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Économie

Trois résolutions du Nouvel An pour limiter la volatilité des marchés mondiaux en 2012

12 janvier 2012 | Peter Drake | Commenter

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À l’aube d’une nouvelle année, beaucoup de gens adoptent de bonnes résolutions pour améliorer leur vie privée ou professionnelle; si seulement les marchés financiers pouvaient en faire autant…

Ce n’est pas faute d’avoir essayé, mais je n’ai pas encore trouvé quelle résolution je pourrais personnellement prendre pour réduire la volatilité des marchés mondiaux. Et, à l’exception de certains moulins à paroles de magazines télévisés qui nous gavent de leurs analyses en période de crise boursière, j’ai du mal à imaginer que les investisseurs puissent vouloir vivre cette année encore une volatilité du même style que celle que nous avons connue en 2011.

Si j’en juge par les événements macro-économiques qui ont façonné le comportement des marchés en 2011, trois acteurs de la scène mondiale auraient le pouvoir de prendre de bonnes résolutions, soit la classe politique américaine, les gouvernements de la zone euro et la Chine. Reste à savoir s’ils possèdent la volonté politique d’adopter les mesures qui s’imposent. Quel que soit le scénario, le rôle de la Chine est la grande inconnue et je consacrerai la majorité de cet article aux résolutions qu’elle devrait adopter à mon avis

Peter Drake

Aux États-Unis…
Les politiciens américains chargés d’élaborer des mesures pour réduire le déficit budgétaire du gouvernement fédéral doivent prendre la résolution de mettre au point un programme pluriannuel qui soit crédible à la fois pour les marchés financiers et pour les investisseurs. Si ces politiciens sont actuellement dans l’impasse, ce n’est pas au sujet de la nécessité de réduire le déficit – ils en reconnaissent l’impératif à l’unanimité. Le problème réside en leur désaccord sur la proportion à accorder aux compressions des dépenses et à l’accroissement des recettes. L’un des deux camps estime que l’accroissement des recettes doit prédominer tandis que l’autre préconise la compression des dépenses.

À moins d’une miraculeuse résolution du Nouvel An, ces politiciens antagonistes passeront probablement la majorité de l’année 2012 à se quereller encore sur les moyens de réduire le déficit gouvernemental. Les élections de novembre parviendront peut-être à combler ce fossé idéologique et nous pourrions alors espérer quelque progrès à cet égard. Sinon, pour parvenir à une solution, il faudra une sérieuse pression provenant des marchés des capitaux ou une improbable preuve de bon sens de la part des politiciens.

En Europe occidentale…
En ce qui concerne les dirigeants d’Europe occidentale, et de la zone euro en particulier, la résolution d’accélérer leur processus de prise de décision serait des plus opportunes. Pour être honnête, contrairement à l’interblocage partisan qui paralyse les États-Unis sur leur politique budgétaire, les dirigeants européens recherchent concrètement une solution, même si seule la grogne des marchés obligataires les motive à l’action. D’aucuns avancent que chacune des tentatives pour remédier à la situation s’est révélée plus fructueuse que la précédente – on compte déjà pas moins de cinq rencontres successives au sommet des États européens.

Jusqu’à présent, il s’agit d’une illustration classique de l’asynchronie entre le temps de réaction des marchés – où la prise de décisions est affaire de secondes – et celui des gouvernements – où les impératifs de la consultation et du consensus exigent des semaines, voire des mois, pour la plupart des décisions. Le dernier projet sur la table, qui s’articule davantage sur une politique budgétaire centralisée – semble sur la bonne voie. Toutefois, à cause de la complexité du contexte (dont le nombre de pays en cause et la situation précaire des diverses banques européennes qui détiennent une part importante de créances des pays en difficulté), les mesures recommandées s’annoncent lentes et laborieuses.

Le désarroi des marchés des capitaux s’explique par l’absence d’une solution universelle, par exemple l’émission d’euro-obligations ou la nomination de la Banque centrale européenne comme prêteur de dernier recours. La résolution des dirigeants européens pourrait être de s’activer pour rejoindre la cadence du marché. En d’autres termes, il conviendrait d’élaborer des solutions politiquement digestes et aptes à calmer les craintes des marchés financiers. Les résultats positifs qui en découleraient (notamment une baisse des rendements des obligations des pays en difficulté) compenseraient largement les coûts et les efforts déployés.

Et en Chine…
La troisième bonne résolution du Nouvel An relèverait du pouvoir politique chinois; il s’agirait de continuer à diminuer l’inflation locale, d’accélérer la croissance économique et d’apporter certaines contributions à l’économie mondiale qui seraient, en définitive, dans l’intérêt de la Chine.

Une telle résolution s’impose, car la performance de la Chine est la variable la plus importante – et la plus impondérable – de la santé économique planétaire en 2012. Deuxième à l’échelle mondiale, bien qu’elle pèse moins de la moitié de l’économie américaine, la Chine connait une croissance annuelle de 8 à 10 % depuis une dizaine d’années. Grâce à son immense secteur extérieur – exportations autant qu’importations – elle continue à exercer un impact colossal sur l’économie mondiale. En outre, certains observateurs affirment que ses excédents commerciaux considérables et l’accumulation de réserves en devises qui en découlent ont joué un rôle non négligeable dans les taux d’intérêt à long terme anémiques qui prévalent mondialement.

