien installée dans une baignoire pleine de bulles, se prêtera volontiers à une séance de vulgarisation.

« Je voulais un cinéma style vérité parce que les films sur la finance semblent souvent austères, monolithiques et froids », a expliqué Adam McKay.

Le succès de The Big Short peut également être attribué à ses solides dialogues et sa distribution composée de nombreuses vedettes : Ryan Gosling, Steve Carell, Christian Bale et Brad Pitt. L’aspect éducatif du film, qui reste avant tout un divertissement, mérite également d’être mentionné, souligne The Economist.

The Big Short met en scène un groupe « d’outsiders excentriques » qui a réalisé avant tout le monde que l’économie américaine courait au désastre. Même si les protagonistes ne sont pas des héros conventionnels (ils font des prévisions sur l’effondrement du marché immobilier, après tout), le public finit par les trouver attachants, car ils dénoncent les pratiques de corruption dans le secteur des prêts hypothécaires, qui étaient monnaie courante avant 2007.

Cette orientation différencie notamment The Big Short de Margin Call (2011), une production qui mettait en vedette les employés d’une banque d’investissement qui tentait de vendre des actifs dévalorisés avant que le reste du marché ne tombe dans l’apocalypse. Il était effectivement plutôt difficile pour le public de s’attacher à des personnages qui devaient se sortir d’une crise qu’ils avaient eux-mêmes créée par pure cupidité.

Hollywood a toujours préféré les histoires où le « gars ordinaire » triomphe. Le public également. The Big Short gagne son pari parce qu’il entretient ce cliché dans une formule à la fois divertissante et sophistiquée, conclut The Economist.

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