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Major au rapport | Fabien Major

Top 10 des phrases creuses de la finance

4 décembre 2013 | Commenter

Voici les 10 expressions vides de sens que les boursicoteurs amateurs et professionnels utilisent à toutes les sauces, sans réfléchir. Il ne se passe pas une semaine sans que je n’entende un client, un passant ou même un commentateur financier s’en servir. Lorsque mes tympans souffrent trop, j’ai quelques répliques qui m’aident à démonter ces vieux clichés.

« Le marché est trop cher. »
Si une phrase est galvaudée, c’est bien celle-là. Justement, personne ne vous oblige à acheter le « marché ». C’est comme si, à l’épicerie, vous vous sentiez obligé d’acheter tout ce qui se trouve sur les tablettes. Voir la Bourse comme un bloc monolithique est erroné. Marché haussier ou pas, il y a et aura toujours des entreprises mal ou sous-évaluées. Évidemment si le troupeau se précipite sur les fonds indiciels quand les quelques titres qui les composent sont bien gonflés, l’affirmation va de soi.

« Ce gars-là a prévu le krach de 2008. »
Mes quelques années de métier m’ont appris à me méfier des gourous, mais aussi des prophètes de malheur. Bien sûr, il y a eu quelques gérants d’estrade qui nous ont avertis de l’imminence d’un désastre en 2008, mais ils nous avaient aussi avertis de centaines d’autres catastrophes imaginaires en 2007, 2006, 2005, 2003, 2002… Bref, le pire est toujours à venir. Tous aux abris!

« 80 % des gestionnaires ne battent pas les indices. »
Zzzzzzz. Je ne sais pas pour vous, mais de mon côté les gens que je rencontre se fichent éperdument des indices. Ils souhaitent des rendements corrects et si possible, n’avoir que très rarement des pertes. Lorsqu’on demande aux clients ce qu’ils entendent par un rendement « correct », la réponse est rarement spectaculaire. Ça tourne souvent aux alentours des 5 %. Les indices finalement, me sont aussi utiles que le facteur humidex. Ça se glisse très bien dans une conversation, mais il ne fait pas réellement plus chaud ou plus froid.

« Achetez 10 actions de bonnes compagnies versant de bons dividendes et gardez ça dans un coffre pour 30 ans. »
Cette phrase sort de la bouche de Stephen Jarislowsky. Nombre d’investisseurs la répètent ad nauseam. M. Jarislowsky est un très grand homme d’affaires, pas de doute. La réalité d’un octogénaire milliardaire est cependant aux antipodes de celle d’un travailleur québécois gagnant 60 000 $ par année. On aimerait tous ça, laisser nos placements tranquilles pendant 30 ans, mais, la toiture qui lâche, la voiture qui manque de frein et le petit dernier qui a besoin d’appareils d’orthodontie nous obligent à revoir nos plans.

« Ce fonds vise à maximiser le rendement absolu de ses placements. Le Fonds s’efforce d’atteindre cet objectif en choisissant soigneusement les titres… Bla bla bla…! »
Pouvez-vous croire que cette ligne usée à la corde figure partout même dans les fiches descriptives de fonds déficitaires depuis des lunes ? Elle coiffe également le fonds de couverture Sprott II qui perd 2,9 % par an depuis sa création en 2002. C’est un peu gênant de laisser son objectif bien en vue quand le gestionnaire rate la cible d’aplomb comme ça.

« Je préfère faire un paiement sur un condo que de payer un loyer et jeter mon argent par les fenêtres. »
Ah oui? Et quand VOUS LOUEZ l’argent de la banque, où croyez-vous que vont la majorité de vos versements? Vous seriez étonné de voir que dans certains quartiers, LOUER sa résidence et placer son argent est plus profitable que d’acheter. Et si au lieu de lancer des phrases vides du genre, on se donnait la peine de faire les calculs qui s’imposent, on aurait des surprises.

« Si ce n’était des charges exceptionnelles, cette compagnie aurait des bénéfices. »
Mais c’est justement ça, la vie. Les charges exceptionnelles, il y en a chaque année. Les entreprises évoluent toutes dans des cycles de marchés et subissent l’alternance de la croissance, les replis et les crises économiques. Une société qui rate sa cible de bénéfices en raison d’événements « extraordinaires » devrait sûrement réévaluer ses méthodes de prévisions et gonfler ses marges d’erreur ou engager un PDG avec les pieds sur terre!

« Le rendement passé n’est pas garant du rendement futur. »
On a beau servir cet avertissement depuis près de 20 ans, il ne faut pas ignorer les résultats obtenus. C’est en comprenant d’où on vient qu’on peut savoir où on s’en va. C’est étrange quand on y pense, TOUS les ratios et outils d’analyse comme l’écart-type, le C/B, l’alpha, le bêta, le ratio de Sharpe, le délai de récupération… n’utilisent que le passé! Le passé n’est pas garant de l’avenir, mais je ne connais pas un meilleur indicateur.

« 10 analystes sur 13 recommandent l’achat de l’action XYZ. »
On ne peut pas dire que cette affirmation m’excite beaucoup. Ironiquement parmi les analystes optimistes, quatre travaillent pour la banque qui a mis en œuvre son entrée en Bourse, trois travaillent pour l’institution qui a dirigé son émission d’obligations et les trois autres me recommandaient encore l’an dernier d’acheter BlackBerry.

Et finalement, ma préférée!

« Cette fois, c’est différent! »
J’ai entendu cette phrase de la bouche de Stephen Wait en novembre 1999, et elle est à jamais gravée dans ma mémoire. Dans la grande salle du Windsor à Montréal, le gestionnaire du défunt fonds de télécommunications de CI justifiait l’absence de bénéfices des titres qui composaient son portefeuille en expliquant (sans rire) que les vieilles méthodes comptables ne s’appliquaient pas aux entreprises technologiques. « Cette fois, c’est différent » sert la plupart du temps d’excuse à ceux qui ne peuvent admettre qu’ils sont en face d’une bulle spéculative. Stephen Wait a disparu de la carte en même temps que Nortel, JDS Uniphase, Pets.com, WorldCom, Lycos, et autres. En finance, l’expression qui ne se dément pas est: « Pas de revenu = Danger. »

Vous avez vous aussi des expressions ou clichés financiers qui doivent être démontés? Partagez-les avec nous!


Fabien Major, MBA, conseiller en sécurité financière et représentant en épargne collective, Major Gestion Privée.

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