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Épargne

Régimes de capitalisation : comprendre pour mieux gérer le risque

26 juillet 2010 | Tony Ioanna et Ivor Krol | Commenter

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argent_canada_426Partie III de III

Dans les deux premiers articles de cette série de trois, nous avons présenté quelques notions théoriques concernant les RC et les régimes de retraite en général. Comme il s’agit de principes fondamentaux se rapportant à la nature même de l’épargne-retraite, il est important de se les rappeler :

  • Le remplacement du revenu, et non les rendements des placements, est l’objectif premier de tout régime de retraite ou programme d’épargne-retraite collectif.
  • La planification de la retraite et les décisions prises par les participants, notamment le montant des cotisations, le choix des placements, la date de retraite prévue, doivent concorder avec cet objectif fondamental.
  • Les participants doivent pouvoir mesurer leur revenu potentiel à la retraite à tout moment et comprendre l’incidence que peuvent avoir différentes décisions sur ce revenu. C’est la seule façon pour eux de prendre des décisions judicieuses concernant la planification de leur retraite.
  • Le niveau de financement du revenu potentiel à la retraite doit être évalué périodiquement et des mesures correctrices doivent être prises s’il y a lieu. À cet égard, les participants doivent se considérer comme le comité de retraite de leur propre régime de retraite et veiller à s’informer et à agir quand il le faut.

Ayant établi l’importance des éléments ci-dessus dans le cadre de la planification de la retraite, nous devons maintenant les transposer en un plan d’action viable pour les participants des RC qui augmentera leur engagement et dont la mise en place permettra au promoteur de régime de mieux s’acquitter de ses responsabilités fiduciaires.

 

Élaboration d’un plan de retraite
En général, toute décision ou entreprise importante implique une certaine planification. Par exemple, quand on décide d’acheter une maison neuve, on consulte un architecte et on dresse un plan; quand on décide d’acheter des chaussures, on magasine avant de faire un choix; et quand on décide d’aller en voyage, on choisit une destination, on établit un itinéraire et on fait des réservations. Alors comment se fait-il qu’autant de gens ne soient prêts à consacrer que 10 minutes par année à la planification de leur retraite? Selon le sondage effectué par Avantages auprès des participants des RC en 2009, seulement 33 % des personnes interrogées ont affirmé avoir rédigé un vrai plan financier. Pour être certain d’arriver à la destination souhaitée, il faut d’abord savoir où l’on va! C’est pourquoi il est extrêmement important de formuler un plan de retraite.

L’élaboration d’un plan de retraite ne doit pas être une tâche fastidieuse; il serait inutile pour un simple participant d’un RC de rédiger un énoncé de 50 pages sur ses politiques et méthodes de placement. Tout participant à un RC devrait cependant se poser à tout le moins les quatre questions fondamentales suivantes au début de la période d’accumulation du capital et consigner ses réponses :

  1. Quand ai-je l’intention de prendre ma retraite?
  2. De quel revenu aurai-je besoin à la retraite pour mener le style de vie que je souhaite?
  3. Quel est le taux de cotisation (salariale et patronale) qui me permettra d’atteindre mon objectif en matière de revenu à la retraite?
  4. Comment vais-je placer mes cotisations pour optimiser mes chances d’atteindre cet objectif?

Pour prendre la bonne voie, il faut d’abord réfléchir à ces questions et consigner les réponses afin de pouvoir s’y référer plus tard. Chaque personne qui a la possibilité de participer à un régime d’épargne-retraite collectif offert par son employeur devrait effectuer cette démarche.

La «bonne voie»
Le principal obstacle que les participants des RC doivent surmonter à l’égard de la planification de la retraite est leur propre inaction et leur indifférence, qui s’expliquent généralement par leur incapacité de bien saisir les conséquences à long terme des décisions qu’ils prennent maintenant. Dans le dernier sondage effectué par Avantages auprès des participants des RC, 79 % des personnes interrogées ont dit qu’elles n’avaient pas assisté à des séances d’information en 2009 et 74 % ont dit qu’elles n’avaient pas utilisé les outils de planification de la retraite mis à leur disposition. Si l’on considère en outre que seulement 5 % des personnes interrogées ont demandé conseil à leur employeur quand les marchés financiers ont été fortement perturbés à l’automne 2008, il est clair que les participants des RC sont désabusés ou bien ignorent s’ils sont dans la «bonne voie» à cause de la surabondance de renseignements qu’ils reçoivent.

