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Médicaments génériques et appels d’offres : un échec annoncé

12 juillet 2017 | La rédaction | Commenter

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medicaments-onereux_425Le Québec a fait les manchettes nationales récemment parce qu’il propose de passer par un processus d’appel d’offres pour l’achat des médicaments génériques d’ordonnance dans le but de réduire les 800 millions de dollars par an qu’il dit dépenser à cet égard. Mais selon Mike Sullivan, président de Cubic Health, une société d’analyse et de gestion des régimes d’assurance médicaments établie à Toronto, les régimes privés risquent d’y voir bien peu d’avantages.

Si cet appel d’offres devient réalité – et c’est un gros si –, cela n’entraînera pas nécessairement des économies importantes pour les promoteurs de régime québécois.

L’une des raisons : les promoteurs qui offrent une couverture médicaments à leurs participants pourraient ne pas profiter des retombées d’un prix d’offre plus bas. Si les baisses de coûts entraînées par l’appel d’offres se déroulent dans les coulisses pour éviter la création d’un précédent au Canada et que le prix inscrit de la RAMQ demeure tel quel, un promoteur de régime qui doit continuer à payer la somme indiquée ne verra pas l’ombre d’une économie. Il y a eu des prix de médicaments génériques à deux niveaux en Ontario à un certain moment, alors pourquoi cela ne pourrait-il pas se produire au Québec ?

En outre, le gouvernement du Québec n’a pas indiqué le nombre de soumissions qui seraient déposées immédiatement et pour quels médicaments. Avec des génériques pour Altace, Lipitor, Norvasc, Pantoloc, Plavix et Zocor déjà à 15 % du prix des médicaments de marque, l’objectif du gouvernement de réduire sa facture de médicaments génériques d’un tiers semble optimiste. Si cela se produisait de manière transparente, cela aurait un effet énorme sur les prix des génériques dans les autres provinces et sur les pharmacies qui comptent toujours sur les ristournes comme facteur clé de rentabilité.

LE PRIX N’EST PAS LE PRINCIPAL PROBLÈME

Au Québec, le prix d’un générique n’est pas le principal problème. La vraie question réside dans la distribution des traitements pour des maladies chroniques en provisions d’un mois. Si un médicament générique a un prix unitaire de 30 cents par jour, un approvisionnement d’un mois s’élève à 9 $. Ajoutez des frais de ristourne de 11 $ facturés par la pharmacie, et le coût total de la réclamation est de 20 $. Même si l’objectif du gouvernement d’une réduction de 30 % des coûts était réalisable (encore une fois, un gros si), il n’économiserait que 2,70 $ du coût total de 20 $ dans l’exemple ci-dessus.

Il est temps de cesser de parler du coût des médicaments génériques au Québec et de s’attaquer à l’absurdité qui permet aux pharmacies de facturer 12 fois par année des frais de ristourne par médicament pour des maladies chroniques. (En tant que pharmacien, je me sens très à l’aise dans l’utilisation du mot « absurde » ici.)

Une autre considération est le fait que le processus d’appel d’offres n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît. On n’a qu’à regarder ce qui s’est passé lorsque l’Ontario a tenté de proposer des médicaments génériques pour quatre médicaments (Enalapril, Gabapentin, Metformin et Ranitidine), en 2008. Aucun fabricant de génériques n’a participé. S’ils l’avaient fait, ils auraient pu dire adieu à leurs relations avec les chaînes de pharmacies et groupes d’achats influents. Et la Saskatchewan a éliminé son processus d’appel d’offres en 2011 parce que les économies ne rivalisaient pas avec celles entraînées par la réforme des prix des génériques à l’échelle nationale.

La somme moyenne payée par demande de médicament générique pour un régime d’assurance médicaments parrainé par un employeur au Canada était de 24,20 $ en 2016, selon la référence nationale de Cubic Health. Une partie importante de ce coût : les frais d’exécution d’ordonnance, qui varient en fonction de la conception du régime et de la région. Mais il est juste d’estimer la moyenne nationale de ceux-ci entre 8,50 $ et 9 $ par réclamation payée dans tous les régimes.

Cela signifie que la ristourne équivaut, en moyenne, à 35 à 40 % du coût d’une demande de médicament générique à un promoteur de régime. Est-ce que diminuer le prix des génériques de 10 ou 20 % (ou de 30 %, comme le prévoit le Québec) est payant en temps et en efforts ? Si le coût moyen d’une demande de générique est d’environ 15 $ à l’échelle nationale, une économie de 10 ou 20 % (voire de 30 %) demeure faible par rapport à ce qui serait réalisable grâce à des régimes correctement gérés.

UNE JOUTE POLITIQUE

Tout l’accent mis sur les médicaments génériques est intéressant lorsque vous considérez que, pour les régimes parrainés par l’employeur au Canada (à l’exclusion des régimes de retraite), les médicaments génériques représentent 59 % de toutes les réclamations payées, mais qu’ils représentent seulement 26 % des dépenses planifiées. C’est beaucoup d’attention consacrée à la plus petite pointe de la tarte de dépenses…

Les médicaments génériques au Canada représentent de 15 à 25 % du coût d’un médicament de marque comparable, dans la plupart des cas. Augmenter le taux de couverture de 59 % à 88,5 % (comme aux États-Unis) ne serait-il pas plus avisé que de mettre aux enchères les prix des génériques ?

À ce stade, le plan proposé par le Québec pour lancer des appels d’offres pour les médicaments génériques semble principalement être une joute politique. Je pourrais avoir tort, mais même si le processus se concrétise, je ne suis pas sûr que les promoteurs de régime devraient retenir leur souffle et s’attendre à ce que leurs dépenses en génériques au Québec diminuent substantiellement au cours des deux prochaines années. Pour les projets dans d’autres régions du Canada, la conception du régime générera beaucoup plus d’économies que l’abaissement progressif des prix des génériques existants.

Ce texte a initialement été publié par Benefits Canada. Traduction et adaptation par Caroline Fortin.

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