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Ressources naturelles : potentiel et aléas

22 juillet 2013 | Ronald McKenzie

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Depuis deux ans, les épargnants qui ont investi dans le secteur des ressources naturelles ont mangé leur pain noir. Assistera-t-on à un rebond en 2013? L’optimisme est modéré.

Le 23 août 2012, Martin Ferguson, ministre australien des Ressources naturelles, lâchait une bombe dans les médias. « Vous devez comprendre que le boom des ressources naturelles est terminé. Nous en avons bien profité. Le monde nous envie, mais, depuis les six derniers mois, c’est beaucoup plus difficile », a-t-il déclaré lors d’une entrevue radiophonique.

M. Ferguson venait de dire tout haut ce que plusieurs financiers craignaient depuis quelque temps. Leur inquiétude avait monté d’un cran quelques jours avant la sortie du ministre : BHP Billiton, le numéro un des mines sur la planète, avait annoncé la mise au rancart de projets de 68 milliards de dollars après avoir vu sa rentabilité fortement baisser à son premier trimestre.

Il faut dire que, en un an, le prix de l’aluminium avait fléchi de 13 %. Celui du cuivre, de 6 %. Le nickel a souffert davantage, cédant 20 %. L’or s’échangeait autour de 1 660 $ US l’once, 12 % derrière son sommet de 1 900 $ US.

Optimisme modéré
Les investisseurs aussi ont écopé du recul des ressources naturelles. La médiane du rendement composé des fonds de ce secteur est de -10,6 % sur un an, de -1,6 % sur trois ans et de -3,8 % sur cinq ans, indique la base de données Globefund.com. Or, bien souvent, les fonds qui connaissent des moments difficiles ont tendance à rebondir. Cela se produira-t-il avec les ressources naturelles en 2013?

Éric Lemieux se dit modérément optimiste. « Même en périodes de difficultés économiques, nous continuons de consommer des métaux de base. Le contexte macro-économique actuel me porte à croire que les entreprises minières ont raison de poursuivre l’exploration, le développement et la production », explique l’analyste du secteur minier à Valeurs mobilières Banque Laurentienne. Aux États-Unis, une reprise solide de l’économie aidera à stimuler ce secteur. Un créneau particulier, celui de l’exploration diamantaire au Québec, pourrait se distinguer. « Avec la relance, les Américains disposeront de revenus discrétionnaires accrus dont une partie sera dirigée vers l’achat de produits de luxe », croit M. Lemieux.

« Ma perspective générale est de neutre à positive », dit Frank Zwarts, gestionnaire du fonds Altamira Ressources. Le ralentissement économique en Chine, grande consommatrice de métaux de base, ne l’inquiète pas beaucoup. « Les grands projets d’infrastructures financés par l’État vont se poursuivre. La production manufacturière va diminuer, certes, mais elle ne s’arrêtera pas. »

Du côté des États-Unis, l’économie prend du mieux, une bonne nouvelle pour le secteur canadien des métaux. L’ennui, dit-il, c’est qu’on redoute une détérioration de la situation en Europe. « Cela entraîne le gel de nombreux projets miniers un peu partout dans le monde », déplore M. Zwarts.

À lire : Prudence avec les placements dans les « énergies vertes »

Pétrole : plus d’offre que de demande
Qui dit ressources naturelles dit pétrole et gaz naturel. Ici aussi, l’enthousiasme est teinté de nuances. « Il devrait se former un plancher autour de 80 $ US le baril [de pétrole]. Cependant, nous ne pensons pas que des catalyseurs aient la capacité de faire monter le prix du baril au-dessus de 100 $ US et de l’y maintenir durablement sur la base des seules données fondamentales », écrivent les stratèges du courtier Richardson GMP dans leurs perspectives 2013.

