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Réhabiliter l’image du financier

4 avril 2014 | Chantal Legault | Commenter

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« Lorsque, de nos jours, on vous demande votre métier, est-ce pire de répondre financier ou serial killer? » C’est la question que pose Omar Fassal, dans son livre Tout savoir sur la finance, paru aux Éditions Liber en 2013. L’auteur, diplômé de Sciences Po Toulouse en analyse du monde contemporain, et de l’école de management de Lyon en ingénierie financière, est gérant de fonds d’investissement en Bourse à Casablanca, au Maroc. Il nous rappelle, dans cet ouvrage brillamment vulgarisé, les bienfaits du système financier mondial qui est digne, selon lui, des plus grandes architectures humaines. Entrevue avec un passionné de la finance.

Selon vous, le système financier ne mérite pas les critiques dont il fait l’objet?

La crise de 2008 a été causée par un excès d’avidité de la part de certains banquiers américains. Lorsqu’ils savaient que les « subprimes » qu’ils émettaient allaient faire défaut et qu’ils ne prévenaient pas leurs clients, je pense qu’ils faisaient preuve de beaucoup d’avidité. Mais je crois aussi qu’il ne faut pas généraliser. Les critiques peuvent être portées contre certaines personnes mais pas contre tout le système financier.

Omar Fassal

Comment rétablir la confiance envers l’industrie financière?

Il faut faire connaître ses bienfaits. Aujourd’hui,  les marchés financiers sont indispensables à l’épanouissement de toute la société. Ils permettent la bancarisation pour mettre nos ressources à l’abri et les faire fructifier. C’est un premier bénéfice très important que tout le monde oublie parce qu’on n’y pense même plus. Ils permettent aussi la gestion des risques avec le système des assurances.

Une meilleure connaissance du milieu financier serait, selon vous, également souhaitable.

Plus les gens auront une culture financière, plus ils prendront conscience des bienfaits qu’apporte la finance et moins ils se feront arnaquer. Si on partage mieux ce savoir qui, aujourd’hui, n’est pas suffisamment partagé, nous aurons une société plus harmonieuse. Mais l’éducation, ce n’est pas tout. On a beau rendre la finance accessible,  je crois qu’il est nécessaire de protéger les épargnants par la régulation.

Pourquoi?

S’il y a une leçon à retenir de cette crise, c’est qu’il doit y avoir une constance dans la régulation. Il faut éviter de tout déréguler quand ça va bien. Il faut mettre en place des régulateurs mondiaux comme on a commencé à le faire avec le Conseil de stabilité financière créé à Londres, en 2009, et s’assurer que ces régulateurs demeurent vigilants.

Vous ajoutez qu’il faudrait aussi punir les fautifs.

En dehors du type de punition qui consiste à intenter un procès avec une amende à la clef, je crois qu’il faudrait, dans l’avenir, infliger une punition systématique chaque fois que survient le sauvetage d’une entreprise « too big to fail », lorsque celle-ci n’a pas assumé ses risques. Une fois redevenue bénéficiaire, l’entreprise sauvée pourrait se voir appliquer, pendant une durée déterminée, un taux d’imposition plus élevé. Ce qui permettrait à l’État de récupérer une partie des bénéfices et rendrait les actionnaires plus prudents.

Quoique souvent décriée, la spéculation, affirmez-vous, est bénéfique.

La spéculation a toujours survécu depuis les Grecs et, si elle a survécu, ce n’est pas parce qu’on n’a pas eu d’hommes politiques suffisamment courageux pour y mettre fin, mais parce qu’en fin de compte, même si ça peut paraître choquant, elle a des bienfaits. Elle permet d’améliorer la vitesse de propagation des informations dans le système et procure de la liquidité qui profite non seulement aux épargnants mais également aux entrepreneurs qui vont se financer sur ce marché. De plus, le marché des produits dérivés, dont la taille a considérablement augmenté au cours des dernières années, ne pourrait pas fonctionner sans la spéculation. Si vous voulez vous couvrir à la hausse, ça prend quelqu’un qui spécule à la baisse.

Quels seront les prochains enjeux du système financier?

Il va passer par une mondialisation importante qui permettra une meilleure répartition des ressources et une meilleure gestion des risques, que ce soit par les produits dérivés ou l’émergence de nouveaux produits tels que l’assurance contre les risques de catastrophes naturelles. Je suis très confiant quant à l’évolution du système financier, à condition bien sûr que tout l’effort de régulation qui a été entrepris après la crise de 2008 persévère et aboutisse à des résultats très sérieux et qu’il y ait un meilleur partage des richesses en traitant notamment le problème des paradis fiscaux. C’est là tout l’enjeu des années qui viennent : que les gens prennent conscience de l’impact qu’ils ont sur les autres et sur leur environnement.

Tout savoir sur la finance. L’argent le pouvoir, la spéculation, le partage, Omar Fassal, Liber, 2013, 208 pages, 24,00$.

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