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Un registre des victimes de fraude voit le jour

14 août 2009 | Céline Normandin | Commenter

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En 2005, Janet Watson perd du jour au lendemain 70 000 $. La retraitée est l’une des 1 600 victimes de la fraude de 130 millions $ de Mount Royal.

Quatre ans plus tard, elle met sur pied le premier registre canadien des victimes de fraude économique. Le projet a été lancé le 6 août dernier à Sherbrooke. À peine une semaine après sont ouverture, le registre compte déjà une cinquantaine de noms, dont plusieurs provenant d’autres provinces.

L’idée d’un tel registre a fait son chemin au moment où a éclaté le scandale de Mount Royal. Le besoin de se rassembler s’est alors vite fait sentir parmi les victimes. « Il s’agit d’un outil permettant de mieux organiser et de coordonner nos manifestations. Il nous permet aussi de contacter rapidement les autres victimes pour les aviser de nos activités », indique Mme Watson, qui estime que trop de crimes financiers se produisent au Canada. Elle cite en exemple les cas bien connus de Mount Real, Norshield, Norbourg, Triglobal, Globex, Earl Jones Corp et PML, soulignant que la liste s’allonge puisqu’un autre cas de fraude pyramidale a été mis à jour la semaine dernière en Colombie-Britannique.

Le registre des victimes de crimes économiques peut être signé en personne, au bureau d’arrondissement de Lennoxville, ou par courriel en contactant Janet Watson.

Une pétition contre les criminels à cravate
Mme Watson n’a pas qu’un seul cheval de bataille. Elle a également lancé, le 7 août dernier, une pétition électronique exigeant des « sentences plus sévères pour les criminels à cravates ».

La retraitée y réclame une intervention des gouvernements pour prévenir de nouveaux scandales financiers. Elle demande du même souffle d’augmenter des peines plus sévères et dissuasives envers les personnes reconnues coupables de crimes économiques, sur le modèle des « lois applicables lors de crimes contre la personne ». On y fait valoir également que « des sentences cumulatives et consécutives, pour chaque chef d’accusation, pour chaque victime, doivent être imposées lors de crimes économiques contre un individu. L’autorité en place doit pouvoir bloquer les fonds de tous les membres de la famille et/ou les associés du présumé fraudeur afin d’en éviter la liquidation évasive et préméditée ».

En une semaine, pas loin d’une centaine de personnes l’ont signée, plusieurs signataires y allant aussi de commentaires. « Augmenter les peines n’empêchera pas le crime. Ce qu’il faut, ce sont de meilleures lois, des mécanismes de protection des investisseurs et un meilleur contrôle sur les organismes sensés réglementer le tout », écrit un des signataires, Ben Turcot.

« Oui aux sentences comme aux États-Unis. Le fait que nos gouvernements ne prennent pas d’actions plus sévères envoie le message de voler : seulement 17 mois de prison pour un vol 100 millions $… Pourquoi payer nos impôts ? », ajoute Guy Gervais.

Ginette Blais, une autre signataire, « compatie avec ceux qui ont perdu leurs économies d’une vie entière. Mais un gars comme Earl Jones nous fait une très mauvaise réputation à nous, conseillers, qui appliquons les règles et qui essayons d’aider les gens à se bâtir des patrimoines ».

Une loi, un organisme
Mme Watson estime qu’un organisme réglementaire pour tout le pays serait plus efficace. Toute l’information serait gérée au même endroit au lieu d’être traitée de manière indépendante par chaque province. Cela pourrait éviter, comme dans le cas de Earl Jones, qu’un fraudeur puisse agir impunément dans plusieurs provinces à la fois.

La résistance continue
Mme Watson n’entend pas en rester là. Depuis que son registre et sa pétition ont été publicisés, elle reçoit des courriels de partout au pays. « On peut changer les choses si beaucoup de personnes manifestent. Les politiciens doivent être responsabilisés. On leur donne nos votes ! » Elle compte saisir l’occasion de se faire entendre si jamais des élections devaient être déclenchées cet automne.

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Saskia Ouaknine
Rédactrice adjointe
Conseiller.ca

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