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Rémunération des dirigeants : les actionnaires haussent le ton

5 mai 2015 | La rédaction | Commenter

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Appelés à voter sur les politiques de rémunération de la Banque CIBC et de la société aurifère Barrick Gold, les actionnaires se sont opposés majoritairement aux montants qui devaient être versés à leurs hauts dirigeants, rapporte La Presse canadienne.

De tels faits, très rares il y a encore quelques années, constituent un signe encourageant aux yeux d’associations de défense des « petits » investisseurs, comme le Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires (Médac).

En avril, le fondateur du Médac, Yves Michaud, s’était d’ailleurs indigné contre les salaires « scandaleux et obscènes » octroyés dans le milieu financier.

Toutefois, les experts en gouvernance d’entreprise estiment qu’il est encore difficile de savoir si ces votes sur les rémunérations entraîneront des changements dans la façon dont les sociétés canadiennes récompensent leurs dirigeants.

Votes non contraignants

En effet, au Canada comme aux États-Unis, les votes sur les politiques de rémunération sont consultatifs et n’obligent donc pas une entreprise à modifier les montants octroyés à ses dirigeants. Selon Le Monde, Larry Ellison, le patron d’Oracle, a ainsi essuyé trois votes négatifs en assemblée générale. Trois années de suite, sans que cela ait eu la moindre conséquence sur ses revenus.

Au total, 147 sociétés au pays avaient adopté cette pratique à la fin octobre, selon un rapport de la firme d’avocats Osler, Hoskin & Harcourt.

L’idée derrière ces votes consultatifs veut que les actionnaires puissent communiquer avec les administrateurs. Mais les opposants à ce processus jugent que les décisions entourant la rémunération des dirigeants sont complexes et que les administrateurs sont plus à même de les prendre puisqu’ils comprennent mieux comment encourager les patrons à générer les meilleurs résultats.

Barrick Gold et la CIBC désavouées

Mardi dernier, 75 % des actionnaires de Barrick Gold s’étaient opposés à la rémunération des hauts dirigeants de la minière. Le principal point litigieux résidait dans la décision d’augmenter celle du président John Thornton à 12,9 millions de dollars pour l’an dernier, comparativement à 9,5 millions en 2013, alors même que la performance financière de la société s’est détériorée.

La semaine précédente, lors d’une assemblée à Calgary, quelque 57 % des actionnaires de la Banque CIBC avaient eux aussi récusé la politique de rémunération de l’institution financière, essentiellement en raison des importantes sommes versées à deux de ses anciens dirigeants.

La raison de leur colère? La CIBC avait versé un total de 25 millions à son ancien chef de la direction et à son ancien chef de l’exploitation, en plus de leurs pensions existantes, après qu’ils eurent déjà quitté l’établissement.

Changements cosmétiques ou substantiels?

« La question est : Est-ce que ces votes vont entraîner des changements cosmétiques ou des changements substantiels? Cela reste à voir », commente Michel Magnan, de la chaire sur la gouvernance d’entreprise à l’Université Concordia.

Selon le spécialiste, des données recueillies un peu partout dans le monde montrent que les actionnaires sont plus enclins à dire non lors d’un vote sur la politique de rémunération des dirigeants d’une société lorsque son action performe moins bien et que les gains de la direction leur semblent déconnectés de la réalité.

« On voit rarement un vote négatif lorsque les affaires vont bien, que les profits se succèdent et que l’action va bien, même si le chef de la direction fait beaucoup d’argent », souligne-t-il.

« Ces votes surviennent lors de périodes plus difficiles. Habituellement, c’est lorsqu’on observe une performance décevante et que les niveaux de rémunération dans l’entreprise ne se sont pas ajustés aux plus récents niveaux de mauvaise performance », précise Michel Magnan.

Aux États-Unis aussi

Ce débat est loin de concerner seulement le Canada. Ainsi, le Wall Street Journal rapporte qu’aux États-Unis, la Securities and Exchange Commission (SEC) souhaite instaurer de nouvelles règles sur la rémunération des dirigeants qui permettraient aux actionnaires de mieux comparer les gains de la haute direction avec les résultats financiers des sociétés cotées en Bourse.

Si les propositions du régulateur de la Bourse américain entrent en vigueur, elles obligeront notamment ces entreprises à fournir davantage de détails sur la rémunération de leurs dirigeants aux actionnaires et au grand public (salaire de base, prime annuelle, retraite chapeau, actions et stocks options sur les cinq derniers exercices fiscaux).

Chez nos voisins du Sud, le ratio du revenu moyen des PDG des sociétés cotées en Bourse rapporté au salaire ouvrier moyen est passé de 48 à 331 entre 1983 et 2013, selon le syndicat AFL-CIO.

Une menace contre les entreprises

La tendance à remettre en cause l’actuelle politique de rémunération des grandes compagnies se généralise chez les Anglo-Saxons, « jusque-là pourtant peu sensibles à la question des inégalités », rapporte par ailleurs Le Monde.

Dans une récente étude que cite le quotidien français, l’Institute of Directors, une organisation britannique d’aide et de conseils pour dirigeants, souligne par exemple que plus d’un de ses administrateurs sur deux estime que « les rémunérations des dirigeants constituent la menace la plus sérieuse contre la confiance de l’opinion et des responsables politiques dans les entreprises ».

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