A A A
Économie

Sale temps (mais bon moment?) pour investir dans les mines

6 août 2013 | La rédaction | Commenter

  • commenter
  • envoyer
  • imprimer


Les investisseurs audacieux à la recherche d’aubaines sur le marché canadien pourraient lorgner le secteur minier, mais cela n’ira pas sans risque.

Comme le souligne John Shmuel, journaliste au quotidien The Financial Post, l’indice des mines du S&P/TSX a perdu plus de 30 % depuis le début de l’année. Les titres aurifères, en particulier, ont fondu de 38 %. Le recul du prix de l’or pèse lourd sur le bilan des grands producteurs. Ainsi, Barrick Gold, le géant canadien du métal jaune, a affiché au début du mois une perte colossale de plus de 8,5 milliards de dollars américains, qui s’est traduite par une révision à la baisse de son dividende.

Quant à la potasse, bastion censé représenter la sécurité dans ce domaine, elle s’est écroulée la semaine dernière lorsque le cartel russe qui contrôlait le commerce de cet engrais a annoncé sa dislocation. Les actionnaires de Potash Corp et d’Agrium en subissent actuellement les conséquences néfastes.

Si cette tendance négative se maintient, le secteur minier canadien enregistrera un recul pour une troisième année d’affilée. Comme les nuages restent noirs à l’horizon, plusieurs gestionnaires de fonds préfèrent éviter les titres miniers.

« Nous nous sommes brûlé les doigts une fois de trop. Nous avons cru que la croissance économique mondiale, avec la Chine en tête, stimulerait l’appréciation des actions des sociétés minières. Mais ce n’est pas le cas », déplore Barry Schwartz, gestionnaire au cabinet Baskin Financial Services, en entrevue au Financial Post.

Outre le contexte économique, les minières doivent composer avec des coûts à la hausse. C’est que les nouveaux gisements se situent dans des régions de plus en plus reculées, ce qui augmente considérablement les frais d’exploitation et, par ricochet, nuit à leur rentabilité.

Mais le plus gros écueil est de nature sociale et politique. En effet, depuis quelques années, les gouvernements des pays habituellement accommodants à l’endroit des minières commencent à poser des questions. Genre : « Si c’est si payant pour les étrangers de venir extraire notre or, pourquoi n’en profiterions-nous pas davantage? » Et voilà les minières contraintes de bonifier leurs redevances, autre accroc à leur rentabilité. Les entreprises qui font montre de délinquance flagrante, notamment en ce qui a trait au travail forcé des enfants, pourraient voir leurs actifs être nationalisés.

En avril dernier, lors de l’assemblée annuelle des actionnaires, le grand patron de Barrick Gold a consacré une grande partie de son allocution à décrire les défis que son entreprise doit maintenant surmonter. « Il y a une dizaine d’années, les gouvernements de ces pays nous suppliaient d’investir chez eux, de creuser des mines et de créer des emplois. Aujourd’hui, ce n’est vraiment plus la même affaire », déclarait alors Peter Munk, pdg de Barrick.

Malgré ces difficultés, on trouve encore des gestionnaires qui gardent la foi dans l’investissement minier. « L’écroulement du prix de la potasse est peut-être le signal que le secteur a atteint son creux », confie Gregory Taylor au Financial Post.

Ce gestionnaire de portefeuille chez Aurion Capital Management indique que des firmes privées d’investissement commenceraient à mesurer le potentiel à long terme du secteur. Sauf que ces grands investisseurs ont l’intention – et les moyens – d’être patients. « Si votre horizon de placement est de cinq ans, le moment est peut-être propice d’acheter les actions des sociétés bien capitalisées et dont le bilan est sain », dit-il.

Évidemment, ceux qui feront le pari des minières devront avoir la couenne dure. Ainsi, rien ne garantit que les risques politiques s’adouciront au cours des prochaines années et que la croissance dans les pays émergents reprendra du tonus. Voilà de quoi alimenter la volatilité des cours. Mais si les bonnes étoiles finissent par s’aligner, la mise de fonds pourrait s’apprécier substantiellement.

Pour sa part, Barry Schwartz n’ose pas tenter ce pari. « Ce sont des actions cycliques, et nul ne sait quand le creux est atteint. Il pourrait être encore plus bas », prévient le gestionnaire.

À lire :

Ressources naturelles : potentiel et aléas

Matières premières : les investissement les plus sûrs

Chargement des commentaires en cours, veuillez patienter.
Médias Transcontinental S.E.N.C. Un site de TC Media,
Solutions Affaires
Médias Transcontinental S.E.N.C.
1100 boul. René-Lévesque O.
Montréal, QC H3B 4X9
(514) 392-9000