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« Saute, tu as un parachute sur le dos! » – Isabelle Hudon

18 novembre 2014 | Bruno Geoffroy | Commenter

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Dans les airs, sa gestuelle élégante. Dans les mots, une chaleur et une passion non feintes. Isabelle Hudon impressionne. Son parcours aussi. L’occasion pour Conseiller de revenir sur la place des femmes dans l’industrie avec la nouvelle chef de la direction de la Financière Sun Life Québec et vice-présidente principale, solutions clients de la Financière Sun Life Canada, promue le 27 octobre dernier.

Conseiller : Le 5 novembre, le Réseau des Femmes d’affaires du Québec vous a décerné le prestigieux prix Réalisations 2014 qui rend hommage à « une Québécoise reconnue pour son influence, sa carrière exceptionnelle, ses réalisations remarquables et son engagement sociocommunautaire ». Que vous inspire ce prix?

Isabelle Hudon : Il arrive à un bon moment pour saluer le parcours de la Sun Life au Québec et pour souligner l’excellent travail de toute mon équipe. C’est mérité. Je l’ai donc reçu avec fierté, mais un tel prix pousse à la réflexion. Lors de mon discours, j’ai évoqué deux piliers importants à ma réussite : la confiance et la reconnaissance. Je suis privilégiée d’avoir la confiance de mes proches, de mon équipe, mais aussi du président de la Sun Life, Kevin Dougherty. Il fallait être audacieux pour m’offrir un tel poste, moi qui venais d’un univers bien différent [NDLR : Isabelle Hudon a été présidente et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain avant de présider l’agence de publicité Marketel]. Il fallait aussi une grande dose d’audace pour l’accepter! (rires)

C. : C’est connu, vous militez pour accroître la place des femmes dans les postes de direction et d’administration. Les femmes ont ainsi été au cœur de la stratégie de Sun Life au Québec. Le nombre de conseillers a augmenté de 15 % et, de ce chiffre, 40 % sont des femmes. Selon vous, les entreprises ont-elles le devoir de se demander pourquoi il n’y a pas plus de femmes à tous les niveaux de leur organisation?

I. H. : C’est évident. Et si nous avons connu du succès dans nos démarches à Sun Life Québec, ce n’est pas par hasard. Pour que les choses arrivent, il faut que le leadership soit assumé dès le départ par l’entreprise et décliné à tous les niveaux! Ici, 40 % sont des femmes dans nos réseaux de carrière et on compte environ 50 % de femmes dans l’équipe de direction.

De mon côté, j’ai clairement dit à mes équipes qu’il n’y avait aucune raison que certains secteurs soient exempts de femmes. Il faut faire comprendre la valeur des femmes à nos équipes, mais aussi convaincre les femmes d’embarquer dans une carrière.

C. : Selon vous, est-ce toujours plus exigeant pour une femme d’accéder à des hauts postes de gestion?

I. H. : Effectivement, cela reste plus exigeant pour les femmes. On veut tout faire et plaire à tout le monde. Il faut choisir ses batailles et accepter de gérer le déséquilibre vie professionnelle-vie de famille. Comment? En évacuant, par exemple, ce sentiment de culpabilité de ne pas toujours être là où il faut, de ne pas être près de sa famille quand on est en déplacement par exemple. Une fois ce point réglé, les femmes doivent progresser en matière de réseautage, un de leurs maillons faibles avec le manque d’assurance et de confiance en soi. Je crois qu’il faut que nous, les femmes, n’ayons pas peur d’afficher clairement nos ambitions.

C. : Est-ce que les femmes n’ont pas aussi la responsabilité de dire oui à un poste à hautes responsabilités sans trop tergiverser?

I. H. : Tout à fait. À la différence des hommes qui disent oui tout de suite, les femmes hésitent trop. Gardez en tête que si on vous appelle pour un poste, c’est que vous avez les compétences pour! La vraie question à se poser : est-ce que cela me tente? L’instinct doit vous guider. Je dis souvent « Saute, tu as un parachute sur le dos! »

C. : Vous n’êtes pas pour des mesures coercitives ni même des quotas pour imposer la présence des femmes sur les conseils d’administration. Selon vous, la révolution doit-elle venir de l’intérieur? L’impulsion doit-elle être donnée par des femmes déjà en poste?

Avant, je ne le pensais pas. Je l’ai compris quand je suis devenue présidente de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain en 2005. J’avais 34 ans et j’étais la première femme à occuper ce poste. Longtemps, on m’a dit « wow! » J’ai alors réalisé qu’il était important de faire briller et rayonner des modèles de tous horizons professionnels, tout en expliquant aux femmes que ces postes exigent des efforts et une certaine confiance vis-à-vis la prise de risque. Cela permet de briser des mythes. Tout n’arrive pas par hasard. Même si je crois être née sous une bonne étoile, il y a une forte contribution de ma part à ma réussite. J’ai posé les gestes pour.

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