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Se mêler de la vie amoureuse des clients?

14 février 2017 | Pierre-Luc Trudel | Commenter

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Quirky Stylish Couple KissingOn dit souvent que l’amour n’a pas de prix, mais rien n’est moins sûr lorsque les couples sont incapables de gérer leurs finances, ou même de parler d’argent. Vous pouvez les aider à aborder ces questions délicates. Mais pour cela, il faut saisir à quoi vous vous attaquez.

Dans l’ouvrage L’amour et l’argent : Guide de survie en 60 questions, qui sort en librairie le 14 février, Hélène Belleau, sociologue et chercheuse à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), brosse un portrait de la dynamique financière et amoureuse des Québécois. Réalisée dans la province entre 2005 et 2015, l’enquête s’appuie sur des questionnaires remplis par 3 250 personnes vivant en couple. Conseiller a rencontré l’auteure.

Conseiller : Pourquoi l’argent est-il un sujet si tabou dans les couples?

Hélène Belleau : La logique amoureuse est très différente de la logique financière. En général, les gens considèrent que le couple doit passer avant les intérêts personnels. Dans une relation marchande, on négocie pour recevoir autant que l’on donne. Dans une relation de couple, on parle davantage de solidarité différée, c’est-à-dire que l’un des conjoints peut donner plus que ce qu’il reçoit en se disant que les choses s’équilibreront à plus long terme. Bref, les gens balaient certains enjeux sous le tapis pour préserver l’harmonie du couple.

C : Selon vous, l’argent est-il réellement une source majeure de conflit dans les couples?

HB : Ce qui est étonnant, ce que les gens ne se disputent pas tant que ça à propos de l’argent pendant la relation. Ils préfèrent éviter le sujet. C’est au moment de la séparation ou du divorce que les problèmes surgissent. Les conjoints se mettent alors à parler d’argent très facilement et à tout compter. La frustration de la séparation est très souvent canalisée sur l’argent. C’est une façon de matérialiser les mots et les émotions.

Hélène Belleau, sociologue.

Hélène Belleau, sociologue.

C : Quelles méthodes utilisent les couples québécois pour gérer leur argent?

HB : Selon notre étude, la majorité des couples, soit 54 %, mettent leurs revenus en commun. Environ 21 % gèrent leur argent au prorata des revenus, alors que 16 % séparent l’ensemble de leurs dépenses moitié-moitié. Finalement, 9 % utilisent un système d’allocations : puisque l’un des conjoints n’a aucun revenu, l’autre lui verse certaines sommes pour gérer la maison.

C : Quelle est la façon optimale de procéder?

HB : Il n’y a pas de recette miracle. Si les conjoints s’entendent sur les priorités financières, mettre les revenus en commun est probablement la solution la plus simple et efficace. Mais lorsque les priorités divergent ou que l’un des conjoints est beaucoup plus dépensier que l’autre, séparer les dépenses au prorata du revenu est probablement préférable.

La méthode du prorata pose cependant des problèmes lorsque l’écart des revenus est très grand. Comme le niveau de vie d’un couple dépend généralement du revenu le plus élevé, le conjoint qui gagne le moins s’appauvrit clairement à long terme. Pour suivre ce train de vie, il va devoir gruger dans ses placements et n’aura pas de marge de manœuvre pour épargner.

Dans notre livre, nous proposons une formule améliorée. Disons que des conjoints ont un revenu annuel respectif de 20 000 $ et 100 000 $. Ils pourraient décider d’exclure les 15 000 premiers dollars de revenu de chaque conjoint du calcul du prorata. Il resterait donc plus d’argent au conjoint qui gagne moins pour épargner.

amour_argent_livre_couvertureC : Vous vous inquiétez du fait qu’un très grand nombre de couples en union libre gèrent leur argent comme s’ils étaient mariés. Pourquoi?

HB : Le mythe du mariage automatique a la vie dure au Québec. Le problème selon moi, c’est que 44 % des gens en union libre gèrent leur argent en mettant tout en commun. Pourtant, être marié ou être en union libre, c’est le jour et la nuit. Il n’y a pas de patrimoine familial en union libre : lors d’une séparation, chacun part avec ce qu’il a payé. Et ça, 50 % des couples non mariés ne le savent pas.

C : Et selon vos recherches, ce sont généralement les femmes qui en paient le prix…

HB : Ce que l’on remarque, c’est que les hommes investissent davantage pour le long terme. Ils ont un meilleur accès au crédit puisqu’ils ont souvent un revenu plus élevé. En contrepartie, les femmes s’occupent plus du quotidien en payant les biens périssables, l’épicerie par exemple.

Au moment d’une rupture, lorsque le couple n’est pas marié, les femmes partent donc avec leurs sacs d’épicerie vides et les hommes, avec les biens et l’épargne, même si les deux ont des revenus équivalents. Heureusement, les couples ont pris l’habitude d’acheter leur maison ensemble et de séparer les coûts moitié-moitié. Mais là où le bât blesse, c’est dans les placements.

Par exemple, si l’un des conjoints gagne beaucoup plus que l’autre, c’est fort probablement lui qui va mettre de l’argent de côté en prévision des revenus de retraite du couple. Mais comme ces placements sont à son nom, l’autre n’aura rien lors d’une séparation. Les gens ne pensent pas à ces éventualités.

Hélène Belleau et Delphine Lobet, L’amour et l’argent : Guide de survie en 60 questions, Éditions du Remue-ménage, 2017.

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