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Quand Jacques-André Thibault pilotait les finances de Jacques Duval

19 juin 2014 | Didier Bert | Commenter

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Jacques Duval | Source : Guide de l'auto

Jacques Duval
Source : Guide de l'auto

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« Il exhibait une richesse incroyable », raconte Jacques Duval à propos de Jacques-André Thibault… dont les conseils lui ont fait perdre plus d’un million de dollars.

« Nous habitions le même immeuble à St-Bruno-de-Montarville, raconte l’un des plaignants, le chroniqueur automobile Jacques Duval. Jacques-André Thibault était un type assez jovial, de bonne humeur, qui faisait beaucoup de blagues et qui parlait énormément. Il était toujours gentil avec tout le monde… Il était plutôt plaisant de prime abord. »

À force d’invitations au restaurant et sur son bateau, M. Thibault gagne la confiance de Jacques Duval. « Il exhibait une richesse incroyable : un bateau d’un million de dollars, un condo à deux millions avec une domotique de 250 000 $, deux Mercedes… », explique l’ancien journaliste.

Les deux hommes commencent à parler affaires. « Je n’étais pas partisan de l’assurance vie », poursuit M. Duval, qui finit pourtant par souscrire un contrat de 3 000 000 $ en février 2006. « Jacques-André Thibault m’avait fait paraître les avantages fiscaux à y gagner », explique-t-il.

Trois mois plus tard, Jacques Duval augmente la police à 4 500 000 $… avant de changer d’avis, un mois après. « Je trouvais la police trop élevée », explique M. Duval. Il la vend à une fiducie, sur les conseils de M. Thibault. Ce dernier lui rembourse les 261 000 $ déjà versés dans la police, et lui verse même 20 000 $ en contrepartie. Jacques Duval apprendra plus tard que les bénéficiaires de la fiducie étaient les deux filles de son conseiller financier.

COMITÉ : « JD a indiqué au comité (comme il l’a fait à quelques reprises au cours de son témoignage) que l’intimé était son ami, qu’il lui faisait des propositions en matière de placements et qu’il était réticent à les refuser ne voulant pas le « perdre » comme ami. »

Source : Décision sur culpabilité numéro CD00-0860 du Comité de discipline de la Chambre de la sécurité financière (15 octobre 2013)

Deux mois après, Jacques Duval souscrit une nouvelle police d’assurance vie, d’un montant moindre que la première : 2 000 000 $. « Le 20 000 $ avait été fait en très peu de temps, et la deuxième était offerte sans frais », justifie-t-il.

C’est à partir de ce moment que les choses se gâtent… Pour payer les primes, Jacques Duval emprunte 200 000 $ par année à la Banque de Montréal.

COMITÉ : « L’illustration que l’intimé a présentée à JD faisait état d’un dépôt annuel de 200 000 $ pendant quinze ans. JD a indiqué au comité qu’il n’avait pas lu ce document. Il a ajouté qu’il n’avait pas les moyens financiers de payer de telles sommes mais qu’on lui avait fait miroiter qu’il pourrait emprunter ces montants et que cette opération ne lui coûterait rien. »

Source : Décision sur culpabilité numéro CD00-0860 du Comité de discipline de la Chambre de la sécurité financière (15 octobre 2013)

« La dette s’est accumulée. Je leur devais 700 000 $ au bout de trois ans. Un fiscaliste m’a mis en garde : dix ans après, je devrais 3 à 4 millions, alors que je n’aurais accumulé que 2 millions », raconte M. Duval.

En 2009, Jacques Duval demande à M. Thibault d’annuler la police. « Il m’a dit de m’arranger avec son avocat. La discussion s’est arrêtée là. L’amitié aussi. » Jacques Duval écrit à AIG Vie, avec copie à l’AMF et à sa banque. « Je disais que j’étais victime d’une fraude et que je voulais tout arrêter sinon je ferais du bruit. Rien n’a bougé tant que je n’ai pas pris un avocat, et envoyé des mises en demeure. »

Finalement, le différend se règle à l’amiable. AIG Vie annule la deuxième police. Quant à l’AMF, « ils m’ont répondu qu’ils prenaient la chose en considération ».

Jacques Duval dit avoir perdu entre 1,2 et 1,4 million de dollars dans l’affaire. Quand on lui demande s’il a bénéficié du Fonds d’indemnisation des services financiers, il est presque étonné. « L’AMF ne m’a pas proposé d’indemnisation. D’ailleurs, je ne savais pas qu’elle pouvait le faire. »

Quand on évoque les sanctions maximales (une radiation de onze années et des amendes totalisant 18 000$) que pourrait prendre le Comité de discipline de la Chambre de la sécurité financière à l’encontre de M.Thibault, Jacques Duval n’est pas satisfait. « Ce n’est pas assez sévère, affirme-t-il. Il devrait être rayé à vie de ce domaine. (…) La Chambre de la sécurité financière et l’Autorité des marchés financiers sont beaucoup trop protecteurs de ces gens-là. »

Croit-il que Jacques-André Thibault savait ce qu’il faisait en lui vendant une police d’assurance vie dont il n’avait pas besoin? « C’était intentionnel. Il était affamé d’argent et de pouvoir, et cherchait par tous les moyens à aller chercher de l’argent à droite et à gauche pour soutenir son train de vie fastueux. »


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Notre dossier sur l’affaire Thibault :

Mérite-t-il 11 ans de radiation… ou davantage?
Les antécédents de Jacques-André Thibault
Des sanctions en cascade?
Jacques-André Thibault : « Je n’ai volé personne »
Quand Jacques-André Thibault pilotait les finances de Jacques Duval
La médecine amère de Jacques-André Thibault
L’AMF s’explique

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