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Recours au crédit : bonne dette ou mauvaise dette?

15 avril 2013 | Gérard Bérubé

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Quatre dossiers problématiques sur dix font ressortir un surendettement progressif découlant d’un déficit budgétaire récurrent. Quelle dette est pertinente et quelle dette ne l’est pas?

Dit simplement, les mauvaises dettes sont celles qui ne conviennent pas à notre budget. Dans cette catégorie, le solde impayé sur la carte de crédit arrive évidemment au sommet de la liste. « C’est la plus dangereuse. Suit la dette émise par les sociétés de prêt, qui peut commander des taux d’intérêt de 35 à 40 %. On dénombre cependant de moins en moins de prêts de ce type depuis la crise », énumère Pierre Fortin, vice-président du syndic Jean Fortin & Associés.

Revenant à la carte de crédit, il rappelle qu’il s’agit du crédit le plus onéreux et que sa trop grande accessibilité en fait un outil pernicieux. « Un dossier type d’insolvabilité peut abriter un solde impayé de 21 000 $ sur cartes de crédit, et comprendre entre trois et six cartes! On ne devrait jamais avoir de solde à payer sur une telle carte », insiste Pierre Fortin.

Il cite la statistique de l’Association des banquiers canadiens selon laquelle 64 % des détenteurs de carte paient leur compte à la fin de la période de grâce, pour souligner que la portion restante de 36 % est une indication d’une mauvaise utilisation de ce type de crédit. Et l’effet composé d’un taux d’intérêt annuel de près de 20 % est exponentiel… « Si on se contente de rembourser un minimum de 3 %, on en a pour 20 ans à payer. Avec un minimum de 2 %, ça prend 75 ans! Une marge de crédit coûte quatre fois moins cher », illustre le spécialiste.

En chiffreS

  • – Le taux d’insolvabilité au Québec touche 6 personnes sur 1000, soit environ 38 000 personnes par année.
  •  – Sur dix ans, ce taux est en hausse dans le segment des 55 ans et plus et est stable dans la strate des 18-25 ans.
  • – Du total, 30 % des dossiers aboutissent à une proposition, 70 % prennent la route de la faillite.
  • – L’expérience démontre que 40 % des dossiers problématiques font ressortir un surendettement progressif, lié à la surconsommation et à un manque à gagner structurel. Une autre proportion de 40 % résulte d’un événement fortuit (une séparation, une maladie, une perte d’emploi), les 20 % restants étant l’effet d’un endossement malheureux ou d‘un projet d’entreprise ayant mal tourné.
  • Source : Pierre Fortin

La marge de crédit, haut la main

Cette dernière entre donc dans la catégorie des bonnes dettes. Du moins, elle se veut l’une des formes de crédit les moins dispendieuses et les plus flexibles. Basé sur le taux préférentiel, le taux d’intérêt moyen d’une marge oscille autour de 6 ou 7 %, contre un taux variant entre 8 et 12 % sur un prêt personnel. Une fois autorisée, elle n’est généralement l’objet d’aucune enquête de crédit additionnelle. Elle offre, de plus, la sécurité et la flexibilité associée à l’absence de contrainte en matière de remboursement du capital. Une particularité qui peut toutefois avoir un effet pervers si l’on n’y prend garde : continuer à s’endetter plutôt que rembourser. Pierre Fortin insiste : « Tant que l’on ne perd pas de vue la distinction entre l’argent en banque et à crédit, la marge joue son rôle. »

Au chapitre des bonnes dettes, mentionnons également le prêt de consolidation, qui devient l’option la plus intéressante lorsqu’on se sent étouffé par ses dettes. « En prenant une telle initiative, la personne concernée démontre qu’elle s’est reprise en mains », note Pierre Fortin.

Le prêt automobile, souvent qualifié de mal nécessaire, entre lui aussi dans la catégorie des bonnes dettes. « C’en est une parce qu’elle est accolée à un actif qui, même s’il se déprécie rapidement, rend le prêt auto plus avantageux, sur une période de huit ans, qu’une location renouvelée aux quatre ans », précise Pierre Fortin.

Le vice-président du syndic classe également le prêt hypothécaire au rang des bonnes dettes, avec bémol : « Le coût mensuel en capital, intérêt, taxes (scolaires et municipales) et chauffage-électricité ne devrait pas dépasser 30 % du revenu brut. » Pour la Société canadienne d’hypothèques et de logement, ce ratio est de 32 %. « Au-delà, la résidence peut devenir une véritable cage dorée », insiste-t-il.

