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Revenu disponible : le Québec n’est pas le cancre que l’on croit

31 mars 2016 | La rédaction | Commenter

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salaire_revenu_conseiller« Cessons de déprimer quant à notre revenu disponible », martèle l’économiste Pierre Fortin dans un récent article de Lactualité. Chiffres à l’appui, il démontre que le Québec a aujourd’hui rejoint la moyenne des six autres provinces canadiennes non pétrolières.

Si on analyse le revenu disponible en fonction du pouvoir d’achat, le Québec se pointe au neuvième rang des dix provinces canadiennes avec 26 046 $ par ménage. Pas une performance très reluisante.

Mais dans les faits, l’écart avec le Nouveau-Brunswick (6e rang) n’est que de 582 $, soit 2,2 %. C’est en se comparant avec les provinces riches en pétrole et en gaz que l’écart se creuse. L’Alberta trône en tête avec un revenu disponible de 38 066 $, suivi de Terre-Neuve (30 928 $) et de la Saskatchewan (30 314 $).

Et encore. Les provinces maritimes, plus pauvres que le Québec à l’exception de Terre-Neuve, ne soutiennent la comparaison qu’en raison d’une charge fiscale plus légère. L’État y a prélevé au net seulement 5 % du revenu disponible, contre 13 % en Ontario et 11 % au Québec. Or, l’argent des taxes et des impôts ne disparaît pas dans un trou noir, mais sert à financer les services publics et les infrastructures, ainsi qu’à investir dans certaines entreprises privées, rappelle Pierre Fortin.

DES POMMES ET DES ORANGES

Pour l’économiste, le problème de tels classements est qu’ils comparent des pommes et des oranges. Comment mettre sur un pied d’égalité l’Ontario, une province de 13,7 millions d’habitants, et l’Île-du-Prince-Édouard, qui en compte 146 000? Comment confronter des provinces où le pétrole et le gaz abondent à d’autres où ils se font rares? Il faut comparer les provinces qui se ressemblent, juge-t-il.

Pierre Fortin invite aussi à jeter un regard historique sur ces données. Il y a 30 ans, le revenu disponible des ménages québécois équivalait à 90 % de celui des six autres provinces non pétrolières. Entre 1985 et 2004, il a augmenté plus rapidement que le leur. En 2004, le retard n’était plus que de 2 %. En 2014, il était de 3 %.

TRAVAILLER PLUS ET MIEUX

Comment relancer la croissance du revenu des Québécois? Pour Pierre Fortin, il faut surtout miser sur l’augmentation de la productivité, un problème pancanadien. De 2000 à 2014, la productivité a augmenté de 22 % aux États-Unis, comparativement à 14 % au Québec et 12 % en Ontario.

Il avance quelques pistes de solutions pour la stimuler :

  • développer le talent entrepreneurial et managérial;
  • combattre les monopoles;
  • protéger les accords de libre-échange existants et en susciter de nouveaux;
  • encourager l’expansion de multinationales québécoises;
  • réviser l’efficacité et l’équité des crédits d’impôt pour la recherche et le développement;
  • revoir les façons de faire en santé et en services sociaux;
  • réparer et développer les infrastructures;
  • remplacer les crédits d’impôt de complaisance par des règles fiscales générales;
  • remplacer une partie de l’impôt sur le revenu par des taxes à la consommation.

L’économiste souligne aussi qu’en 2014, les Québécois ont travaillé en moyenne 4 % moins d’heures que les travailleurs des six autres provinces non pétrolières.

« Ils ont choisi librement de renoncer à plus de revenus afin de pouvoir disposer de plus de temps libre pour vaquer à d’autres sortes d’occupations que le travail. Le revenu auquel ils ont ainsi renoncé est, pour ainsi dire, le prix qu’ils ont payé pour « acheter » plus de temps libre », écrit-il.

Les Québécois auraient-ils un petit côté cigale? Les ménages doivent être libres de choisir le nombre d’heures qu’ils veulent travailler, juge Pierre Fortin. Mais la valeur produite pendant ces heures (la productivité) peut être améliorée.

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