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Repreneuriat : butiner entre les sources de financement

7 juin 2017 | Pierre-Luc Trudel | Commenter

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travailleurs-butinent-regimes-de-retraite-abeille_425x283Tout comme les investisseurs qui construisent un portefeuille de placement, les repreneurs ont tout intérêt à diversifier leurs sources de financement lorsqu’ils achètent une entreprise. Plusieurs possibilités s’offrent d’ailleurs à eux.

« Les banques évaluent le montant du prêt qu’elles sont disposées à offrir en se basant sur les éléments d’actifs corporels que l’entreprise a à offrir en garantie, comme les immeubles, l’équipement et l’inventaire », a expliqué Julie Morand, vice-présidente adjointe du groupe Transfert d’entreprise à la Banque Nationale lors du Sommet sur le repreneuriat, qui s’est déroulé le mois dernier à Montréal.

Dans les entreprises de petite taille, la cote de crédit personnel de l’acheteur peut également être considéré, ajoute-t-elle.

Si l’entreprise a encore la capacité de rembourser des dettes de façon régulière une fois que tous les actifs ont été donnés en garantie, certaines institutions financières peuvent également accorder des prêts sur des éléments plus intangibles.

Règle générale, ce type de financement provient toutefois de prêteurs disposés à prendre plus de risques, comme la Banque de développement du Canada (BDC).

« On vient combler le marché en complémentarité avec les grandes banques canadiennes, souligne Rita Kasparian, directrice, Capital de croissance et transfert d’entreprise à la BDC. Les dettes subordonnées de la BDC prennent rang après la dette prioritaire des banques à charte. Il s’agit d’une forme de financement plus flexible et patient. »

Dans un tel prêt, appelé un prêt mezzanine, l’ensemble du capital est remboursable à l’échéance. D’ici là, l’entreprise doit rembourser seulement les intérêts. Cependant, à la fin de chaque année financière, elle peut rembourser une partie du capital en fonction de son excédent de flux de trésorerie et de certaines modalités établies lorsque le prêt a été contracté.

« Cela revient [quasiment à des capitaux propres]. Une telle structure de financement permet au bilan d’être mieux structuré, car il n’y a pas de remboursements réguliers obligatoires. Comme la BDC se positionne en tant que prêteur patient, les autres banques considèrent notre prêt comme étant [des capitaux propres] », explique Mme Kasparian.

Dans certains cas, la BDC peut aussi carrément prendre une position minoritaire dans l’entreprise.

TROP, C’EST COMME PAS ASSEZ

Outre le financement bancaire, les repreneurs doivent financer une partie du rachat de l’entreprise à l’aide d’une mise de fonds.

« Ne mettez pas tous vos œufs dans le même panier, prévient Yves Cameron, conseiller principal au Centre de transfert d’entreprise du Québec (CTEQ). Si votre capacité maximale est de 400 000 $, ne mettez pas tout ce montant en mise de fonds. Vous aurez sans doute à réinjecter de l’argent dans l’entreprise au cours des mois et des années suivant l’achat. Mettez plutôt 300 000 $ et gardez le reste pour combler de futurs besoins de financement. »

La capacité de réinjecter des sommes est un critère considéré par les banques lors de l’octroi de prêts, confirme d’ailleurs Julie Morand.

« Ça nous rassure. Psychologiquement, je sais que si mon entrepreneur a mis tout ce qu’il avait, il va être stressé et inquiet. Son focus ne sera peut-être pas à la bonne place. Ce n’est pas ce que je veux », mentionne-t-elle.

À l’inverse, les entrepreneurs qui ne sont pas prêts à verser une mise de fonds suffisante ne feront pas bonne impression auprès des institutions financières. « Si vous n’en mettez pas assez, le prêteur va penser que vous n’êtes pas prêt à prendre de risques. Résultat : lui non plus ne voudra pas en prendre », affirme Rita Kasparian.

« Dans le cas d’une reprise par une autre entreprise, la mise de fonds peut être constituée de [capitaux propres] de l’entreprise actuelle », ajoute Julie Morand.

UN COUP DE POUCE DU VENDEUR

Pour diversifier davantage le financement en vue d’acheter une entreprise, le repreneur peut également se tourner vers le vendeur et négocier un solde de prix de vente.

Lors de la transaction, un cédant peut ainsi décider d’encaisser un certain pourcentage du produit de la vente, mais ne pas exiger immédiatement le reste. Ce solde résiduel est considéré comme des capitaux propres par les prêteurs, étant donné que le vendeur est prêt à se montrer patient pour le remboursement.

« [Un solde de prix] de vente envoie un bon signal. Si un vendeur est prêt à laisser de l’argent sur la table, ça veut dire qu’il a confiance en l’acheteur », fait remarquer Rita Kasparian.

ET SI LE FINANCEMENT EST TOUJOURS REFUSÉ?

Malgré une bonne mise de fonds et l’existence d’un solde de prix de vente, il se peut que les banques refusent toujours d’accorder un prêt. D’autres avenues peuvent alors être explorées, telles que les prêts accordés par des proches (love money), les fonds de capital de risque et les programmes gouvernementaux d’aide financière, énumère Yves Cameron.

La patience est également une vertu, puisque les cédants doivent souvent revoir le prix à la baisse lorsqu’ils sont incapables de vendre dans un délai raisonnable.

Julie Morand suggère également d’exclure l’immeuble de la transaction, si cela est possible. « En optant pour une location avec option d’achat, on diminue les besoins de financement à court terme. Une fois que la dette est moins importante, l’acheteur peut acquérir l’immeuble. »

Mais peu importe la structure de financement élaborée, le plus important est de conserver une marge de manœuvre adéquate.

« Si tout le monde a étiré les élastiques au maximum, la banque, l’entrepreneur et le vendeur, ce n’est pas bon signe, insiste Rita Kasparian. Gardez en tête que 60 % des reprises que l’on a financées au cours des 15 dernières années n’ont pas atteint les prévisions escomptées. »

De là l’importance de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier.

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