Une affirmation que vient nuancer Éric Brassard. Le comptable agréé, planificateur financier et conseiller en placement auprès de Patrimoine Dundee observe trop souvent un grand empressement à vouloir rembourser l’hypothèque de manière accélérée. « Il ne faut pas se hâter de la payer, à moins que tous les autres aspects de la planification financière aient été examinés, et qu’on ait fait le plein d’épargne-étude, de REER et autres abris fiscaux. Vouloir rembourser l’hypothèque trop rapidement finit par exercer une pression sur le budget et par provoquer une utilisation à outrance de la carte de crédit. » Il rappelle que le coût d’une dette n’est pas lié à sa durée, mais à son taux.

40 % maximum

Cette relation entre le crédit et l’actif permet d’aborder le prêt à l’investissement, dont l’intérêt est fiscalement déductible parce qu’un revenu y est généralement associé. Mais le prêt levier, comme on l’appelle aussi, s’il permet d’élaborer certaines stratégies d’investissement pertinentes, n’est pas sans risque et peut ne pas convenir à tous, renchérit Éric Brassard.

Cette précision étant, le planificateur financier rallonge la liste des bonnes dettes en y greffant les dettes d’études, qui peuvent comporter un crédit de 35 % sur l’intérêt payé, et celles faisant partie d’une stratégie ciblée, comme un prêt REER bien pensé. Il peut également faire appel au prêt levier dans le cadre de stratégies fiscales de fin d’année pour les personnes incorporées, ou lorsqu’il faut appliquer la technique de mise à part de l’argent pour les professionnels non incorporés.

Au final, la majorité des experts s’accordent pour dire que le plafond d’endettement total ne devrait pas dépasser 40 % du revenu brut. La contrainte budgétaire devient, ainsi, l’élément-clé. Pour Éric Brassard, les limites du budget constituent en outre l’un des trois critères permettant de distinguer une bonne dette d’une mauvaise. Les deux autres sont un taux d’intérêt raisonnable par rapport au marché et la possibilité de déduire l’intérêt de son revenu imposable.

Le recours au crédit n’a donc rien de dramatique, mais une ligne ne devrait pas être franchie.

Revenu familial brut

72 000 $/année

Maison

Paiement hypothécaire

(200 000 $ à 5 % sur 25 ans)

1 200 $/mois

Taxes scolaires et municipales

250 $/mois

Chauffage et électricité

200 $/mois

Auto

Paiement/location d’auto(s)

450 $/mois

Ratio d’endettement de la famille : 35 %*

* Maximum permis par les institutions financières : 40 %

Plafond d’endettement : 300 $/mois**
(au-delà = surendettement)

** Représente : carte de crédit de 10 000 $ ou marge de crédit de 10 000 $
ou prêt personnel de 15 000 $

 

Que faire face au surendettement?

Lorsque l’endettement devient problématique, la solution passe d’abord par une prise de conscience du client. L’étape suivante consiste à établir un budget puis à mesurer le ratio d’endettement. Éric Brassard conseille de passer ensuite à la recherche de solutions. Ici, on peut penser à la vente d’actifs, s’il y en a, ou à la consolidation, en mettant à contribution l’hypothèque s’il y a une marge de manœuvre, ou en regroupant les dettes sous forme d’un prêt à terme. L’étape ultime consistera à recourir aux services d’un syndic pour articuler une proposition concordataire ou pour déclarer faillite.

Cet exemple vous est donné à titre indicatif. Chaque cas peut varier.

300 $ d’extras, pas plus

Atteindre 40 % se fait assez vite. Pierre Fortin donne un exemple à partir de paramètres de référence représentatifs :

  • un revenu familial brut moyen de 72 000 $;
  • une hypothèque type de 200 000 $, au taux annuel de 5 %, amortie sur 25 ans qui, avec les taxes et le chauffage-électricité, implique un déboursé de 1 650 $ par mois;
  • une mensualité sur un prêt auto de 450 $, pour arriver à un ratio d’endettement de 35 %.

Résultat : il reste une marge de manœuvre de 300 $ par mois, soit l’équivalent d’une somme de 10 000 $ sur une carte de crédit ou une marge de crédit, ou de 15 000 $ sur un prêt personnel. « Au-delà de ce ratio de 40 %, on dépasse la ligne. On tombe dans le surendettement », rappelle l’expert.

À lire : L’endettement des clients : sujet tabou?

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