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Régulateurs : quels sont les PDG les mieux payés?

17 avril 2017 | Jean-François Venne | Commenter

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salaire_argent_homme_femme_425x283Combien gagnent les PDG des commissions des valeurs mobilières au Canada? Ces salaires sont-ils justifiés? Pour y voir plus clair, Conseiller a dressé un petit palmarès de ces rémunérations, selon les données les plus récentes.

En 2015, le PDG de la Commission des valeurs mobilières de l’Alberta, William Rice (remplacé depuis par Stan Magidson) était le mieux payé du lot, à 577 092,74 $ par année. C’est près de 80 000 $ par année de plus que celle qui arrive au second rang, la Britanno-Colombienne Brenda Leong, laquelle touchait 499 251 $. Son homologue Maureen Jensen, en Ontario, recevait 477 390,22 $, alors que Louis Morisset, à la tête de l’Autorité des marchés financiers (AMF), ferme la marche du quatuor de tête avec 414 758 $.

Les rémunérations offertes dans les quatre plus grandes provinces sont largement supérieures aux autres. Louis Morisset touche plus de 1,3 fois le salaire de celui qui le suit dans le palmarès, Roger Sobotkiewicz, de la Financial and Consumer Affairs Authority of Saskatchewan, lequel reçoit 176 496 $. Le PDG le moins payé de toutes les commissions en valeurs mobilières du Canada est Paul E. Radford, de Nouvelle-Écosse, avec 91 533,48 $.

En guise de comparaison, le président de l’AMF française, Gérard Rameix, reçoit environ 240 000 euros (345 000 $) par année, selon Le Figaro[1]. Si l’on reste au Québec, Louis Morisset fait partie des trois hauts dirigeants québécois les mieux payés de la fonction publique, derrière Michael Sabia, PDG de la Caisse de dépôt et placement du Québec (500 000 $), et Éric Martel, PDG d’Hydro-Québec (493 024 $), selon le ministère du Conseil exécutif[2].

Contactés pour commenter ces résultats, les quatre dirigeants de commissions des valeurs mobilières les mieux payés au Canada ont tous décliné la demande d’entrevue de Conseiller.

DES SALAIRES RAISONNABLES

Que penser de tout cela? Pour Michel Mailloux, planificateur financier et formateur en déontologie financière, les salaires des PDG des commissions des valeurs mobilières canadiennes n’ont rien de bien choquant.

« Ce qui importe, je crois, est de regarder le ratio entre le salaire du dirigeant et le salaire moyen des employés de l’organisation. Ici, on doit se situer à un ratio variant entre cinq et huit environ, estime-t-il. C’est loin d’être déraisonnable, comparativement aux ratios dans les banques ou les grandes entreprises privées, où il y a une dérive morale. » Dans les institutions financières canadiennes, le patron reçoit en effet de 34 fois (Banque Laurentienne) à 146 fois (Banque Scotia) le salaire moyen de ses employés.

Au MÉDAC, Normand Caron partage le même avis. Il ajoute qu’il est important d’avoir des régulateurs assez indépendants financièrement pour être à l’abri des tentations. « On ne veut pas avoir un régulateur vulnérable financièrement, on souhaite que sa rémunération lui permette de faire son travail en toute indépendance. Je crois que l’AMF a cette crédibilité. »

« On ne veut pas avoir un régulateur vulnérable financièrement, on souhaite que sa rémunération lui permette de faire son travail en toute indépendance. »

– Normand Caron

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RIVALISER AVEC LE PRIVÉ

Marie-Soleil Tremblay, professeure à l’École nationale d’administration publique et chercheure au Centre de recherche sur la gouvernance, étudie depuis longtemps les rémunérations, notamment dans le secteur privé. Au Canada, elle y a vu les salaires des dirigeants passer de 25 fois à 250 fois celui de la moyenne de leurs travailleurs.

Nul dérapage semblable dans les sociétés publiques, mais une évolution. « Il y a plus de 30 ans, leurs dirigeants faisaient toute leur carrière dans la fonction publique, explique-t-elle. Dans les années 1980, l’État a commencé à emprunter ses méthodes de gestion au secteur privé et donc à embaucher des gens venant du privé pour diriger ses sociétés publiques. Du coup, les salaires offerts dans le public ont dû devenir plus compétitifs pour rivaliser avec ceux du privé. »

Elle donne l’exemple de Louis Morisset, qui travaillait au cabinet d’avocats Stikeman Elliott avant d’entrer à l’AMF. Parions qu’il n’aurait pas trop de difficulté à retrouver un emploi fort rémunérateur dans le secteur privé.

UN PROCESSUS TRANSPARENT

De 2004 à 2006, la gouvernance des sociétés publiques a été revue au Québec, rappelle Marie-Soleil Tremblay. « Le gouvernement a rehaussé l’indépendance de leur conseil d’administration ou, dans le cas de l’AMF, du conseil consultatif, souligne-t-elle. Les gens qui y siègent proviennent de l’extérieur du gouvernement. Lorsqu’ils sont appelés à établir les rémunérations, ils y vont avec les barèmes qui leur semblent raisonnables, en fonction de leur expérience, laquelle ne provient pas nécessairement de la fonction publique. »

Elle ajoute qu’il est normal d’offrir des salaires assez attractifs pour attirer et retenir des candidats de qualité. D’autant plus que si la fonction de PDG de l’AMF offre un certain prestige, elle comporte aussi un haut degré de risque, notamment de réputation. Cet organisme peut rapidement se retrouver pris à partie dans les médias ou au milieu de joutes politiques.

Le public risque-t-il de s’offusquer de ces salaires? « En fait, c’est moins le salaire qui importe que le processus avec lequel il est octroyé, qui doit être transparent et juste, dit-elle. Ce sont plus des manquements à cet égard qui pourraient soulever la colère des gens. »

« C’est moins le salaire qui importe que le processus avec lequel il est octroyé, qui doit être transparent et juste. Ce sont plus des manquements à cet égard qui pourraient soulever la colère des gens. »

– Marie-Soleil Tremblay

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Salaires des PDG des commissions des valeurs mobilières canadiennes (2015)

  1. Alberta Securities Commission
    Stan Magidson
    577 092,74 $ (pour William Rice, prédécesseur de M. Magidson)
  2. British Columbia Securities Commission
    Brenda Leong
    499 251 $
  3. Ontario Securities Commission
    Maureen Jensen
    477 390,22 $
  4. Autorité des marches financiers
    Louis Morisset
    414 758 $
  5. Financial and Consumer Affairs Authority of Saskatchewan
    Roger Sobotkiewicz
    176 496 $
  6. Manitoba Securities Commission
    Don Murray
    160 000 $ (2016)
  7. New Brunswick Financial and Consumer Services Commission
    Rick Hancox
    Échelle salariale variant de 131 957 $ à 164 703 $
  8. Securities Commission of Newfoundland
    John O’Brien
    104 230 $
  9. Prince Edward Island Securities Office
    Steve Dowling
    Échelle salariale variant de 99 163 $ à 128 967 $
  10. Nova Scotia Securities Commission
    Paul E. Radford
    91 533,48 $

[1] Le Figaro, Quels fonctionnaires gagnent plus que François Hollande?

[2] Ministère du Conseil exécutif Québec, Salaires, indemnités et allocations des titulaires d’un emploi supérieur 2016

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