L’envergure de la Chine, son taux de croissance et son désir naissant de jouer un rôle plus consistant sur la scène économique mondiale sont autant de facteurs susceptibles de l’amener à remplir une fonction particulièrement constructive pour extirper la planète de son marasme. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres et les résolutions de Nouvel An appropriées seraient de mise.

La Chine possède aussi son lot de problèmes économiques. Dans l’ensemble, sa production industrielle décline depuis le milieu de 2011. La croissance de son produit intérieur brut sur douze mois – qui donne une mesure plus large de l’activité économique – est en baisse depuis plus d’une année. Certes, son taux de croissance sur douze mois se chiffre à 9,1 % au troisième trimestre 2011, une performance qui demeure solide et que la plupart des pays lui envient; mais cette performance représente un recul important par rapport au taux de croissance de 11,9 % enregistré au premier trimestre 2010. Tout pays aspire à une croissance économique la plus vigoureuse possible; ce besoin est cependant plus criant en Chine, car une croissance amorphe risquerait de provoquer des troubles sociaux.

Un autre problème risquerait d’entraîner de sérieuses difficultés d’ordre social : l’inflation. La politique de resserrement monétaire semble avoir réussi à sabrer l’inflation, mais ces mesures ont également contribué au ralentissement de la croissance économique. Enfin, même si le gouvernement chinois réagit assez rapidement aux fluctuations de certains marchés financiers, l’éventualité d’un changement à la direction vers la fin de 2012 pourrait ralentir le processus décisionnel dans les mois à venir.

Les aléas de la Chine ne sont pas confinés à ses frontières. Ce pays est largement tributaire de ses exportations et bien que son compte courant international demeure résolument excédentaire (près de 58 milliards $US au troisième trimestre 2011), ce surplus dépasse tout juste la moitié de celui de l’année dernière. Les exportations ont augmenté, mais la hausse des importations est encore plus substantielle et tout porte à croire qu’elle se poursuivra, favorisée par la vigueur de la devise et l’essor de la classe moyenne.

La croissance des exportations pourrait fléchir à l’avenir à cause de l’appréciation de la devise chinoise (même si les États-Unis la considèrent insuffisante) et le fait que ses deux grands marchés non asiatiques, c’est-à-dire les États-Unis et l’Europe de l’Est, sont presque au point mort (États-Unis) ou en récession (Europe). L’Europe est venue quémander de l’aide pour résoudre sa crise du crédit et la Chine s’est gardée d’apporter une contribution directe jusqu’à présent; elle s’est toutefois réservé la possibilité d’investir par l’intermédiaire du Fonds monétaire international. Par ailleurs, étant membre de l’Organisation mondiale du commerce depuis une décennie, la Chine serait désormais prête à exercer davantage d’influence sur l’économie mondiale.

En 2012, la croissance économique de la Chine, et son impact sur la croissance mondiale pourraient aussi bien augmenter que diminuer. Si le ralentissement se poursuit ou si l’inflation ne peut être jugulée, les dégâts ne se limiteront pas à la Chine et l’onde de choc secouera l’économie mondiale. De plus, tout permet de croire que les prix des produits de base, si importants pour le Canada, en pâtiront, tout comme la valeur du dollar canadien sur les marchés extérieurs. Mais la situation ne doit pas forcément être aussi dramatique.

Des résolutions pour la Chine
Voici quelques résolutions que la Chine pourrait envisager. En permettant à sa devise de continuer à s’apprécier par rapport au dollar américain, voire en accélérant ce processus, la Chine mettrait un frein à l’inflation locale et apaiserait les tensions commerciales avec les États-Unis. La hausse de la devise chinoise devrait permettre de réduire le déficit du compte courant américain.

Par cette seule mesure, la Chine contribuerait à niveler les déséquilibres internationaux qui entravent l’économie mondiale et renforcerait sa lutte contre l’inflation. Dans la mesure où la hausse de sa devise parviendrait à enrayer son inflation, la Chine serait en position d’assouplir davantage sa politique monétaire, et peut-être aussi sa politique budgétaire, afin de stimuler la croissance économique.

Ensuite, la Chine pourrait participer à une solution de la crise de la dette européenne en injectant des capitaux par l’intermédiaire du Fonds monétaire international. Elle ferait ainsi d’une pierre deux coups : en aidant l’Europe à recouvrer sa santé économique, elle favoriserait les exportations chinoises, et le fait d’accroître sa participation dans le Fonds monétaire international lui vaudrait une part de l’aval de la communauté internationale qu’elle souhaite si ardemment.

La nature humaine est telle que soit on ne prend pas les résolutions du Nouvel An qu’on devrait prendre, soit on n’honore pas celles qu’on a prises. Mais si les trois que je propose pouvaient être adoptées et respectées, les marchés seraient plus confortables – et moins volatiles – pour vos clients en 2012


Peter Drake est vice-président, Retraite et recherches économiques, Fidelity Investments Canada. Fort de plus de 35 années d’expérience à titre d’économiste, il dirige les initiatives de recherche de Fidelity axées sur la retraite au Canada à notre époque.

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