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Un concept non commercialisable + Des brevets introuvables

10 juin 2014 | Didier Bert | Commenter

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Fait no 1 : un concept non commercialisable (mais qui fait rêver)

La firme PhasOptx présente son produit Optimend comme une révolution technologique. Cet appareil est destiné à connecter des fibres optiques en utilisant un alliage à mémoire de forme, dont Éric Weynant détiendrait la composition secrète.

En bref, ce connecteur permettrait de remplacer les connecteurs mécaniques, qui engendrent une perte de signal, ou la connexion par fusion, très coûteuse.

PhasOptx a participé à la réalisation d’une maîtrise de recherche sur l’utilisation du laser dans le micro-usinage de fibres optiques, présenté au Département de physique, de génie physique et d’optique de l’Université Laval en 2011.

Et le cursus du fondateur, Éric Weynant, ajoute à la crédibilité scientifique du projet.

Mais « Éric Weynant n’a jamais été capable de présenter un produit sur un marché », affirme Pierre Rochon, un dentiste montréalais. Celui-ci raconte avoir travaillé avec M. Weynant sur un projet de lime orthodontique dans les années 1990. Il se rappelle bien s’être rendu avec lui en Californie pour présenter des échantillons à une firme américaine : M. Rochon contrôle les produits de démonstration, préparés par Éric Weynant, et s’aperçoit vite que ce ne sont pas les échantillons prévus, mais juste des tiges de métal grossièrement percées. « La compagnie nous a dit : ‘Ce n’est pas sérieux du tout!’ (…) Éric Weynant avait plusieurs débuts de projets. Nous sommes allés plusieurs fois aux États-Unis. Je lui disais : ‘Tu commences un paquet de choses, mais ça n’aboutit jamais’. »

Analyse de l’expert en criminalité financière : 

« Le problème de certains vrais chercheurs, voire même de génies, c’est qu’ils doivent faire affaire avec des bailleurs de fonds pour lancer leur produit. Quand ceux-ci évaluent le produit et refusent de le financer, les chercheurs sont frustrés et croient ne pas être tombés sur les bonnes personnes. Le marché n’accepte pas leur produit, mais il faut qu’ils maintiennent le rêve… Ils sont dans une phase où le produit n’existe pas, mais ils sont capables d’expliquer le concept dans ses détails techniques.

Certains se lancent alors à la recherche d’investisseurs privés, parce qu’ils savent que les investisseurs institutionnels n’embarqueront pas. On voit des cas très couramment autour des laboratoires de recherche en biotechnologie au Québec. On les appelle des ‘technofraudeurs’. Ils veulent tellement y arriver qu’ils sont prêts à faire n’importe quoi. Et ils voient qu’ils peuvent faire beaucoup d’argent.

L’argument du manque d’argent ne tient pas quand on a récolté des millions. Le problème, c’est donc le concept même du produit. Ils passent alors à un stratagème d’appétit pour l’argent d’autrui. Et quand ils trouvent un filon, ils n’arrêtent pas. Ils vendent du rêve », explique M. Abda.


Fait no 2 : des brevets introuvables

À la fin des années 2000, plusieurs actionnaires de PhasOptx s’impatientent de ne pas voir le produit lancé. Ils décident de prendre la tête de la firme. Pour cela, ils ont besoin de vérifier les brevets qu’Éric Weynant se vante de détenir. Ils n’y parviennent pas… comme Pierre Rochon quelques années plus tôt :

« Quand venait le temps de vérifier les brevets, Éric Weynant me répondait : ‘Les documents ne sont pas ici, ils sont en Europe’… Ça devenait toujours trop onéreux de vérifier. Mais il y avait des sociétés à numéro, tout ça… Cela avait l’air bien réel. »

Revenons à PhasOptx… Georges Vacher, ancien sous-ministre et cofondateur d’Air Transat, qui se présente comme le conseiller du président de PhasOptx, confie : « La recette du métal, c’est Éric Weynant qui l’a. Si vous ne la connaissez pas, vous ne pouvez pas copier le produit. » Avant d’ajouter : « Éric Weynant détient 300 brevets! » L’homme d’affaires précise que ces brevets se trouvent dans différents pays, dont certains en Europe.

Analyse de l’expert en criminalité financière : 

« L’actif principal, c’est le brevet, commente M. Abda. Si vous ne localisez pas le brevet, vous n’avez pas la certitude que l’entreprise possède l’actif qu’elle prétend détenir. Or, la réglementation financière exige que l’entreprise soit en contrôle de l’actif principal. Même quand une entreprise est en démarrage, les brevets doivent être là.

Des entreprises se contentent de montrer des copies de leur brevet, sans préciser qu’il est déposé dans un autre pays pour le rendre insaisissable. Présenter des copies est légal, mais si c’est orchestré dans le but de flouer le public, alors cela fait partie d’un stratagème frauduleux. »

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Investir dans un mirage en dix étapes concrètes!
Un concept non commercialisable (mais qui fait rêver) + Des brevets introuvables
Une mise en production toujours reportée + Une entreprise injoignable
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