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Voir la retraite à rebours

19 février 2013 | Yves Bonneau | Mis à jour le 24 mai 2013

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Dans un sondage Environics mené pour le compte de TD Canada Trust en début d’année auprès de 2400 personnes, dont 240 Québécois à la retraite, près de la moitié des répondants ont dit que ce n’est qu’à la retraite qu’ils ont pu se consacrer à leur passe-temps favori.

Tous ceux qui font l’exercice de se projeter dans l’avenir, et cet exercice est le propre de l’humain, le font généralement en pensant aux voyages qu’ils s’offriront, aux sports et hobbies qu’ils pratiqueront, à l’endroit où ils habiteront et aux revenus qu’ils recevront – ou ne recevront pas – et comment ils feront pour boucler leurs fins de mois pour arriver à mener cette vie rêvée, comme ce qu’ils donneront en héritage à leurs enfants ou aux organismes de charité de leur choix.

Ne plus avoir de dettes, parcourir le monde, acheter une résidence secondaire, lancer sa propre entreprise, faire du bénévolat, voilà des projets qui demandent réflexion et planification. Vos clients et vous avez fait ce genre d’exercice des centaines de fois ensemble, comme vous l’avez fait pour vous-même. Dans tous les cas, la réflexion implique de penser à l’argent qui sera disponible au moment de la retraite.

Épargner maintenant pour réaliser ses projets plus tard : cette règle simple prévaudra toujours. Combien de gens y arrivent? Combien de vos clients de la plus jeune génération y arriveront? Comme dit le perronisme : il y a souvent loin de la soupe au lièvre!

Yves Bonneau, rédacteur en chef du magazine Conseiller.

Le sondage d’Environics nous apprend également que près du quart des répondants québécois retraités admettent que c’est au lendemain de leur retraite qu’ils ont craint pour la première fois de manquer d’argent pour vivre à l’aise, pour maintenir le niveau de vie envisagé.

Cette impression de manquer de moyens est en plus exarcerbée par l’image du retraité moderne quasiment plus en forme et plus occupé que le jeune professionnel de 35 ans! La formule consacrée veut que le 65 est le nouveau 55 ou, pour les femmes, le 60 égale le nouveau 40. Ce genre de généralisations complètement arbitraires semblent faire l’affaire des commerçants et des médias, mais la réalité, celle que vous voyez défiler dans vos bureaux tous les jours, est autrement plus complexe et nuancée.

Le gros des retraités des prochaines années venant de la génération des boomers, il s’agira de la plus grande cohorte de retraités de l’histoire moderne. Et donc, des histoires et des projets de retraite, vous en aurez en proportions équivalentes au cours des 10 à 15 prochaines années. Est-ce qu’après le passage des boomers, la prochaine génération de retraités sera en mesure d’élaborer d’aussi ambitieux plans de retraite? L’histoire nous enseigne qu’il ne faut rien tenir pour acquis. Il y a 75 ans, la retraite n’était même pas un concept ici. On travaillait, on avait des enfants à la dizaine, on mourait. Les vieux parents qui survivaient habitaient avec un de leurs nombreux enfants. Le filet social était bien différent parce que l’organisation sociale l’était.

D’ailleurs, en Chine rurale, des centaines de milliers de parents vieillissants ne comprennent plus leurs enfants qui refusent de les héberger, partis qu’ils sont industrialiser les mégapoles. En décembre dernier, le gouvernement chinois a institué une loi qui oblige les enfants à rendre visite à leurs vieux parents, une législation visant à protéger les droits des personnes âgées.

Il faut savoir que, culturellement, les parents chinois s’astreignent à s’occuper de leurs enfants la vie durant, et ils s’attendent en retour à ce qu’on s’occupe d’eux au moment de leur retraite.

Ce qui nous amène à penser à notre propre condition et à nos relations intergénérationnelles, à nos responsabilités d’être parents et d’avoir des parents (qui sont peut-être à la retraite). Prendre sa retraite, pour plusieurs, ça peut vouloir dire aider un parent vieillissant, en perte d’autonomie ou de conscience. Ou encore aider un enfant qui a du mal à quitter le nid. Pas exactement la retraite rêvée…

Mais cela fait partie de la vie et on ne peut l’occulter parce qu’on nous a vendu l’idée de la retraite comme un voyage dans « un tout-inclus », on ne peut balayer sous le tapis qu’avec la retraite vient aussi une nouvelle étape de vie qui ne sera pas nécessairement idyllique.

Peu importe les ressources et la qualité du plan financier, si l’on ne tient pas compte de notre humble condition d’humain qui s’éteindra un jour, on risque de viser l’accessoire et de manquer l’essentiel.

On a tous une date de péremption inscrite quelque part mais personne ne la connaît. On sait que ça s’en vient pour tous ceux qui nous entourent, on évite d’y penser trop. On remet une visite à la semaine prochaine ou un coup de fil à demain, un souper et une franche discussion à plus tard.

Je sais que vous ne manquez pas de moyens pour bien expliquer à vos clients et vos proches l’importance de ce qui les attend le jour où ils se diront retraités. Je tiens quand même à vous suggérer de visionner la dernière vidéo de la campagne de sensibilisation de la Fondation des maladies du cœur. Une minute.

Il s’agit d’un petit bijou de film. Une façon simple mais redoutablement efficace de convaincre vos clients de la nécessité de parler de leur retraite et de la planifier pour pouvoir la vivre pleinement.

En gros, ce que vous rappelle le message de la fondation, c’est de vous assurer que vous serez là pleinement pour vos proches. Bien sûr, pour vivre en santé longtemps, il faut avoir des moyens mais il faut aussi tout mettre en œuvre pour s’y rendre en forme.

Regarder la retraite et ses derniers jours de cette manière, penser à ses dix dernières années ouvre une toute nouvelle perspective sur ce que l’on espère et sur ce qui nous tient réellement à cœur au bout du chemin.



Yves Bonneau, rédacteur en chef
yves.bonneau@objectifconseiller.rogers.com

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