A A A
Épargne

Après le crédit facile, l’épargne facile?

12 mars 2015 | Pierre-Luc Trudel | Commenter

  • commenter
  • envoyer
  • imprimer

Pour le commun des mortels, mettre quelques dollars de côté n’est pas une activité particulièrement exaltante. Mais la popularité grandissante des applications mobiles offre de nouvelles possibilités aux institutions financières, qui entendent bien tirer parti de la technologie pour rendre l’épargne plus simple et amusante.

L’enquête NETendances 2014, publiée par le CEFRIO, révèle que 31,5 % des adultes québécois ont réalisé des opérations bancaires sur leur dispositif mobile en 2014. Si pour le moment la plupart des usagers se contentent de consulter leurs relevés de compte et de payer leurs factures, les applications et les fonctions destinées à l’épargne et à la planification financière se multiplient.

Avec l’application Hop-Ép@argne, disponible pour les appareils Apple et Android, Desjardins convoite une jeune clientèle adepte de mobilité. Après avoir sélectionné un projet, un objectif, puis le compte duquel proviendront les fonds, il suffit d’une simple pression sur un gros bouton vert pour que l’utilisateur puisse instantanément transférer quelques dollars dans un compte d’épargne à intérêt élevé, et ainsi assouvir son pressant besoin d’épargner. Une carte de crédit inversée, en somme.

Dans la même veine, la fonction Petits compromis de l’application mobile de la Banque Tangerine offre la possibilité aux utilisateurs de troquer les petites dépenses quotidiennes superflues, comme un café matinal ou un repas au restaurant à l’heure du midi, pour quelques dollars placés dans un compte d’épargne.

Davantage axée sur la planification, MonIdée, de la Banque Nationale, est un outil de projection simple qui permet aux épargnants d’évaluer l’argent qu’ils devront mettre de côté chaque semaine ou chaque mois pour pouvoir concrétiser leur projet, qu’il s’agisse de l’achat d’une maison, d’un voyage ou de leur retraite.

Une petite bouchée à la fois

« On voit ces applications d’un bon œil parce qu’elles ont le mérite de favoriser l’épargne, mais elles ne remplaceront jamais les conseils d’un professionnel, soutient Lisanne Blanchette, avocate et conseillère budgétaire à Option consommateurs. Un bilan financier général, qui tient compte du niveau d’endettement des gens, est essentiel pour vraiment tirer parti de ces outils. »

Elle affirme toutefois que ces applications, qui ont pour but d’épargner quelques dollars à la fois, peuvent avoir un effet positif sur la motivation des épargnants. « Ça représente des petites bouchées à la fois, c’est moins décourageant et plus facile à intégrer au quotidien qu’une stratégie d’épargne à long terme », indique-t-elle.

« Il s’agit possiblement d’un très bon outil pour éduquer et renseigner les gens en utilisant un moyen qui leur est familier », croit de son côté André Buteau, conseiller en sécurité financière à la Financière Liberté 55.

Mais tout comme Lisanne Blanchette, il précise que l’épargne instantanée au quotidien ne remplace pas une stratégie de planification financière plus globale et personnalisée.

D’un point de vue plus général, le conseiller s’inquiète aussi des possibles effets pervers d’une accessibilité accrue aux fonds. « S’il est aujourd’hui devenu plus facile de mettre de l’argent de côté en appuyant sur un bouton, on peut se demander s’il n’est pas aussi plus facile de retirer cet argent en appuyant sur un bouton! », met en garde André Buteau.

Mais à en croire Lisanne Blanchette, c’est surtout la question de la confidentialité des données qui préoccupe les consommateurs. « Beaucoup de gens s’inquiètent du fait que leurs données personnelles puissent être utilisées à des fins de marketing », mentionne-t-elle.

Un rapport de l’Agence de la consommation en matière financière du Canada (ACFC) paru en décembre 2013 mettait d’ailleurs en lumière certaines lacunes concernant la protection des consommateurs effectuant des transactions financières à l’aide d’appareils mobiles.

Selon le sondage NETendances, plus de 35 % des Québécois sont réticents à effectuer des opérations bancaires en ligne. Les principales raisons évoquées sont une sécurité jugée déficiente et un manque de confiance envers ces services.

« Il faut être prudent, vérifier que la fonction de verrouillage de notre téléphone intelligent est activée et s’assurer que l’application que l’on installe provient d’une source fiable », conseille Lisanne Blanchette.

Au-delà des risques, reste à voir si ces applications pousseront certaines personnes à épargner aussi impulsivement qu’elles dépensent.

La rédaction vous recommande :

Loading comments, please wait.
Rogers médias numériques