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Économie

Taux : fini les années de grâce

7 septembre 2017 | La Presse Canadienne | Commenter

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reveil_matin_7_sept_wakeup_425Des experts en finances estiment que la décision de la Banque du Canada de hausser son taux directeur pour la deuxième fois en deux mois devrait sonner le réveil pour les Canadiens qui vivaient des années de grâce. L’accueil a été favorable du côté des grandes banques. 

Patricia White, directrice générale de l’organisme Conseil en crédit du Canada, rappelle que plusieurs consommateurs qui ont connu des années de taux d’intérêt faibles ne seront pas préparés aux éventuelles hausses qui pointent à l’horizon.

Mme White croit qu’à cause d’un recours de plus en plus répandu aux prêts sur la valeur nette d’une maison et aux marges de crédit, les Canadiens seront plus nombreux à devoir affronter très rapidement des coûts d’emprunt plus élevés. Et ceux qui souhaitent acheter une maison devront choisir davantage en fonction de leurs moyens, estime la conseillère de cet organisme sans but lucratif.

Eric Kam, chargé de cours en économie à l’Université Ryerson de Toronto, estime quant à lui que le gouvernement utilisera cette hausse des taux d’intérêt pour calmer le jeu dans le secteur immobilier, mais aussi pour rappeler aux consommateurs que l’ère des planchers historiques ne durera pas éternellement.

« Conscient que plusieurs Canadiens ont investi dans des biens qu’ils n’auraient peut-être pas les moyens de se payer si les taux augmentaient, le gouvernement se dit qu’une hausse légère des taux pourrait permettre de faire le ménage dans tout ça », résume M. Kam. Une hausse des taux n’empêcherait pas les Canadiens de s’acheter une maison, soutient-il, mais elle les amènerait peut-être à en acheter une moins grande. «  Le gouvernement tentera sans doute d’en faire un ver d’oreille auprès des Canadiens: soyez attentifs à votre endettement global. »

Le président et chef de la direction de la RBC, Dave McKay, a de son côté prévenu mercredi que les hausses des paiements sur les prêts hypothécaires et sur les autres créances se traduiront par une baisse du revenu disponible des ménages, ce qui pourrait ralentir à long terme la croissance dans d’autres secteurs de l’économie. « C’est là l’un des effets dont on ne parle pas assez souvent », a-t-il déploré lors d’un colloque financier à Toronto.

ACCUEIL FAVORABLE DES BANQUES

Les grandes banques canadiennes sont bien positionnées afin de profiter de la nouvelle hausse d’un quart de point de pourcentage du taux directeur de la Banque du Canada. La RBC, la Banque TD, la Banque de Montréal, la Banque CIBC, la Banque Scotia, la Banque Laurentienne et le Mouvement Desjardins ont indiqué que leur taux préférentiel passait de 2,95 % à 3,2 %.

Le président et chef de la direction de la Banque Royale du Canada estime même que ce deuxième resserrement monétaire en moins de deux mois pourrait permettre à l’institution financière de générer des revenus supplémentaires de 300 M$ au cours des cinq prochaines années. Dave McKay a expliqué, au cours d’une conférence du secteur bancaire, mercredi, à Toronto, que le secteur des services aux particuliers de la RBC pourrait voir ses revenus croître de 100 M$ au cours des 12 prochains mois. « Ce montant pourrait atteindre 300 M$ d’ici cinq ans puisqu’il faut un certain temps avant que l’impact se reflète dans nos portefeuilles, a-t-il dit. Environ 300 M$ pour 25 points de base, c’est très significatif. »

De son côté, le dirigeant de la Banque TD, Bharat Masrani, a expliqué, dans le cadre de la conférence, que les banques allaient profiter de la hausse des taux d’intérêt, sans toutefois chiffrer l’impact financier. Celui-ci a affirmé que la trajectoire ascendante des taux d’intérêt représentait un élément positif pour l’institution financière. M. Masrani a toutefois ajouté que les resserrements monétaires doivent se faire de manière à ne pas freiner la croissance économique.

Pour sa part, le président et chef de la direction de la Banque CIBC, Victor Dodig, a estimé qu’une hausse de 100 points de base du taux directeur se traduirait par un profit annualisé après impôts de 157 M$ pour l’institution.

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