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Épargne

La retraite en solo : une affaire délicate

25 novembre 2015 | La rédaction | Commenter

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Selon Statistique Canada, quarante-trois pour cent des Canadiens âgés de 65 ans et plus vivent seuls, qu’ils soient séparés, divorcés, veufs ou célibataires de longue date. Or, ces nouveaux retraités doivent affronter des problèmes plus épineux que ceux des personnes en couple, et leur approche en matière de planification financière s’en ressent.

Leur situation est d’autant plus problématique qu’ils sont de plus en plus nombreux au pays, alors que les politiques financières et fiscales des gouvernements favorisent avant tout les familles.

1) Les défis financiers du célibat

« Vos clients célibataires sont-ils préparés à prendre leur retraite en solo? » questionnait récemment la Sun Life.

Selon l’actuaire Malcolm Hamilton, chercheur principal à l’Institut C.D. Howe, à Toronto, une personne vivant seule doit économiser environ 70 % du montant qu’épargnent deux personnes en couple si elle veut être en mesure d’adopter un style de vie similaire à la retraite.

Cet objectif est souvent hors de portée pour les travailleurs qui n’ont pas correctement planifié leur retraite. En revanche, ceux qui prévoient cette éventualité lorsqu’ils sont encore jeunes ont davantage de chances de s’en tirer sans trop de dommages.

La Sun Life recommande de commencer à mettre de l’argent de côté le plus tôt possible, par exemple à l’aide d’un programme de prélèvements automatiques. Elle conseille aussi aux célibataires d’établir un budget détaillé puisqu’ils doivent assumer l’ensemble de leurs dépenses au moyen d’un seul revenu. Enfin, comme la fiscalité leur est désavantageuse, notamment parce qu’ils n’ont pas accès au fractionnement du revenu, elle leur suggère de consulter un planificateur financier pour les aider à atteindre leur cible d’épargne.

2) Ne vous fiez pas aux publicités sur la retraite!

« Il est difficile d’échapper aux publicités vantant l’intérêt des régimes enregistrés d’épargne-retraite qui se multiplient » au début de chaque année, écrit Kira Vermond, dans The Globe and Mail. En général, poursuit la journaliste, on y voit « des couples d’aînés souples et en pleine santé vivre la belle vie » sur fond de ciel bleu, de mer et de voilier afin de montrer que la retraite peut être un rêve.

Pourtant, la réalité est bien différente, ajoute-t-elle : aujourd’hui, si vous êtes un Canadien âgé de plus de 65 ans, il y a une assez bonne probabilité vous finissiez par naviguer tout seul. Et spécialement dans le cas des femmes, souligne Fred Vettese, actuaire en chef chez Morneau Shepell, à Toronto.

« Combien d’entre elles auront été défavorisées ou auront vécu dans la pauvreté parce que la disparition de leur mari leur a fait perdre une partie du revenu qu’ils avaient auparavant? », se demande-t-il. C’est une bonne question, estime Kira Vermond, qui observe que le décès du conjoint risque d’avoir « un effet dévastateur » pour l’avenir d’« une partie de la population ».

3) Plusieurs Canadiens en perdent le sommeil

Si l’on en croit une étude de l’Institut Info-Patrimoine BMO basée sur un sondage effectué en 2013, les répercussions financières d’événements imprévus font perdre le sommeil à de nombreux Canadiens. En effet, 70 % d’entre eux pensent que le décès de leur conjoint ou leur conjointe, une séparation ou un divorce les plongerait dans une situation financière difficile, tandis que près de 60 % affirment qu’ils devraient puiser dans leurs économies personnelles pour financer leur nouveau style de vie.

Le sondage indique également que seul un petit nombre de Canadiens ayant un plan financier ont réfléchi aux répercussions que ce type d’événement pourrait avoir sur leur style de vie ou leur stabilité économique. Et il montre que les hommes sont plus nombreux que les femmes à craindre de manquer d’argent pour assurer leurs vieux jours (33 %, comparativement à 23 %).

4) Que se passe-t-il en cas de séparation ou de décès?

Après avoir rappelé qu’au Québec un mariage sur deux se conclut par un divorce, Question Retraite souligne que celui-ci « peut avoir un impact sur votre planification de la retraite, car vous devez tenir compte de l’épargne qui s’est accumulée pendant votre vie commune, incluant les régimes de retraite de l’un et de l’autre » des conjoints.

Dans ce cas, précise l’organisme, il est possible de demander à la Régie des rentes du Québec une simulation des effets du partage. « Ainsi, vous aurez en main tous les chiffres pour prendre une décision éclairée » et, « s’il y a partage, les revenus de travail admissibles seront partagés en tenant compte de la période de vie commune avec votre ex-conjoint ».

Lorsqu’un décès survient, explique aussi Question Retraite, un REER peut être transféré au conjoint restant ou à un enfant à charge et, dans ce cas, il n’y aura pas d’imposition.

Attention, ajoute l’organisme : pour ceux qui participent à un régime complémentaire de retraite, les dispositions en cas de décès peuvent différer d’un régime à l’autre. Il se pourrait, par exemple, que la définition de conjoint ne soit pas tout à fait la même et il faut donc se renseigner auprès des administrateurs du régime. Autre question à poser : le conjoint survivant admissible a-t-il droit à une rente annuelle ou à un montant forfaitaire?

5) La colocation entre les aînés et la population active séduit de plus en plus… en France

Aujourd’hui, 95 % des Français âgés restent vivre chez eux et seuls 4 % vont en maison de retraite, relève Le Figaro, qui relève que « la cohabitation entre seniors et actifs séduit de plus en plus »* dans l’Hexagone.

Enfin, de son côté, Le Monde rapporte que « des dizaines de colocations de seniors se sont organisées dans le département du Gard, en Île-de-France, en Rhône-Alpes et dans les Pyrénées », entre autres. La raison? « Volonté farouche d’éviter la maison de retraite, envie de rompre la solitude, moyens financiers insuffisants pour rester seul, désir d’épargner ses enfants… ». Le quotidien cite aussi le sociologue urbaniste Yankl Fijalkow, selon qui « la colocation entre seniors est une sorte de réponse collective à l’individualisme ambiant ».

* En France, le mot senior est utilisé couramment pour désigner aîné.

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