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Reçus de transactions boursières : de l’or en barre?

24 février 2014 | Jean-François Venne | Commenter

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La Monnaie royale canadienne offre des Reçus de transactions boursières permettant d’acquérir de l’or ou de l’argent. Est-ce une bonne façon d’investir dans ces métaux précieux?

Le 28 octobre 2011, la Monnaie royale canadienne propose une première émission de 250 M$ de Reçus de transactions boursières (RTB) issus du programme de la Réserve d’or canadienne. La demande est telle qu’en quatre semaines, elle augmente son offre à 600 M$. Cela en fait la plus imposante introduction en Bourse de l’année à Toronto et la plus grosse de l’histoire de cette Bourse pour un produit adossé à des lingots d’or. L’année suivante, la Monnaie lançait des RTB de la Réserve d’argent canadienne, avec une première émission de 100 M$.

La Monnaie souhaite faire croître ces deux produits au cours des prochaines années, et dit être encouragée par la demande actuelle. « La plupart des fonds négociés en Bourse contenant des métaux précieux ont baissé depuis deux ans, alors que nos RTB ont connu une bonne performance », avance Steve Higgins, chef principal, Réglementation des RTB et Monnaie. Selon lui, le succès du produit s’explique par de faibles risques et l’absence d’intermédiaires. « C’est la méthode la plus simple pour acquérir des positions sur les marchés de l’or et de l’argent », poursuit-il.

C’est garanti!

Les RTB sont distribués par un syndicat de courtiers en valeurs dirigé par Valeurs Mobilières TD et Banque nationale Financière. Chaque reçu constitue la preuve de propriété d’un produit d’investissement en or ou en argent détenu par la Monnaie dans ses installations sécurisées d’Ottawa. Les détenteurs des RTB sont propriétaires du métal, et non d’une simple participation ou action dans une compagnie qui le possède.

Selon Steve Higgins, l’intérêt principal du produit est dans sa structure et dans la sécurité qu’il offre. « Il est implicitement garanti par le gouvernement canadien, qui jouit d’une cote de crédit de AAA, dit-il. La Monnaie royale a plus de 100 ans d’expérience dans le raffinage, la production et l’entreposage des métaux précieux. Elle est le premier producteur mondial de pièces d’une once d’or, et le deuxième pour l’argent. » Le principal risque tient donc aux fluctuations du marché, et non à l’émetteur du produit.

Valeur refuge

La garantie gouvernementale et l’occasion de posséder directement l’or ou l’argent sont aussi tombées dans l’œil d’Érick Carrier, GPC et conseiller en placement inscrit auprès de Patrimoine Hollis inc. « C’est une exposition directe au marché, on ne court pas de risques opérationnels comme quand on investit dans une minière ou dans les titres d’une compagnie, explique-t-il. Le prix reflétera donc mieux celui de la matière. » Selon lui, les investisseurs choisissent ce produit pour les mêmes raisons qui poussent généralement à acheter des métaux, c’est-à-dire se mettre à l’abri d’éventuelles baisses de la valeur des devises à long terme. Du côté des institutionnels en particulier, lesquels représentent environ 40 % des détenteurs de RTB du programme de réserve d’or, il ne s’agit pas de créer de la liquidité, mais bien de miser sur un actif physique à long terme, sans s’encombrer de l’entreposage de lingots d’or.

Parlant d’entreposage, les frais de détention, inférieurs à ceux offerts par d’autres produits similaires, tels le fonds argent de Sprott, représentent un avantage à ne pas négliger. La Monnaie facture annuellement 35 points de base en frais d’entreposage de l’or, et 40 points de base pour l’argent. C’est donc dire que chaque année, la quantité d’or que représentent 100 $ de mon investissement diminue de 0,35 $.

Livraison à domicile

On peut aussi liquider ce placement, ou même se faire livrer le métal chez soi. Si vous souhaitez échanger l’or pour des dollars, il faudra toutefois débourser des frais de 5 %. La Monnaie offre aussi des conditions permettant de recevoir le métal chez soi, en échange de certains frais (voir l’encadré ci-dessus). On peut se le faire livrer dans l’une des trois formes suivantes : des pièces d’une once, des lingots d’un kilogramme (32,15 onces) ou des lingots de bonne livraison (entre 350 et 430 onces). « Mais quand on achète des RTB, ce n’est généralement pas pour s’encombrer d’or ou d’argent chez soi, surtout que tous les frais associés à cela viennent diminuer le rendement de notre investissement », souligne Érick Carrier.

De son côté, le président de Placements Idema, Ian Gascon, s’inquiète de l’écart qu’il juge parfois prononcé entre la valeur en Bourse de ces RTB et leur valeur comptable. « La valeur de notre placement sera fonction de l’offre et de la demande de ces reçus, pas nécessairement de la valeur intrinsèque de la matière. » De fait, les RTB ont régulièrement été négociés à environ 6 % de prime en 2013. Toutefois, souligne Steve Higgins, il n’est pas question de coter à de forts rabais, puisque cela pourrait ouvrir la porte à des spéculateurs qui échangeraient leurs RTB contre de l’or physique afin de le revendre plus cher ensuite.

Au bout du compte, la réflexion doit peut-être se concentrer sur l’utilité d’avoir de l’or dans un portefeuille, avance Ian Gascon. Lui-même est loin d’être convaincu de la chose, voyant l’or comme un actif peu productif de rendement. D’autres vont apprécier ses qualités de « valeur refuge ». Ceux-ci verront probablement les RTB comme des outils précieux pour investir dans les métaux sans se retrouver avec des lingots d’or sur le dessus de la cheminée!

Les frais d’échange des reçus de la Monnaie contre de l’or physique : 5 % du prix de l’or pour les pièces, 15 $ US par once pour les lingots de 1 kg et 1 $ US par once pour les 10 000 premières onces et 0,25 $ US par once pour les suivantes dans le cas des lingots de bonne livraison.Source : www.reserve.monnaie.ca 

À lire : À chaque métal son destin

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