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Économie

Trop de titres canadiens, une bonne stratégie?

3 juin 2013 | Atul Tiwari

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On est si bien chez soi. C’est du moins ce que semblent penser les investisseurs canadiens, qui sont nombreux à investir la majorité de leur argent au pays, en dépit du fait que ce n’est peut-être pas la meilleure solution pour eux sur le plan financier.

Les raisons justifiant la diversification géographique sont éloquentes : les actions canadiennes subissent les effets de l’économie et des forces du marché d’ici, alors que les titres étrangers sont influencés par un éventail plus large de facteurs. Différents marchés génèrent des rendements qui varient de ceux des actions canadiennes. Dans un monde idéal, un investisseur canadien tire alors directement profit d’un avantage de la diversification : une volatilité moins prononcée.

Et pourtant, on continue de noter, au Canada, une forte prédilection pour les actifs intérieurs : les investisseurs canadiens détenaient en moyenne 60 % d’actions nationales de plus que la participation du Canada à la capitalisation boursière mondiale, soit 5 % en date du 31 décembre 2010. De plus, en 2010 (les plus récentes données publiées par le Fonds monétaire international disponibles au moment où l’étude a été faite), les investisseurs canadiens ont alloué une part presque disproportionnée de leurs placements (65 %) aux actions canadiennes.

Ces statistiques peuvent constituer le point de départ d’une conversation avec vos clients afin de déterminer s’ils devraient augmenter la part de leur portefeuille allouée aux actions étrangères. Commencez par effectuer une évaluation globale, qui prend appui sur les six facteurs suivants :

1. Répartition sectorielle par rapport au marché mondial
Les investisseurs peuvent profiter d’une plus grande diversification internationale si leur marché national se concentre sur quelques secteurs clés. Une façon d’évaluer la diversification sectorielle est d’examiner dans quelle mesure les concentrations sectorielles divergent de l’indice MSCI All Country World Index (ACWI). Au Canada, il existe un écart substantiel entre les pondérations nationales de divers secteurs et leur représentation au sein de l’indice MSCI ACWI. Par exemple, on note une sous-pondération de 10,7 % du secteur canadien de la technologie de l’information par rapport au marché international.

2. Concentration des émetteurs
Certains marchés sont lourdement concentrés sur une poignée de titres. Au Canada, les rendements des indices qui suivent des marchés extensifs sont dominés par les sociétés les plus importantes en raison de la taille relativement modeste de notre marché. Par exemple, au 31 décembre 2011, la Banque Royale du Canada représentait 5,33 % de l’indice MSCI Canada, alors que la Banque TD et la Banque de Nouvelle-Écosse comptaient respectivement pour 4,84 % et 3,94 % du même indice.

3. Frais d’exploitation et 4. Liquidité
Même si ce n’est pas au Canada que les frais d’exploitation sont les plus élevés et malgré la liquidité relative de notre marché, les données laissent entendre qu’il y a place à l’amélioration. Ces facteurs sont importants, car même dans des marchés modérément liquides, les investisseurs peuvent profiter d’une plus grande diversification mondiale.

5. Considérations d’ordre fiscal
On peut généralement classer les incidences fiscales en quatre catégories : les gains en capital, les dividendes (tirés d’actions), le revenu d’intérêts (tiré des titres à revenu fixe) et les taxes sur les transactions ou droits de timbre. Il est utile de déterminer dans quelle mesure un investisseur s’expose à une charge fiscale supplémentaire en raison de ses placements étrangers avant de décider d’augmenter ou non sa proportion de titres étrangers.

Comparativement aux investisseurs d’autres pays, ceux du Canada s’en tirent assez bien sur le plan fiscal. Les gains en capital sur les titres internationaux sont imposés de la même manière et aux mêmes taux privilégiés que les gains en capital sur les titres canadiens. Les dividendes sur des actions canadiennes sont soumis à un taux d’imposition effectif beaucoup plus faible que celui applicable aux dividendes internationaux. Cependant, les intérêts sont imposés au même taux au Canada, et ce, qu’ils proviennent de titres étrangers ou nationaux. De plus, le Canada n’impose pas de taxes ni de droits de timbre sur les transactions.

6. Autres facteurs de risque associés au marché
Pour terminer, il faut tenir compte des risques généraux propres au pays de résidence de l’investisseur, notamment l’instabilité politique ou des pratiques de gouvernance d’entreprise déficientes. Même s’il peut être ardu de quantifier ces risques, il faut en tenir compte puisqu’ils peuvent avoir des répercussions notables sur tout portefeuille comportant une proportion élevée de titres intérieurs.

Nous avons utilisé des classements en matière de protection des investisseurs afin d’évaluer la gouvernance d’entreprise, et les résultats démontrent que les investisseurs sont bien protégés au Canada. Cet atout peut être perçu comme une raison de privilégier les titres canadiens, mais ne doit pas être analysé de manière isolée.

Pris dans leur ensemble, ces facteurs quantitatifs, plus précisément le degré de concentration relativement élevé des secteurs et des émetteurs et les avantages de la diversification géographique à l’échelle mondiale, semblent indiquer qu’une plus grande diversification en titres internationaux pourrait être avantageuse pour les investisseurs canadiens.


Atul Tiwari est directeur général, Placements Vanguard Canada Inc.
Cet article est paru dans le magazine Advisor’s Edge d’octobre 2012. Il a été publié dans l’édition de mars du journal du conseiller.


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