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Quelles réglementations pour prévenir les futures crises?

17 novembre 2011 | Nicolas Ritoux | Commenter

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Guy Cormier, vice-président aux finances, réseau des caisses du Mouvement Desjardins et Ksenia Khoruzhnikova, présidente et fondatrice du Sommet G20Y.

Entretien avec Guy Cormier, vice-président aux finances, réseau des caisses du Mouvement Desjardins.

En matière de crise économique, mieux vaut prévenir que guérir : tel est le message retenu par Guy Cormier à la suite de sa participation au sommet G-20Y à Paris, du 5 au 9 octobre, qui réunissait une cinquantaine de leaders de la génération 25-45 autour des questions économiques du moment.

Le vice-président aux finances, réseau des caisses du Mouvement Desjardins était le seul Québécois invité à ce sommet qui visait à offrir des recommandations concrètes aux membres du G20, qui se tenait les 3 et 4 novembre à Cannes.

L’incertitude économique a occupé les discussions des participants, qui ont étudié divers moyens de prévenir les crises à l’échelle mondiale, pour éviter de faire face à des situations d’urgence. But de l’exercice : mieux protéger les déposants, emprunteurs et investisseurs, mais aussi renforcer la confiance de la population envers les institutions financières.

La crise économique s’accompagne-t-elle d’une crise de confiance?
L’un des messages les plus importants que je voulais apporter au G-20Y, c’est qu’une bonne économie repose sur la confiance des gens. C’est leur premier élément de décision dans le domaine de l’investissement. Si la base de confiance s’effrite, l’élément de risque augmente et l’économie est fragilisée.

Les scandales des dernières années ont-ils miné la confiance envers les institutions financières?
Au Québec, je n’ai pas senti une dégradation. Les gens d’ici sont fiers de voir nos banques et nos caisses passer à travers la crise financière avec une gestion adéquate. On ne peut pas en dire autant des États-Unis ou d’autres pays où les citoyens sont inquiets des performances de leurs institutions. Cela s’exprime clairement dans les manifestations qui ont lieu en ce moment aux États-Unis, ou dans les protestations des Grecs face aux mesures d’urgence qui affectent leurs programmes gouvernementaux et leurs fonds de retraite.

Le G-20Y contribue-t-il à solutionner ces enjeux?
Les marchés financiers sont très interdépendants. Une décision prise en Chine a un impact direct dans les minutes qui suivent sur les marchés financiers américains. Si on veut un système mondial solide, les intervenants et décideurs mondiaux n’ont pas le choix de s’asseoir à la même table pour prendre des décisions qui exploitent au maximum l’intelligence et le savoir-faire de tous.

Que retenez-vous de votre participation?
À ma grande satisfaction, j’ai constaté que nous vivons tous un peu les mêmes enjeux dans nos pays respectifs, comme celui de la confiance des investisseurs et de la population envers l’économie. Par exemple, nos discussions sur la stabilité financière des pays émergents se sont vite transformées en discussion sur la stabilité financière tout court. Celle-ci doit être assurée partout à la fois pour que le système fonctionne.

Quelles solutions ont été proposées pour assurer la stabilité financière sur le plan mondial?
Parmi les pistes de solution, nous avons exploré l’idée d’un « pacte de stabilité financière », dont les pays signataires s’entendraient sur des standards minimaux à respecter. Sans réglementer abusivement ni compromettre la souveraineté de chaque pays, on pourrait imposer certaines règles sur la capitalisation financière, les liquidités, l’équilibre budgétaire des gouvernements, un niveau de dette supportable, etc. Chaque pays s’engagerait à une obligation de se soutenir mutuellement en cas de difficultés. Une contribution pourrait être versée dans un fonds de prévoyance mondial, au prorata du PIB de chaque pays, afin de financer un redressement en cas de crise majeure.

Pour le moment, nous n’avons rien de tel. Chaque fois qu’il y a une crise, les pays tentent de négocier l’un avec l’autre à la dernière minute, en pensant à leurs intérêts personnels. Avec un pacte à long terme, on passerait d’une attitude réactive à une attitude proactive face aux crises. Il serait utopique de penser qu’il n’y aura plus de crise, mais il est possible de minimiser les dommages collatéraux. Ce serait une sorte de police d’assurance pour les économies nationales. Ça peut paraître audacieux, mais on aurait pu dire la même chose il y a plusieurs années à ceux qui évoquaient l’idée d’une zone euro !!

Vous avez aussi évoqué une réglementation internationale pour le shadow banking (finance parallèle)?
Plusieurs initiatives de shadow banking ont été très créatives et utiles à tous, par exemple PayPal. Il faut encourager cette créativité, mais aussi rester vigilant. Tout ce qui est du shadow banking non réglementé n’est pas forcément mauvais, mais il faudrait l’encadrer, surtout quand il implique des citoyens qui ne sont pas en mesure de bien comprendre l’élément de risque.

L’encadrement des grandes institutions financières a-t-il aussi été abordé?
Nous avons évoqué la possibilité d’un classement hiérarchique de l’ensemble des produits financiers partout dans le monde, avec une cote de risque pour chacun. Il s’agirait d’une hiérarchie très transparente du risque, au-delà de ce que proposent les agences de notation, afin que tous les investisseurs du monde comprennent le risque de la même façon, avec les mêmes éléments de pondération. L’autre grande recommandation, c’est une meilleure coopération entre les agences de réglementation des différents pays. On a la perception que les agences telles l’AMF, par exemple, pourraient se coordonner plus facilement qu’elles ne le font, de manière proactive.
Il semble que le thème de la proactivité est revenu souvent dans vos échanges…

Les gens partageaient la volonté de se projeter dans l’avenir afin d’éviter de résoudre les crises sur le moment, comme on l’a vu ces dernières années. On ne pourra jamais prévenir les crises, mais pourrait-on amoindrir leurs impacts sociaux, humains et financiers?

En tant que « jeune leader », comment décririez-vous votre génération face aux questions financières?
Les gens de notre génération ont un niveau supérieur de connaissance et de compréhension lorsqu’ils rencontrent un planificateur financier ou un représentant d’assurance, car ils se renseignent beaucoup sur Internet au préalable. Ils font plus souvent leurs devoirs avant de rencontrer un professionnel, ce qui n’était pas aussi facile pour les générations précédentes. Je crois aussi que nous prenons davantage conscience de notre besoin d’autoresponsabilisation face à la retraite et à l’épargne. Aujourd’hui, on ne peut plus autant compter qu’autrefois sur les gouvernements.

Quels efforts d’éducation restent à faire pour conscientiser les citoyens sur l’épargne et la retraite?
L’éducation financière demeure fondamentale chez Desjardins, au Québec, mais aussi dans des pays où les gens n’ont pas accès aux mêmes produits ni même à des institutions financières. C’est notamment le cas des femmes de certaines communautés, ou de générations qui n’ont pas reçu une bonne éducation financière. Par exemple, Desjardins aide près d’une trentaine de pays à obtenir un meilleur accès aux services financiers, en contribuant au développement industriel, mais aussi à la prise en charge des individus.

Cet article est tiré de l’édition de novembre du magazine Conseiller. Consultez-le en format PDF.

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