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Économie

Faire face à la pénurie de main-d’œuvre

7 mars 2018 | Pierre-Luc Trudel | Commenter

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Avec un taux de chômage sous la barre des 6 % au Québec, et près des 2 % dans certaines régions, le marché de l’emploi s’est rarement montré aussi favorable pour les travailleurs. Pour les PME par contre, les effets négatifs du manque de main-d’œuvre se font de plus en plus sentir.

« Un taux de chômage aussi bas, c’est un beau problème. Mais on doit s’assurer que les entreprises québécoises puissent compter sur les travailleurs dont ils ont besoin, il en va de leur avenir », soutient Stéphane Billette, ministre délégué aux Petites et Moyennes Entreprises, à l’Allègement réglementaire et au Développement économique régional.

Dans le cadre d’un panel de discussion lors du Forum économique de la relève d’affaires, la semaine dernière, il a avancé quelques pistes de solutions pour aider les entrepreneurs des régions à faire face à la pénurie de main-d’œuvre. « Six emplois disponibles sur dix au Québec le sont en région. Or, 90 % des immigrants se trouvent à Montréal. Il faut favoriser l’immigration en région, et pour ce faire, y offrir davantage de services », a-t-il dit. La même logique s’applique d’ailleurs pour conserver les jeunes en région.

Plusieurs facteurs découragent les PME basées en région de se tourner vers le recrutement international, confirme Line Lagacé, vice-présidente, croissance des entreprises et investissements étranger à Québec International. « Les entrepreneurs sont freinés par les coûts importants, le manque de temps et les inquiétudes liées à l’intégration des immigrants. Il faut mettre plus d’effort pour offrir des services de soutien mieux structurés dans les régions. Toute la responsabilité du recrutement et de l’intégration ne doit pas reposer sur les employeurs », indique-t-elle.

FORMER, FORMER, FORMER

Si de nombreux programmes de recrutement international existent, ils sont souvent trop ciblés, poursuit Monsef Derraji, président-directeur général du Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec. « Plusieurs programmes sont conçus pour répondre aux besoins du secteur techno et des startups. Or, ce ne sont pas les seules entreprises à avoir des besoins de main-d’œuvre. »

« On n’a pas toujours besoin de main-d’œuvre spécialisée, renchérit Laura Boivin, présidente de l’entreprise québécoise Fumoir Grizzly. Malheureusement, les programmes de recrutement international ne visent pas les travailleurs non spécialisés que nous recherchons. »

Face à une importante pénurie de main-d’œuvre, les PME n’ont d’autre choix que de se tourner vers les technologies et l’innovation pour augmenter leur productivité. Une telle transformation doit toutefois s’accompagner d’un plan de transition pour les employés non spécialisés. « J’ai récemment visité une entreprise manufacturière 4.0 où la production est désormais totalement automatisée. Les anciens opérateurs de machinerie ont été formés pour devenir des programmeurs », raconte Stéphane Billette.

Pour Monsef Derraji, les formations offertes au sein même des entreprises sont en effet une voie à privilégier. « Si la main-d’œuvre actuelle n’est pas capable d’occuper un poste, il faut la former pour qu’elle soit en mesure de le faire », souligne-t-il, en évoquant du même coup l’enjeu de l’adéquation entre l’éducation et l’emploi.

À ce chapitre, Stéphane Billette souligne l’importance de favoriser la formation professionnelle. « Les formations professionnelles ont longtemps été dévalorisées. Mais aujourd’hui, elles sont très intéressantes du point de vue des débouchés et des salaires », soutient-il.

MISER SUR LES TRAVAILLEURS ÂGÉS

Dans un contexte de population vieillissante, la rétention des employés expérimentés, voire le retour des retraités sur le marché du travail, devrait également être une priorité pour les PME. « Pour inciter les travailleurs âgés à rester, on peut leur offrir des horaires plus flexibles, des postes à temps partiel ou saisonniers. Certaines entreprises libèrent par exemple leurs employés plus âgés pendant l’été et recrutent des étudiants pour les remplacer », indique Line Lagacé.

En conservant leurs employés expérimentés plus longtemps, les entrepreneurs seront plus à même d’opérer un transfert de connaissances réussi au sein de leur entreprise. Pourquoi ne pas les jumeler à des jeunes employés, de façon à ce qu’ils puissent transmettre leur savoir? « Certaines PME ont des employés qui sont là depuis 15, 20 ou même 30 ans, mentionne Stéphane Billettte. Il ne faut pas attendre deux semaines avant leur départ pour planifier leur remplacement. On ne doit jamais oublier qu’un employé qui part, ce sont des connaissances qui s’envolent. »

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