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Revue de presse

Qui sera le ministre des Finances de Justin Trudeau?

22 octobre 2015 | Pierre Duhamel, L'actualité | Commenter

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Ce texte a d’abord été publié sur le site lactualite.com le 20 octobre.

La nomination du prochain ministre des Finances sera la décision la plus importante du début de mandat de Justin Trudeau. Il sera un quasi-alter ego du nouveau premier ministre, un peu comme Jacques Parizeau l’était avec René Lévesque ou Paul Martin avec Jean Chrétien.

C’est le ministre le plus important du gouvernement après le premier ministre. C’est lui qui doit présenter et défendre le budget de l’État, assurer le financement de ses différentes missions, favoriser la croissance économique tout rassurant les milieux financiers.

Justin Trudeau ne prendra pas cette décision seul. Les libéraux incarnaient peut-être le changement dans cette élection, mais ils ont une très vaste expérience du fonctionnement de l’État fédéral canadien. Le premier ministre élu s’est entouré de trois grands mandarins de l’État pour lui faire des recommandations: David Dodge, ancien gouverneur de la Banque du Canada et ancien sous-ministre des Finances, Kevin Lynch, qui a été greffier du Conseil privé et secrétaire du cabinet, donc grand patron de la fonction publique fédérale, et Scott Clark, un autre ancien sous-ministre aux Finances.

Qui sont ceux qui seront considérés pour ce poste-clé? J’ai demandé l’avis de mon collègue Pierre Fortin, qui connaît personnellement certaines des personnes qui pourraient être choisies. «Justin Trudeau aura un choix difficile à faire parce qu’il a tellement de bon monde dans son équipe», me dit-il. On peut identifier deux candidats potentiellement surprenants, et quatre noms.

Commençons par deux candidatures intéressantes, mais improbables.

Jean-Yves Duclos, professeur titulaire à l’Université Laval, a un doctorat du prestigieux London School of Economics et il était titulaire de la Chaire de recherche Industrielle-Alliance sur les enjeux économiques des changements démographiques. Il a aussi le mérite d’avoir été élu dans une région dominée par les conservateurs. Néanmoins, son inexpérience politique le disqualifie probablement. Je donne au nouveau député de la circonscription de Québec 5 % des chances d’obtenir le portefeuille des Finances.

La nomination de l’ancienne journaliste Chrystia Freeland serait étonnante, mais Justin Trudeau aime nous surprendre. La députée élue de University-Rosedale a travaillé pour certains des plus beaux fleurons de la presse économique, dont le Financial Times, le Globe And Mail et Thomson Reuters. Ce n’est toutefois pas une économiste de formation ni une dirigeante d’entreprise et il y a dans la région de Toronto d’autres candidats de plus grande valeur pour ce poste. Je lui donne également 5 % des chances d’obtenir le portefeuille des Finances.

On peut ensuite identifier quatre valeurs sûres.

John McCallum est député depuis 2000 et il a occupé des fonctions ministérielles sous Jean Chrétien et Paul Martin. Il a été professeur à Simon Fraser (Vancouver), à l’UQAM et à McGill avant de devenir économiste en chef de la Banque Royale. Son expérience le sert bien, mais à 65 ans, incarne-t-il la jeunesse et le renouveau que veut incarner Justin Trudeau ? Je lui donne 20 % des chances d’être choisi.

Ralph Goodale a été ministre des Finances pendant trois ans sous Paul Martin et il est le leader adjoint en Chambre du Parti libéral. C’est aussi le seul élu libéral de la Saskatchewan. Je lui donne 15 % des chances de retrouver son ancien portefeuille.

Scott Brison est le critique libéral en matière de Finances depuis 2010 et il est un parlementaire aguerri. Il détient un diplôme universitaire en commerce et il a été entrepreneur avant de se lancer en politique. C’est là que ça devient intéressant.

Il se fait d’abord élire en 1997 sous la bannière du Parti progressiste-conservateur, dont il a été une vedette montante. À la fin de 2003, il quitte le parti fraîchement fusionné avec l’Alliance canadienne et se joint aux libéraux. Voilà un premier symbole: il incarne les conservateurs modérés que veut attirer le PLC.

Deuxième symbole: il est devenu en 2004 le premier membre du conseil des ministres fédéral à afficher publiquement son homosexualité. Il serait un symbole d’ouverture et de tolérance après 10 années de régime conservateur.

Troisième symbole: il est le député le plus expérimenté d’une région qui vient de donner tous ses 32 sièges au Parti libéral. Cela mérite récompense.

Je lui donne 25 % des chances de devenir le prochain ministre des Finances et vous pouvez parier qu’il obtiendra un «gros» ministère, quoi qu’il arrive.

Avec 30 % des chances, je donne favori Bill Morneau, président exécutif du conseil d’administration de Morneau Sheppel, une firme de services-conseils en ressources humaines et d’impartition de personnel. L’entreprise est implantée au Canada et aux États-Unis et elle cotée en Bourse.

Bill Morneau connaît tout le monde sur Bay Street et il a le titre de ministre des Finances collé sur son front depuis qu’il a annoncé sa candidature.

Il est détenteur d’une maîtrise du London School of Economics et d’un MBA de la non moins prestigieuse INSEAD, en banlieue de Paris. Il est aussi le président sortant du conseil d’administration de l’Institut C.D. Howe.

Bill Morneau est un candidat «naturel» pour ce poste et il ferait parfaitement l’équilibre avec un premier ministre de Montréal.

Un facteur joue contre lui: il n’a pas d’expérience parlementaire et dieu sait comme le ministre des Finances est souvent sur la sellette.

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