Pour aider les participants des RC à formuler et à gérer leur plan de retraite et, du même coup, pour obtenir leur engagement, les promoteurs de régimes doivent leur fournir un outil simple et pratique qui leur donnera des renseignements adéquats et pertinents de la manière la plus claire possible. Nous estimons que de fournir aux participants une évaluation périodique du financement de leur régime est une façon d’y arriver. En tenant compte de la situation particulière de chaque participant, soit la valeur totale de son compte, le montant de ses cotisations, la date prévue de sa retraite, la répartition de son portefeuille et le rendement de ses placements, il est possible d’estimer le revenu qu’il touchera à la retraite et de le comparer à ses objectifs. On peut ensuite présenter les résultats de manière à n’aborder que les questions pertinentes. Ainsi, le relevé de planification financière de la retraite devrait principalement indiquer l’objectif établi quant au revenu de retraite, le revenu prévu, le pire scénario possible (degré de risque) associé au résultat prévu et le montant des cotisations supplémentaires à verser en cas de déficit. Par contre, en cas d’excédent, le participant serait alors en mesure d’envisager une retraite anticipée. Le participant saurait ainsi où il se situe, vers quoi il se dirige et à quel risque, et dans quelle mesure il s’approche ou s’écarte de son objectif. Tout autre renseignement ne ferait que dérouter le participant. En réduisant la complexité du problème à une seule dimension, c’est-à-dire en indiquant si la personne est dans la bonne voie ou non, on augmente considérablement la capacité du participant de saisir des concepts normalement obscurs, on accroît sa confiance et on l’encourage à agir et à demander de l’aide s’il estime qu’il n’est pas dans la bonne voie pour atteindre ses objectifs.

Mentionnons qu’il existe sur le marché divers types de relevés destinés aux participants et qu’ils sont parfois offerts par l’intermédiaire du fournisseur. On doit toutefois examiner la qualité de l’information fournie, car il y a une grande disparité entre les fournisseurs. Il y a aussi une différence importante entre, d’une part, une formule de prévision déterministe du revenu fondée sur des rendements prévus des placements de 7 % pendant la période d’accumulation du capital et de 5 % pendant la retraite et, d’autre part, une analyse stochastique utilisant une méthode rigoureuse pour calculer les rendements prévus. De plus, la première méthode ne permet pas de quantifier le risque inhérent au modèle choisi, alors que cette information est essentielle pour que le participant puisse prendre une décision judicieuse. Comme de nombreux participants des RC ne comprennent pas très bien ces concepts, il est important que le promoteur du régime veille à ce que la formule de prévision du revenu soit convenable et que l’information soit transmise clairement.

Le temps est venu d’agir
Il n’y a jamais eu un aussi grand besoin d’évaluer le financement des RC et de répandre le concept de remplacement du revenu. Malgré une chute historique des marchés financiers qui aurait dû alerter tous les participants quant aux risques qui menacent leur revenu à la retraite, 69 % des participants des RC continuent de croire qu’ils sont dans la bonne voie d’après le sondage effectué par Avantages en 2009. Ces participants croient en outre qu’ils obtiendront un rendement annuel de 13,1 % sur leurs placements futurs (à partir de 2009) et qu’ils auront accumulé un capital de 1,3 million de dollars à la retraite.

Pour replacer ces données dans leur contexte, soulignons que ce taux de rendement espéré de 13,1 % est supérieur de près de 2 % au taux annuel composé sur 20 ans (1980-2000) de l’indice S&P/TSX (constitué à 100 % d’actions), période pendant laquelle les marchés financiers ont connu des hausses presque inégalées. Il n’y a aucune commune mesure entre les attentes des participants et la réalité et, surtout, ceux‑ci concentrent leur attention sur la mauvaise donnée, le rendement des placements. Le rendement qu’ils obtiennent sur leurs placements n’est qu’un moyen, et pas une fin en soi.

Si on demande dorénavant à tous les participants des régimes d’épargne-retraite collectifs et des RC de gérer les risques associés à leur régime de retraite, on doit leur fournir un moyen efficace de comprendre et d’évaluer les enjeux. Le promoteur de régime a la responsabilité fiduciaire de veiller à ce que les participants disposent des meilleurs outils possibles pour planifier leur retraite et les participants, quant à eux, ont la responsabilité de se servir de ces outils. L’introduction d’évaluations périodiques du revenu prévu à la retraite serait bénéfique pour tous, car un participant dans la «bonne voie» est un participant satisfait et un participant satisfait n’entame pas de poursuites contre son promoteur de régime!

Tony Ioanna est vice-président, Régimes à cotisations déterminées, Région Est et Ivor Krol est analyste, Conseils en risques financiers pour Aon Conseil.

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