Hugo Lavallée, lui, n’hésite pas à sous-pondérer le pétrole dans son fonds Fidelity Potentiel Canada. Il ne détient que 13 % de titres liés à l’énergie, alors que ce secteur représente 25 % de l’indice canadien S&P/TSX.

En Amérique du Nord, dit le gestionnaire, on assiste à une baisse de la demande en pétrole et à une augmentation de l’offre. Il y a cinq ans, par exemple, le Dakota du Nord ne produisait pas d’or noir. Maintenant oui. « Les industries se convertissent au gaz naturel, beaucoup moins cher, tandis que les gens modifient leurs habitudes de consommation. Tenez, j’ai un collègue qui vient d’acheter une voiture électrique. Les changements de fond commencent comme ça », explique-t-il.

Hugo Lavallée préfère axer la moitié de son portefeuille vers deux secteurs, la consommation de base et les technologies, qui lui permettent de faire des profits « sans trop [se] soucier de l’économie en Chine et au Canada ».

Des titres peu onéreux
Hormis Eric Sprott, qui mise résolument sur l’or (voir l’encadré Or : cinq questions à Eric Sprott), nos intervenants ne débordent pas de joie pour les ressources naturelles. Les si (la Chine), les mais (l’Europe) et les peut-être (les États-Unis) ont marqué toutes nos conversations. De son côté, M. Zwarts estime que le temps est propice pour investir. Pas parce que les perspectives sont éclatantes, mais parce que les valeurs boursières ont décliné.

« La plupart des titres des marchandises ne sont pas chers, dit-il. Les aurifères se négocient à des niveaux beaucoup plus raisonnables qu’il y a deux ou trois ans. Les multiples sont plus intéressants. »

Les ressources naturelles par défaut
Évidemment, les épargnants qui achètent le fonds de M. Zwarts savent à quoi s’attendre : c’est un fonds de ressources naturelles. Les personnes qui désirent être moins exposées à ce secteur cyclique pourraient se tourner vers de grands fonds d’actions pour obtenir plus de diversification. Mais dans quelle mesure y parviennent-ils ?

On l’a vu, le pétrole compte pour le quart de la pondération de l’indice S&P/TSX. Les [matériaux], eux, y sont présents à hauteur de 18 %. Cela signifie que 43 % de la capitalisation boursière de la Bourse de Toronto repose sur les épaules de ces seuls deux éléments.

Ceux qui investissent dans le populaire iShares S&P/TSX 60 Index, plus gros fonds négocié en Bourse d’actions canadiennes, se retrouvent donc avec un portefeuille concentré. Le savent-ils? Cela leur convient-il? Une analyse serrée de leurs objectifs de placement et de leur tolérance au risque doit figurer à l’ordre du jour de leurs conseillers.

Et puis, même les produits traditionnels populaires peuvent réserver des surprises. Les fonds milliardaires RBC Actions canadiennes (A), London Life Actions canadiennes et McLean Budden Actions canadiennes de croissance, par exemple, contiennent davantage de titres de l’énergie et des [matériaux] que le S&P/TSX. Souhaitons que les clients soient informés de cette particularité.

Pétrole : trois questions à Normand Mousseau

Normand Mousseau

Professeur de physique à l’Université de Montréal, chercheur de renommée internationale, Normand Mousseau se passionne entre autres pour l’or noir. En 2008, il a écrit Au bout du pétrole, ouvrage dans lequel il démontre que la crise énergétique est à nos portes. Quel est l’avenir du pétrole?

Journal du conseiller : Des gestionnaires disent que le prix du pétrole est bas parce l’offre est élevée et la demande en baisse. Qu’en pensez-vous?

Normand Mousseau : À court terme, ce phénomène est possible. Mais c’est temporaire. L’Agence internationale de l’énergie prévoit que la demande mondiale en énergie bondira de 50 % d’ici 2035. Or, au cours de cette période, la production de pétrole n’augmentera pas de plus de 10 %, car les grands gisements s’épuisent.

