A A A
Épargne

Les experts financiers recommandent – Josée Jeffrey

4 mars 2013

  • envoyer
  • imprimer

Reza et Shadan ont fait preuve d’une discipline d’épargne certaine, sinon exemplaire, depuis leur arrivée au pays. Cette discipline leur a notamment permis de payer la quasi-totalité du prêt hypothécaire contracté pour l’achat de leur résidence, dont la valeur nette atteint aujourd’hui quelque 500 000 $.

Ils ont néanmoins accumulé un certain retard au chapitre de la constitution d’un fonds de revenu de retraite, du fait de la situation financière précaire à laquelle ils ont été soumis au cours de leur période d’installation au pays, de 1992 à 2008. Mais en continuant de faire preuve de la même discipline, axée cette fois sur la constitution d’un fonds de retraite, il est permis de croire qu’ils pourront donner forme à leur projet de retraite dans 19 ans, tout en maintenant un niveau de vie presque équivalent à celui qu’ils auront connu au cours de leur vie active.

Leur stratégie devrait miser sur une utilisation optimale de tous les outils et leviers financiers qui sont à leur portée, afin de maximiser leur épargne-retraite.

On sait que le couple a cumulé à ce jour un total de 89 000 $ dans ses REER. Il est de toute première importance qu’à compter de 2013, Reza et Shadan versent chaque année, jusqu’à la retraite, la cotisation maximale autorisée et rattrapent graduellement les droits non utilisés. Pour 2013, pour avoir droit au maximum de droits REER, le maximum de revenu gagné en 2012 est de 132 333 $. En émettant l’hypothèse que Reza et Shadan auront les mêmes revenus, indexés à 2,25 %, et que le rendement moyen du portefeuille REER sera de 4 %, ils pourront maintenir leur niveau de vie actuel jusqu’à 95 ans, tout en se prévalant annuellement de la totalité des droits de cotisation autorisés.

Par ailleurs, le couple ne possède actuellement aucun placement non enregistré (CELI), sans doute parce qu’il a consacré ses surplus de liquidités aux études des enfants, et au remboursement de l’hypothèque. Aujourd’hui, les enfants ayant terminé leurs études et occupant un emploi, le couple est en mesure de dégager des surplus qui peuvent être investis à l’intérieur d’un CELI.

Si Reza et Shadan n’ont jamais cotisé à un CELI à ce jour, chacun d’eux peut aujourd’hui se prévaloir de ses droits de cotisation non utilisés de 25 500 $. Les rendements du capital investi seront à l’abri de l’impôt. Par la suite, ils veilleront à placer dans leur CELI respectif, chaque année par la suite, la cotisation maximale autorisée (qui est actuellement de 5 500 $).

Par ailleurs, comme la maison sera entièrement payée dans 5 ans, la mensualité qu’ils versent actuellement au poste des paiements hypothécaires devra également être mise à contribution pour cotiser à leurs REER respectifs et épargner hors REER.

Si le couple, qui compte prendre sa retraite dans 19 ans, soit en 2032, a commencé à cotiser au RRQ l’année de son arrivée, en 1992, il aura ainsi cotisé pendant 40 ans. Reza et Shadan auront donc droit, au moment de la retraite, à une rente de la RRQ dont le calcul sera établi en fonction des revenus de travail admissibles inscrits. Par ailleurs, si Reza prend effectivement sa retraite à 67 ans, sa demande tardive lui permettra de recevoir une rente de retraite bonifiée de 8,4 % par année.

Au poste de la Sécurité de la vieillesse (SV), puisque Reza est arrivé au pays en 1992, il comptera 40 années de résidence au moment de sa retraite (en 2032), dont plus de 10 ans après l’âge de 18 ans, et, de ce fait, devrait avoir droit à la prestation intégrale de la SV. Il est à noter que comme Reza est né en 1965, il aura droit à la Sécurité de la vieillesse, à 67 ans.

Enfin, après plusieurs années difficiles, Reza semble avoir pris une vitesse de croisière dans la rentabilité de sa profession. On peut émettre l’hypothèse que ses revenus augmenteront considérablement au fil des années. Dans ce cas, l’incorporation pourrait être envisageable, si son ordre professionnel l’autorise.

Le dernier budget du Québec a majoré le taux d’imposition des revenus supérieurs à 100 000 $ de 1,75 %, portant ainsi le taux maximum au Québec à 25,75 %. En s’incorporant et en se versant des émoluments de seulement 123 819 $, Reza pourra continuer à verser le maximum à son REER et réduire ainsi son revenu imposable en deçà du dernier palier d’imposition. Autre avantage digne de mention de cette stratégie, comme Reza évitera ainsi de dépasser le seuil du revenu net de 130 000 $, il ne paiera que 200 $ pour la contribution santé du Québec.

Les revenus nets du couple seront encore suffisants pour maintenir leur coût de vie actuel, que j’estime à environ 90 000 $. Les surplus des revenus d’entreprise de Reza seront imposés au taux de 19 % sur les premiers 500 000 $ de revenu actif, et les liquidités pourront être investies par l’intermédiaire d’une société de portefeuille. Il faut toutefois retenir que l’incorporation sous-tend des frais de comptabilité et administratifs plus élevés et, bien sûr, le paiement d’impôts pour la société.

Cette approche offre notamment à Reza l’avantage de l’impôt différé, qu’il ne paiera qu’à la retraite, au gré des rentes que sa société lui versera alors. Elle permet également aux bénéficiaires de Reza d’avoir droit à une prestation non imposable, mais déductible pour la société, de 10 000 $, consécutive au décès de l’actionnaire dirigeant.

Quant au mode de rémunération, il est important de retenir que si Reza privilégie le versement de dividendes au lieu d’un salaire, il bénéficiera certes d’une imposition moins élevée, mais ce mode de rémunération ne lui permettra pas d’accumuler de droits pour cotiser au REER.

Reza pourrait alors constituer une société de portefeuille qui lui permettra de transférer les surplus de liquidités de sa société, surtout s’il ne choisit pas de se prévaloir d’un Régime de retraite individuel (RRI). Cette société lui permettra également de protéger ses avoirs, advenant une éventuelle poursuite professionnelle.

En terminant, Reza devrait faire analyser et calculer la pertinence de se prévaloir d’un régime de retraite individuel (RRI) par un actuaire pour en circonscrire les avantages réels. La formule du RRI peut paraître intéressante lorsque les revenus sont très élevés, d’autant plus qu’elle permet à l’actionnaire de contribuer à son plan de retraite de façon plus importante que le maximum permis par le REER.  Cependant, sa valeur ajoutée réelle est intimement tributaire de nombreux facteurs, dont les coûts qui y sont associés, les besoins personnels réels du titulaire, et l’importance du salaire versé, qui constitue le mode de rémunération obligatoire dans ce contexte.


Josée Jeffrey, D. fisc., Pl. fin. FOCUS RETRAITE & FISCALITÉ INC.

 

Étude de cas : Reza et Shadan

Chargement des commentaires en cours, veuillez patienter.
Médias Transcontinental S.E.N.C. Un site de TC Media,
Solutions Affaires
Médias Transcontinental S.E.N.C.
1100 boul. René-Lévesque O.
Montréal, QC H3B 4X9
(514) 392-9000