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Assurance

Soins de longue durée : trop de Québécois comptent sur l’État

25 avril 2013 | Ronald McKenzie

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En matière de financement des soins de longue durée, la moitié des aînés québécois souhaitent que l’État prenne l’initiative et qu’il élargisse les régimes publics, révèle un sondage de l’Association canadienne des compagnies d’assurances de personnes (ACCAP).

Et ce, même si cela signifie une augmentation des impôts.

L’autre moitié des personnes interrogées affirment qu’elles mettraient de l’argent de côté pour les soins de longue durée, mais seulement si le gouvernement égalait une partie des sommes économisées, comme dans le cadre des régimes enregistrés d’épargne-études.

« La majorité des Québécois âgés ne sont pas conscients des coûts associés aux soins de longue durée. Peu d’entre eux sont financièrement préparés pour couvrir les frais en cause », commente Yves Millette, vice-président principal, Affaires québécoises à l’ACCAP.

En entrevue à Conseiller.ca, M. Millette  reconnaît qu’il n’est pas surpris des résultats de ce sondage mené à la fin de mars. « Il n’est pas réaliste de croire que les gens vont acheter une assurance de soins de longue durée s’il n’y a pas un incitatif fiscal », admet-il.

Élastique étiré

Pourtant, le gouvernement n’a pas les moyens de distribuer des stimuli fiscaux. Quant à l’élastique de la taxation, il semble étiré au maximum. Déjà, le rapport D’Amours sur l’avenir des régimes de retraite prône la mise en place d’une rente publique de longévité payée par les contribuables.

Mardi, le ministre québécois de la Santé parlait d’instaurer un régime d’« assurance autonomie » qui est censé être à coût nul, puisqu’il sera financé par les budgets alloués aux soins de longue durée. Mais, en dernier ressort, ce sont les contribuables qui épongeront les éventuels déficits.

Les coûts des soins de longue durée donnent le tournis. « Nous calculons qu’au Canada la génération du baby-boom nécessitera 1 200 milliards de dollars pour répondre à ces besoins spécifiques. Au Québec, ces coûts sont de 8 milliards de dollars par année, dont la moitié seulement est prévue dans les crédits gouvernementaux. L’autre tranche de 4 milliards, on doit trouver une façon de la financer », dit le porte-parole de l’ACCAP.

Pour bien des gens, cette valse des milliards demeure abstraite. Plus concrètement, une personne en perte d’autonomie incapable d’accomplir une ou plusieurs tâches de la vie quotidienne (comme se nourrir et se laver) pourrait devoir payer jusqu’à 5100 $ par mois pour obtenir de l’aide spécialisée. C’est 60 000 $ par année!

À ce rythme, un fort pourcentage de la population épuisera son épargne-retraite en deux ans, estime l’ACCAP.

Convaincre les jeunes

Que peuvent faire les Québécois pour éviter le krach de leur budget familial? Eh bien, ils peuvent souscrire une assurance de soins de longue durée. L’ennui, c’est que c’est plus facile à dire qu’à faire. En effet, les personnes de 60 ans doivent s’attendre à payer des primes élevées, vu qu’elles s’y prennent tard.

Les conseillers doivent donc convaincre les plus jeunes de souscrire ce type de protection. Comment faire? « Il faut dire aux gens que les régimes publics ne sont pas conçus pour leur prodiguer des soins de longue durée », recommande Yves Millette. Et puis, même quand des programmes publics existent, les bénéficiaires doivent passer à la caisse. C’est le cas des CHSLD, où les patients hébergés sont tenus de verser une contribution modulée en fonction de leurs actifs.

Pour les conseillers, ce défi est grand, car les jeunes ont souvent d’autres priorités que la planification financière de leurs vieux jours. Cependant, il faut les éduquer à cette réalité, les encourager à mettre de côté dès aujourd’hui ne serait-ce que quelques dollars par mois.

« Nous sommes confrontés à une crise imminente. Nombre d’aînés québécois et canadiens auront bientôt une très mauvaise surprise lorsqu’ils devront inévitablement payer les services de soins de longue durée. Voilà pourquoi il est important que tous les paliers de gouvernement et tous les Canadiens commencent immédiatement à travailler ensemble à des solutions pour combler l’écart entre les services fournis à l’heure actuelle et ceux que la population peut payer », conclut Yves Millette.

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