JC: Mais le pétrole non conventionnel, comme celui des sables bitumineux, comblera cette différence, non?

NM: J’en doute. Le pétrole des sables bitumineux de l’Alberta ne représente que 2 % environ de la production mondiale. C’est marginal. En outre, l’extraire, le transformer et le livrer demeurent des opérations très coûteuses.

JC : Par conséquent, le cours du pétrole ne peut que grimper…

NM: À long terme, la tendance à la hausse est irréversible. On le voit déjà. Sur de courtes périodes, ça peut varier, car les fluctuations du prix de l’énergie sont importantes. Comme je ne suis pas un financier, il m’est difficile de faire des prévisions de prix.

JC : Investiriez-vous dans le pétrole?

NM : Je suis prof de physique, pas expert en investissement. Mais je crois qu’il y a de l’avenir dans le pétrole.

 

Or : cinq questions à Eric Sprott

Eric Sprott

Eric Sprott

Le légendaire investisseur canadien Eric Sprott a visé dans le mille en misant, au début de la décennie, sur l’or et les métaux précieux. Le métal jaune s’échangeait alors autour de 300 $ US l’once. Aujourd’hui, il se négocie à plus de 1 600 $ US, après avoir culminé à 1 900 $ US. Cette formidable croissance risque-t-elle de s’éteindre ? « Pas du tout », lance Eric Sprott. Il explique pourquoi en cinq questions-réponses.

Journal du conseiller : Aux États-Unis, la politique d’assouplissement quantitatif a pour effet de dévaluer le dollar américain. Normalement, cela devrait propulser le prix de l’or. Mais ce n’est pas ce qui s’est produit. Pourquoi?

Eric Sprott : En même temps que le gouvernement américain injecte de l’argent dans le système pour essayer de relancer l’économie, il vend de grandes quantités d’or afin de maintenir les cours à un bas niveau. Plusieurs autres États occidentaux en difficulté agissent de même. Ils font ça pour soutenir les marchés financiers et laisser croire qu’ils contrôlent la situation.

JC : Mais les marchés financiers se portent bien parce qu’il y a une reprise de l’économie, non?

ES : Non, justement. Aux États-Unis, les récentes données sur la confiance des consommateurs sont très négatives. La supposée solution au « précipice fiscal » ne s’est peut-être pas soldée par une hausse des impôts des particuliers, mais par une augmentation de leurs contributions aux programmes de la sécurité sociale. Si les marchés financiers sont robustes, c’est parce que les gouvernements impriment de l’argent.

JC : Dans ce cas, pourquoi n’assiste-t-on pas à une poussée de l’inflation?

ES : L’or et l’argent seraient les premiers actifs à s’apprécier s’il y avait une progression de l’inflation. Ce serait alors un puissant signal que les politiques monétaires actuelles ne fonctionnent pas. Les marchés deviendraient très nerveux. Sachant cela, les banquiers centraux vendent en catimini de fortes quantités d’or et d’argent pour faire pression sur les cours de l’or et de l’argent. Ils créent ainsi l’illusion qu’il n’y a pas d’inflation.

JC : Le prix de l’or ne parvient pas à briser une importante résistance à 1 800 $ US l’once. Que faudra-t-il pour franchir ce seuil?

ES : La demande en or se situe à environ 6 500 tonnes par année, alors que l’offre n’est que de 4 000 tonnes. La différence est comblée par les banques centrales. Un jour ou l’autre, elles n’auront plus de lingots. Attendez-vous alors à une explosion des cours qui pourraient atteindre – qui sait? – 5 000 $ US, même 10 000 $ US l’once.

JC : Combien d’or les investisseurs individuels devraient-ils détenir dans leurs portefeuilles?

ES : Je ne sais pas exactement, mais beaucoup, en tout cas. Les fonds que je gère en détiennent 80 %. Personnellement, c’est ce que je possède aussi.

À lire : « Le début de la fin des fonds Sprott? »

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